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1920 __ Vaticinations
French comment : Certificat d’internement (Infirmerie spéciale). C., Henriette, 48 ans.1er décembre 1920. Débilité mentale.Longue période de Délire Spirite, avec Hallucinations Psychiques (intuitions), hallucinations psychomotrices (monologues rimés), voix épisodiques. Exaltation collective et émulation à cette époque. Exagérations intéressées, oracles politiques, célébrité temporaire (1896). Examens pseudo-scientifiques par des Experts en Sorcellerie. Actuellement désenchantement, regrets divers, rancunes diffuses. Idées de persécution : « Les prêtres la brûleront comme Jeanne d’Arc. La duchesse de V. a empêché son mariage, etc. » Récriminations systématiques contre des séries de personnes en vue. Travail imaginatif, mégalomanie ; ascendances illustres et parfois inconciliables ; actuellement descendante de Napoléon III ; elle est Jeanne d’Arc. Interprétations rétrospectives.Préoccupations sexuelles. Solitude morale. Soliloques et subagitation à son domicile, cris, bris d’objets, lettres incohérentes aux voisins. Lettres d’injures à des souverains et autres personnalités. Mysticité familiale. Crédulité souvent exploitée par autrui. Chronicité. Épave sociale. Signé : Dr G. DE CLÉRAMBAULT.Vaticinations anciennes - Elle vaticinait dans un État de Transe. Cet état peut être défini un état émotionnel, euphorique, avec scission dans la personnalité, langage automatique rythmé, à peu près inconscient et amnésique, provocable presque à volonté. « Je ressentais tout d’abord une émotion, mes yeux se fermaient, et je n’entendais plus rien du dehors. Je n’entendais pas même ma voix lorsque je parlais, et je ne soupçonnais pas le contenu de mes propres paroles, je l’apprenais seulement après coup, par autrui ; et encore je ne le demandais pas, en général. J’ai appris par autrui que ma voix était changée dans ces moments. J’avais bien conscience que je parlais et j’avais le souvenir personnel d’avoir parlé, mais je n’en savais pas davantage. Un esprit m’inspirait, je suivais. Je n’étais que l’instrument d’un être surnaturel, ange ou démon, peu m’importait. « C’était si peu moi qui parlais, qu’il sortait de moi des choses dont je m’étonnais ensuite, et que je regrettais ; ainsi j’ai dit de mes secrets intimes, il m’est arrivé ainsi de proférer des paroles saugrenues, ou malséantes, si c’eût été moi qui parlais, je me serais retenue. Je parlais d’ailleurs en vers, avec une telle vitesse que parfois on ne pouvait pas même sténographier. Lorsque je m’éveille, je puis entendre quelquefois la dernière syllabe de mes paroles, sans savoir ce qu’elle signifie. » Elle éprouvait en parlant, un bonheur indéfinissable, sans aucune sensation localisée : notamment rien dans la poitrine. Elle compare cet état à une sorte de communion avec l’Ange, comme à un flirt surnaturel dont nul flirt terrestre ne saurait donner l’idée. Parfois elle se sentait vraiment participer de la force de l’ange (sic). [...] Il lui est arrivé parfois d’avoir conscience de ses paroles, par exemple quand elle répondait, à quelque question saugrenue, une grossièreté. De même elle a eu conscience d’erreurs qu’elle commettait : ainsi, un jour, à un consultant qui approchait, elle déclara les yeux fermés : « Je te vois marié » ; or c’était un jeune prêtre, non encore ordonné, mais tonsuré ; la suite de son débit en fut embarrassée. De là elle conclut : « Je ne suis pas un bon instrument. » Au cours de ces vaticinations elle n’a jamais entendu la voix de l’Ange qui l’inspirait. L’Ange se servait de sa bouche à elle pour parler, il ne s’adressait pas à elle, ne lui laissait pas même savoir ce qu’il disait. Dans de tels moments rien d’auditif. Elle nie avoir eu des visions dans ces moments. Elle n’avait pas même de représentations avivées, et pas même de représentations, s’il faut l’en croire : les spectacles qu’elle décrivait, ce n’était pas elle qui les voyait, mais l’Ange. On l’a appelée voyante seulement parce qu’elle faisait voir dans l’avenir. [...] En 1896, elle donnait de ses états prophétiques une description, que la presse quotidienne a reproduite, et que l’on peut résumer ainsi : « Quand l’Ange parle je n’entends pas… les questions sont entendues par