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ca 878 __ ÉCOUTE - ENTENDRE — etymology
French comment : Du latin auscultare « écouter », « entendre ». (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition 1932-1935. Voy. ÉCOUTER ; provenç. escout, s. m., catal. escolta ; espagn. escucha ; portug. escuta ; ital. ascolta. L'ancien français avait, comme le provençal, escout, s. m. Dictionnaire L)Génev. escôte, corde qui sert à diriger la voile ; espagn. et portug. escota ; ital. scotta ; du germanique : suédois, skot ; allem. Schote ; danois, skiöd : angl. sheet ; holland. schoot ; de l'ancien haut allem. scôz, lambeau ; anglo-sax. sceat ; goth. skauts.Le Dictionnaire de l’Académie française, en 1694, donne pour le verbe escouter : « oüir avec attention, prester l’oreille pour oüir ». Mais, étrangement, le substantif escoute ne désigne pas la simple et neutre action correspondant à ce verbe ; il signifie (je souligne) : « Lieu d’où l’on escoute sans estre veu ». L’écoute, dans son histoire française tout au moins, aura donc d’abord désigné les postes et avant-postes où se cacher pour capter ce qui se dit ou se passe. De même, par une apposition à valeur adjectivale, elle aura nommé celui ou celle qui pratique la surveillance auditive : le même dictionnaire mentionne en effet qu’une sœur escoute est « la Religieuse qu’on donne pour assistante à une autre qui va au parloir, afin d’escouter ce qu’on dit dans la conversation ». À l’article « Écoute », l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert se contente laconiquement de ceci : « en Architecture, on appelle ainsi les tribunes à jalousies dans les écoles publiques, où se tiennent les personnes qui ne veulent pas être vûes ». Et le Grand Larousse du XIXème siècle indique encore, après avoir cité la définition précédente de l’Académie, d’autres usages semblables qui paraissent rapprocher toujours plus l’écoute d’une activité de prévention, de renseignement ou d’espionnage : « Lieu fermé, dans un couvent, d’où l’on peut suivre l’office sans voir ni être vu... », « Art milit. Petites galeries de mine d’où l’on peut entendre si le mineur ennemi travaille et chemine. // Sentinelles placées dans ces galeries pour suivre le travail de l’ennemi... ». (Peter Szendy, "Taupologie : du jardin d'Éden au terrier", in Vacarme n°32, été 2005)Souvent utilisés l’un pour l’autre! Il y a pourtant une très nette différence entre les deux verbes “écouter” et “entendre”; il s’agit, dans le premier cas, d’un verbe d’action, dynamique, tandis que dans le second cas, le verbe indique une simple action passive. C’est là toute la différence. Cette notion même d’”écouter” postule un effort d’attention: on ne subit pas un phénomène d’ordre auditif mais on l’analyse. Il en va également dans les autres activités sensorielles où la différence est nettement indiquée dans des verbes comme “voir” et “regarder”, “sentir” et “humer”, “toucher” et “tâter”. [...] Le verbe “écouter”, dans sa forme française actuelle [car une langue est en perpétuelle mutation] est le fruit de la longue transformation du verbe latin auscultare, qui serait définitivement tombé en oubli s’il n’avait été dépoussiéré et remis à l’honneur, en 1810, sous la forme d’ausculter par ce grand clinicien français, le Docteur Laënnec qui, pour “ausculter”, utilisait le stéthoscope qu’il venait d’inventer. Cette racine indo-européenne est *aus, qui signifie “oreille”. Elle est à l’origine de nombreux dérivés : auris , “oreille” d’où le français “oreille”, provenant du diminutif latin “auricula”; “auriculaire”, c’est-à-dire le doigt que l’on peut se mettre dans l’oreille; “oreillon”, un coup sur l’oreille; “oreiller”; “essoriller”, couper les oreilles. - audire , “entendre”, avec tous les dérivés français comme “ouïr”, “ouïe”, “inouï”; “auditeur”, “auditif”, “audition”. - auscultare, que j’ai déjà signalé, paraît être composé de auriset d’un verbe disparu, *colo, dont le sens était “exercer”, “mettre en évidence” [d’où son contraire sous la forme participiale “occultus”, caché]; ainsi, auscultare signifierait-il “exercer l’oreille”. Avec une insistance répétitive que le latin indiquait par le suffixe -tare. Ce qui ajouterait à cette idée “d’exercer l’oreille” l’idée qu’“écouter, c’est exercer son oreille sans relâche”. Une érosion de deux mille ans a transformé ce verbe en “écouter” déjà attesté, au Xe siècle, dans la “Cantilène de sainte Eulalie” (La Cantilène de sainte Eulalie fut rédigé à l'abbaye de Saint-Amand, près de Valenciennes, peu après 878; C’est le premier texte écrit en langue d’oïl, c’est donc l’un des plus vieux textes écrits en français (le plus vieux étant le "Serment de Strasbourg")). Dans les langues germaniques actuelles, l’anglais utilise le mot “ear” pour désigner l’oreille. On serait tenté d’y associer le verbe “to hear” mais ce n’est qu’un faux cousinage: en réalité, “to hear” recourt à la racine indo-européenne *kew signifiant “remarquer”, “prendre garde”. De cette racine *kew: le grec κοεω et ακουω ; le latin cavere , cautus ; le français cautèle, caution, précaution, cauteleux. Exactement comme en islandais “heyra” et “eyra”. Et en