Residence 2026
Cette version date du 2026/02/10 16:38.
Jérémie Nicolas
Artiste-chercheur et docteur spécialisé de l’écoute musicale, Jérémie Nicolas évolue dans le médium des arts sonores, de la musique et de la performance. Il vit et travaille à Marseille. Associé au Centre en Informatique et Création Musicale, au sein de l’unité de recherche Musidanse, il a soutenu sa thèse de recherche-création en Esthétique, sciences et technologies des arts spécialité musique en juin 2025 à Paris 8, où il a également enseigné l’écoute et la composition électroacoustique. Menée sous la codirection d’Anne Sèdes et Joseph Delaplace, sa thèse, intitulée Échos d’affect d’effroi. Penser un accident de l’écoute musicale, appuie son questionnement théorique sur l’expérimentation et l’épreuve sensible d’un dispositif de feuilles d’acier excité. En 2023 il codirige avec Julie Savelli un projet d’un an rassemblant la Maison des Sciences de l’Homme Paris-Nord, la MSH Sud et la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme d’Aix-en-Provence. Dans ce cadre il organise avec Véronique Ginouvès, partenaire du projet, et Giulia Fabbiano, une journée d’étude transdisciplinaire sur le silence comme témoignage du trauma colonial algérien. Il est actuellement lauréat de la bourse 2026 de la commission de la recherche de Paris 8, avec son projet La tonalité dionysiaque de l’effacement du moi. Matériel esthétique pour l’écoute musicale. Son travail artistique a été présenté au Centre Pompidou et au CENTQUATRE (Paris), à la maison des arts de Malakoff, au Mémorial du Camp de Rivesaltes, au Couvent Levat (Marseille), à la Macérienne (Charleville-Mézières).

Heartmaker : écoute, psychose et possession en étape de recherche-création
La possession met en jeu l’effacement des repères historiques et symboliques du moi, au cours de laquelle læ possédé·e perd le contact avec la réalité. Resituée dans les nosographies psychanalytiques et psychiatriques, elle s’apparente à un trouble dissociatif présentant une désintégration provisoire de l’identité au profit d’un dédoublement, et peut aller jusqu’à prendre l’allure d’un épisode psychotique bref, autrement dit la reconstruction hallucinatoire d’une réalité niée. Si d’un point de vue la folie a pu apparaître comme étant à traiter, on pense par exemple à l’appréhension médicale du cas de possession collective ayant éclaté au couvent des Ursulines d’Aix-en-Provence au début du 17e siècle, de l’autre elle est le traitement. La visée thérapeutique de la possession s’accomplit comme une délivrance des blessures passées, qui donne lieu à une forme de renaissance. Qu’il s’agisse du culte à mystère dionysiaque, du soufisme marocain, ou du tarentisme du sud de l’Italie, la transe, étudiée depuis le territoire du bassin méditerranéen, est le seuil et le sceau de la libération de l’être. Cette forme ontologique inédite, qui superpose débordement de l’affect et retrait de la voix parlée, ne peut qu’être placée dans le cœur. On n’expérimente la magie qu’à condition de croire en l’indicible. Le fondement secret de la possession se lit d’ailleurs dans l’étymologie du mustêrion grec, soit l’image d’une bouche qui se ferme. La possession est un silence, et en ce sens, essentiellement une affaire d’écoute. Plus précisément, à l’effacement du moi et du langage, quelque chose ne tarit pas de se faire entendre. Mais encore, au-delà de l’intensité vibratoire de l’affect, la sortie de soi coïncidant avec l’entrée du dieu, de l’esprit ou d’une altérité radicale, n’interdit pas toute prétention à dire je. À l’origine de la catharsis, comme de la bouffée délirante apparentée à la psychose, se trouve une crise ontologique, où l’être se libère de l’histoire et laisse être la possibilité d’une autre présence, d’une autre voix, d’une autre écoute. D’où découle l’essence de l’enseignement dionysiaque : la possibilité d’être en même temps le même et l’autre. Dans ce cadre, une étape de création, Heartmaker, pour voix, diaulos, électronique et dispositifs, tentera de mettre en œuvre les enjeux de recherche présentés. En expérimentant l’activation d’ondes stationnaires par l’excitation de consonnes fricatives à l’intérieur d’un coffrage en bois et métal, en jouant des battements fréquentiels et en portant à la limite du reconnaissable des éléments de la mémoire collective, il s’agira de rendre sensible le dédoublement, les jeux d’apparition et de disparition, ainsi que l’encombrement vibratoire propres à la psychose et à la possession.
dernière modification: 2026/02/12 16:42