l’Ange, et les réponses sont données par l’Ange… pendant ce temps je suis nulle (sic). Je ne garde pas de souvenirs de ce que j’ai dit, je ne le sais que par les assistants. Je préfère même ne pas le savoir. Lorsque l’Ange a du plaisir à parler (sic), alors j’aperçois une nappe blanche éblouissante, parfois des lumières et des personnages.Parfois je ne vois pas la personne qui me parle, une sorte de voile noir me la cache ; ou bien je ne la vois pas à sa place. » Que ses assertions, sur ces deux derniers points, aient été bien ou mal rapportées, en tout cas elle refuse aujourd’hui de les admettre. Les États de Transe avec Logorrhée n’ont pas été le seul phénomène singulier éprouvé par notre malade. [...] Commentaires - 1. Automatisme Verbal ancien.Les vaticinations anciennes de notre malade peuvent être définies une Logorrhée subconsciente, à idées simples, à forme rythmée et assonancée, émise dans un isolement relatif du monde extérieur et dans un état d’excitations à retours faciles. [...] Cette Logorrhée diffère des Hallucinations Verbales Motrices des Délirants Chroniques en ce qu’elle est peu ou pas stéréotypée, accompagnée d’idéorrhée, non absurde, exécutée à voix haute, avec conscience très claire de l’activité phonatrice, alors que l’idée énoncée est peu consciente (proportion nettement inversée), par l’excitation sous-jacente et par les retours semi-volontaires. Cette Logorrhée ressemble à la Logorrhée Hypomaniaque par le substratum euphorique, par le sentiment d’influence, par la tendance au rythme et à l’assonance, et par la distrabilité. Elle en diffère en ce que les idées échappent davantage à la conscience, sont monotones, pauvrement liées, susceptibles d’être paralysées par les impressions de l’extérieur au lieu de se les intégrer, enfin en ce qu’elle procède par accès discontinus, et renouvelables presque à volonté. La Logorrhée rythmée et assonancée peut se rencontrer dans bien des accès délirants avec Sentiment d’Influence. Nous en avons vu un bel exemple chez un Éthylique Hypomaniaque à Délire Spirite. Ce malade, un dessinateur, nullement poète, parlait par intervalles en vers libres ; par couplets d’assez longue durée avec une assonance unique. En parlant, il fermait les yeux. Affecté d’hallucinations kinesthétiques, il croyait écrire les yeux fermés sous la direction des Esprits, mais ne traçait que des zigzags. Nous nous rappelons ce vers de lui : « Je suis assis sous les tonnelles.Je vois les blondes jouvencelles.Toutes belles.Qui ont du poil sous les aisselles.Et qui s’enfuient dans les bordels. » Les poésies de notre Voyante étaient de même force. [...] L’antiquité paraît avoir connu mieux que nous les États de Transe, les Pythonisses étaient de jeunes filles, spécialement entraînées à l’extase, et délirant sous forme rythmée ; l’appoint toxique qu’on leur imposait ne faisait qu’activer le Don. Des Pythonisses ou des Devins de même type mental se rencontrent sans doute encore chez les populations arriérées de l’Inde, de la Malaisie et de l’Océanie. Nous ne rappelons pas qu’on ne signale rien de tel dans le monde arabe où les excitations sont surtout motrices. Par contre, l’improvisation en vers, sans état de transe, s’observe chez des chanteurs arabes qui ne sont même pas professionnels ; ils célèbrent ainsi non pas seulement des données légendaires, mais encore les faits du jour même ; parfois les dithyrambes à l’adresse des chefs, ou des satires, fournissent le sujet du poème. On rapporte des faits analogues des Femmes Kabyles. Mêmes pratiques, et très répandues, chez tous les nègres africains. À Madagascar également les exercices d’agilité verbale avec rythme seraient en honneur. (G. de Clérambault et Brousseau)
Source : Clérambault, G. de et Brousseau. (1920). “La fin d’une voyante (Présentation de malade)”. In Bulletin de la Société Clinique de Médecine Mentale, décembre 1920, p. 223.
Source : Lacan, Jacques (1966[2006]). “Écrits : the first complete edition in English”, Transl. By Bruce Fink. W.W. Norton & Co.
Urls : http://www.psychanalyse-paris.com/862-La-fin-d-une-voyante.html (last visited ) http://www.scribd.com/doc/31112889/Lacan-Ecrits-The-First-Complete-Edition-in-English (last visited )

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