allemand, où l’on serait tenté de rapprocher “Ohr” de “hören” ... Il y a un verbe anglais rendant la notion d’écouter: “to overhear” où l’on retrouve le verbe “to hear” mais à un degré supérieur rendu par la préposition “over” . J’en reviens à l’allemand où je citais le nom “das Ohr” dont l’étymologie remonte à la racine indo-européenne *aus. Le verbe allemand “hören” appartient à la même famille que l’anglais “to hear” -ou le suédois “höra”- avec cette même idée contenue dans l’indo-européen *kew: celle de “prendre garde”, de “remarquer”. Je pense que la notion essentielle qu’il faut retenir de l’étude archétypale de ce verbe “écouter” est celle de: “ne cesser d’exercer son oreille à dépasser le stade passif d’entendre pour l’élever à un stade actif de discernement face au message d’autrui, ce qui est une base idéale de communication, de dialogue”. (Max Wientzen)ENTENDRE. Ce verbe est issu du bas latin *intendere, qui avait au départ le sens concret de "étendre, tendre quelque chose vers" ; puis au figuré celui de "tendre, diriger son regard, son esprit vers" ; enfin, en latinchrétien, il a pris la signification de "faire attention à, écouter, comprendre".Bourguig. entarre ; provenç. entendre ; catal. entendrer ; espagn. entender ; ital. intendere ; du latin intendere, diriger vers, appliquer, de in, en, et tendere, tendre (voy. ce mot), et, par extension, dans les langues romanes, ouïr et comprendre. (Dictionnaire Littré)Ancienne langue. 1) Domaine de l'audition : si le sujet a une attitude active, ce verbe signifie "tendre l'oreille", d'où "s'intéresser à, s'occuper de", "prêter attention, obéir à" ou encore "consentir à, acquiescer à". Si au contraire le sujet a une attitude passive, ce verbe prend le sens de "recevoir par l'ouïe". Dans ce cas, il est synonyme d'oïr. 2) Domaine de l'intellection opération de l'intellect : le verbe peut signifier "comprendre". 3) Domaine de la volition manifestation de la volonté : d'après son sens étymologique, ce verbe peut également avoir le sens d'« avoir l'intention de », qui indique une tension vers un but.Évolution jusqu'au français moderne. 1) En français moderne, le sens le plus courant de ce verbe est celui de "percevoir par l'ouïe" (avec une attitude passive du sujet qui oppose ce verbe à écouter). Ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'il a définitivement supplanté ouïr, jugé vieilli. Entendre au sens d'« écouter avec attention » s'est spécialisé dans le domaine juridique, par exemple dans les expressions entendre les témoins ou entendre une cause. Dans un contexte religieux, et surtout à l'époque classique, ce verbe a pu avoir pour acception "écouter d'une oreille favorable", d'où "exaucer (les prières de quelqu'un)". 2) Le sens intellectuel du verbe ("comprendre") est rare dans la langue contemporaine, et se maintient surtout dans l'expression laisser entendre ("faire comprendre, insinuer"). 3) Le sens relevant du domaine de la volition n'apparaît plus que dans quelques tournures stéréotypées comme j'entends être obéi (= "je veux être obéi"). 4) En français moderne, les formes pronominales de ce verbe sont assez souvent employées au sens d'« être d'intelligence avec quelqu'un », « se comprendre, se mettre d'accord » ou « sympathiser, vivre en bonne intelligence ». (N. Andrieux-Reix, Ancien français, fiches de vocabulaire, P.U.F., 2004.)M. Rouquier, Vocabulaire d'ancien français, Nathan Université.L. Hélix, L'épreuve d'ancien français, fiches de sémantique, Du Temps, 2000.).SOUS-ENTENDRE : Ne point exprimer dans la discours une chose qu'on a dans la pensée. Terme de grammaire : Ne pas exprimer certains mots qui peuvent être aisément suppléés. Se sous-entendre, v. réfl être sous-entendu.S'ENTR'ENTENDRE : Être d'intelligence l'un avec l'autre. (Compiled from various sources)LISTEN : De l'anglo-saxon hlysnan (« écouter »), qui vient du proto-germanique hlusinojan. (Compiled from various sources)
Source : Barthes, Roland (1976), “Écoute”, repris dans L’Obvie et l’obtus. Essais critiques III, Seuil, 1982.
Source : Wientzen, Max (1999), "Écouter & Parole", Missions Publiques, Département de Linguistique, Février 1999.
Source : Szendy, Peter (2001), "Écoute, Une Histoire de nos Oreilles", Paris, Éditions de Minuit.
Source : Szendy, Peter (2001), “Listen: a history of our ears”, Translated by Charlotte Mandell, Fordham Univ Press, 2008.
Source : Szendy, Peter (2001), “Escucha: una historia del oído melómano”, Translated by José María Pinto, Colección: PAIDOS DE MUSICA, Barcelona, Paidós, 2003.
Source : Szendy, Peter (2002), “Membres Fantômes - des corps musiciens”, Paris, Éditions de Minuit.
Source : Szendy, Peter (2007), “Sur Écoute - Esthétique de l’Espionnage”, Paris, Éditions de Minuit.
Source : Szendy, Peter (2008), “Tubes - La Philosophie dans le Juke-Box”, Paris, Éditions de Minuit.
Source : Nancy, Jean-Luc (2002), “A l’Écoute”, Paris, Éditions Galilée.
Urls : http://www.vacarme.org/article625.html (last visited ) http://www.missionspubliques.com/pdf/06-ecouter.pdf (last visited ) http://www.etudes-litteraires.com/entendre.php (last visited )

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