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1911 __ Marcel Proust and the Theatrophone
Comment : Sickly and often bedridden, by February 1911 French novelist Marcel Proust had one constant companion in the solitary confines of his cork-lined Paris sanctuary: a mysterious contraption that he kept by his bed. When he wasn't labouring over his magnum opus, A la recherche du temps perdu , Proust would collapse into bed, grasp a pair of wires trailing into a primitive headset, and lose himself in Claude Debussy's opera “Pelléas et Mélisande”. What he heard was no scratchy gramophone recording, but a live broadcast - and in stereophonic sound.The brainchild of one Clement Ader, the Theatrophone (Electrophone in the UK) carried online stereo music for audiophiles for decades. At Ader's first demonstration in Paris in 1881, a reporter for Scientific American pretty much had his mind blown: “Singers place themselves, in the mind of the listener, at a fixed distance, some to the right and others to the left. It is easy to follow their movements, and to indicate exactly, each time they change their position, the imaginary distance at which they appear to be." They didn't even really have a word for it yet, but this is one of the very first descriptions ever written about what it's like to listen with stereo headphones. Then, like now, musicians got upset -- one Verdi's last acts was to sue an Italian online music firm for carrying Rigoletto. But that's not what killed online music. It was radio that killed the telephone star: sure, radio was crappy sounding, but it was cheap and wireless and portable. For the next four decades, consumers actually went backwards and lost the immersive feel of stereo sound. It's startling today to see photos of an Electrophone salon in London, and I closed my article on this thought: Perhaps Ader’s invention has only truly arrived with today’s music downloads via souped-up phone lines and cables. Proust would hardly have been surprised by our iPod era: one photograph from 1901 shows clients at the Electrophone saloon in Soho all slouched in headphone reverie and bearing distant expressions on their faces; they neither talk nor look at each other. Change their headsets for earbuds, and their petticoats and frock coats for T-shirts and jeans, and you have the very picture of modern commuters. (Paul Collins, “Proust's Stereo”, 2008)
French comment : Marcel Proust, dont on sait que les problèmes de santé l'incitait à éviter les sorties, fut, comme le révèle sa correspondance, un adepte du théatrophone. Le 21 février 1911, il écrit à son ami Reynaldo Hahn : "J'ai entendu hier au théâtrophone un acte des Maîtres Chanteurs [...] et ce soir... tout Pelleas" (X-250). Comme le note Philippe Kolb, éditeur de la Correspondance, cet abonnement de Proust paraît lié à une nouvelle campagne promotionnelle du théâtrophone. Il cite une annonce parue dans le Tout Paris de 1911 : "Le Théâtre chez soi. Pour avoir à domicile les auditions de : Opéra - Opéra Comique - Variétés - Nouveaités - Comédie française - Concerts Colonne - Châtelet - Scala, s'adresser au Théâtrophone 23, rue louis-le-Grand, tél. 101-03. Prix de l'abonnement permettant à trois personnes d'avoir quotidiennement les audiotions : 60 F par mois. Audition d'essai sur demande." Quelques jours après son abonnement, Proust témoigne une certaine déception, dans une lettre à Georges de Lauris : "Je me suis abonné au théâtrophone dont j'use rarement, où on entend très mal. Mais enfin pour les opéras de Wagner que je connais presque par coeur, je supplée aux insuffisances de l'acoustique. Et l'autre jour, une charmante révélation, qui me tyrannise même un peu : Pelléas. Je ne m'en doutais pas !". La mauvaise qualité de la transmission n'empêche pas Proust de se faire le propagandiste du système. En 1912, il recommande à une de ses correspondantes, Mme Strauss, de souscrire au service : "Si vous êtes demain soir chez vous, vous devriez demander le théâtrophone. On donne à l'Opéra la charmante Gwendoline". (XI-294). En 1913, il revient à la charge auprès de la même Mme Strauss : "Vous êtes-vous abonnée au théâtrophone ? Ils ont maintenant les concerts Touche et je peux dans mon lit être visité par le ruisseau et les oiseaux de la Symphonie pastorale dont le pauvre Beethoven ne jouissait pas plus directement que moi puisqu'il était complètement sourd. Il se consolait en tâchant de reproduire le chant des oiseaux qu'il n'entendait plus. A la distance du génie à l'absence de talent, ce sont aussi des symphonies pastorales que je fais à ma manière en peignant ce que je ne peux plus voir !". Commentant cette lettre dans son ouvrage Proust au miroir de sa correspondance, Luc Fraisse remarque que "le théâtrophone n'est pas seulement un épisode anecdotique dans sa vie. [...]. L'abonné mélomane aperçoit dans ce procédé moderne un symbole de sa condition d'écrivain. [...] Abolissant la distance de l'absence, le théâtrophone ressemble à l'écriture selon Proust, en ce qu'il restitue à sa manière une musique retrouvée, un temps retrouvé. Il recrée en outre un chant intérieur, cette mélodie intime dont, à l'image de Vinteuil, tout artiste est habité. Ainsi, le véritable théâtrophone de Proust, c'est son imagination." Il n'était pas étonnant que, quelques années plus tard, Proust s'intéresse également aux perspectives ouvertes par les travaux sur la vision à distance. (André Lange)
Original excerpt : « Je me suis abonné au théâtrophone dont j'use rarement, où on entend très mal. Mais enfin pour les opéras de Wagner que je connais presque par cœur je supplée aux insuffisances de l'acoustique. Et l'autre jour une charmante révélation qui me tyrannise même un peu : Pelléas. Je ne m'en doutais pas !.Vous êtes-vous abonnée au théâtrophone ? Ils ont maintenant les concerts Touche et je peux dans mon lit être visité par le ruisseau et les oiseaux de la Symphonie pastorale dont le pauvre Beethoven ne jouissait pas plus directement que moi puisqu'il était complètement sourd. Il se consolait en tâchant de reproduire le chant des oiseaux qu'il n'entendait plus. A la distance du génie à l'absence de talent, ce sont aussi des symphonies pastorales que je fais à ma manière en peignant ce que je ne peux plus voir !. » (Marcel Proust, Lettre à Mme Strauss, 1913)
Source : Proust, Marcel (1880-1922), “Correspondance”, Texte établi, présenté et annoté par Philip Kolb, tomes 10, 11 et 12, Plon, Paris, 1983-1984.
Source : Collins, Paul (2008) “ Theatrophone – the 19th-century iPod”, In New Scientist, Magazine issue 2638.
Source : Fraisse, L. (1996), “Proust au miroir de sa correspondance”, Editions SEDES, s.l..
Source : Lange, André (1986), “Stratégies de la musique”, Pierre Mardaga, Bruxelles-Liège, 1986.
Urls : http://histv2.free.fr/theatrophone/proust1.htm (last visited ) http://www.newscientist.com/article/mg19726382.000-histories-theatrophone--the-19thcentury-ipod.html (last visited )

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