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1892 __ « Le Château des Carpathes »
Jules Verne (1828-1905)
Comment : Mysterious things are occurring in a castle located near the village of Werst in the Carpathian Mountains of Transylvania, Romania. The villagers are convinced that the Chort (devil) occupies the castle. Count Franz de Télek, a visitor traveling through the region goes to the castle to investigate the disturbances for himself when he is informed that the owner of the castle is Baron Rodolphe de Gortz. Years earlier the Baron was the Count's rival for the affections of the celebrated Italian prima donna La Stilla. The Count thought that La Stilla was dead, but he sees her image and hear her voice coming from within the castle itself. (courtesy of D. Kytasaari)The main interested thing concerns the description of how to send a recorded voice through a telephonic system into Gortz’s room. Orfanik had secretly set up a open telephone line and it was used to spy on events taking place in the inn.In his novel "The Carpathian Castle" Jules Verne combined two inventions.the phonograph developed by Thomas Alva Edison in 1879 and the 'laterna magica, a well-known optical trick device.and thereby took up an idea of the American inventor Edison who tried to combine motion pictures (film) with sound in 1889. However, in view of the great technical difficulties associated with the combination of pictures and sound, efforts were once again concentrated on perfecting silent film techniques. Set in contemporary times, the hero of Jules Verne's story, a lovesick Romanian count who has apparently seen all kinds of technical equipment on his travels abroad, projects a painted likeness of a deceased Italian singer (La Stilla) on to the pitch-black Transylvanian sky and simultaneously plays recordings of her voice. Although, given the absence of essential features such as movement and a photo-mechanically produced sequence of pictures, the combination of sound and projection described by Verne admittedly has little to do with the cinematography of 1895, it nevertheless caused a shick typical of the new reproduction media. After all, people at the close of the nineteenth century first had to get used to the idea that the amazingly exact images of objects and people which could be created using the new reproduction techniques went hand-in-hand with a loss of their material, haptic and vital existence. To increase the impact, Verne had his hero reproduce the voice and the image of a dead person, thereby drawing attention more pointedly to the immaterial character of this new type od sound/picture conservation. Described by Verne as primitive and backward Carpathian peasants, the terror of the Transylvanian population at the mechanical reproduction of a voice and the projection of a human form which, despite the perfect illusion of presence, was not really there at all, was no different from that experienced by many city dwellers in so-called civilised countries. There are numerous similar reports of the devastating effect of film illusions on a naïve public during the early days of cinematography. For example, it is quite well known that members of the audience at the first Lumière films fled in panic as a locomotive pulling into a station appeared on the screen, thinking that it was really bearing down on them and would crush everybody in its way. Those audience members who, in the early days of cinematography, were overwhelmed by the illusory power of moving pictures had no repertoire or reactions with which they could have seen through and mastered the situation. (Barbara Lesàk)In "Le Chateau des Carpathes", while musing on the development of the telephone and the clarity with which two people can understand each other, Verne adds in a spurious (of far-sighted) reference to the videophone : « [Ces personnes] pouvaient même se voir dans des glaces reliées par des fils, grâce à l'invention du téléphote. ». This is Verne at his most science fictionesque, no doubt. (Edmund J. Smyth)
French comment : L'instrument qui permet que voix et images soient ainsi reproduites et transportées est désigné sous le vocable de téléphote, instrument que Jules Verne avait déjà évoqué dans La journée d'un journaliste américain en 2890 écrit avec son fils Michel et qui était paru pour la première fois en 1889 dans la revue américaine Forum (on retrouvera d'ailleurs téléphote et téléautographe dans “l'Ile à Hélice” en 1895). Dans le “Chateau des Carpathes”, une utilisation du phonographe y est aussi décrite. Franz de Télek découvre qu’Orfanik, et sous les traits de l'inventeur diabolique que popularisera plus tard la Science Fiction, a installé un réseau de fils qui permettent au Baron de Gortz de non seulement faire parvenir dans la salle de l'auberge du village les sons et les paroles que peuvent transmettre un téléphone (et qui apparaissent comme des voix fantômes, “comminatoires”, des “bouches d’ombre”, aux habitants du village), mais également, par un jeu de micros, de recueillir indiscrétions et informations multiples. Comme Edison dans “L'Eve Future”, mais à une échelle nettement réduite, lui aussi " règne " sur le monde, seul détenteur des clés du mystère qui plane autour des voix qui se font entendre dans la salle de l'auberge. Quand bien même les auteurs resteraient ils silencieux sur l'appareil technique lui-même (nul besoin de le décrire sous toutes ses facettes comme le font alors les auteurs de vulgarisation technique) ce sont ses possibilités que l'on imagine immenses qui ici sont mises en avant.
Original excerpt : « Entre autres appareils électriques, le téléphone fonctionnait alors avec une précision si merveilleuse que les sons, recueillis par les plaques, arrivaient librement à l'oreille sans l'aide de cornets. Ce qui se disait, ce qui se chantait, ce qui se murmurait même, on pouvait l'entendre quelle que fût la distance, et deux personnes, séparées par des milliers de lieues, causaient entre elles, comme si elles eussent été assises l'une en face de l'autre (Elles pouvaient même se voir dans les glaces reliés par des fils grâce à l’invention du téléphote) […] Mais, en premier lieu, il importait au baron de Gortz d'être tenu au courant de ce qui se disait au village le plus rapproché. Y avait-il donc un moyen d'entendre causer les gens sans qu'ils puissent s'en douter ? Oui, si l'on réussissait à établir une communication téléphonique entre le chateau et cette grande salle de l'auberge du Roi Mathias, où les notables de Werst avaient l'habitude de se réunir chaque soir. C'est ce que Orfanik effectua non moins adroitement que secrètement dans les conditions les plus simples. Un fil de cuivre, revêtu de sa gaine isolante, et dont un bout remontait au premier étage du donjon, fut déroulé sous les eaux du Nyad jusqu'au village de Werst. Ce premier travail accompli, Orfanik, se donnant pour un touriste, vint passer une nuit au Roi Mathias, afin de raccorder ce fil a la grande salle de l'auberge. On le comprend, il ne lui fut pas difficile d'en ramener l'extrémité, plongée dans le lit du torrent, à la hauteur de cette fenêtre de la façade posterieure qui ne s'ouvrait jamais. Puis, ayant placé un appareil téléphonique, que cachait l'épais fouillis du feuillage, il y rattacha le fil. Or, cet appareil étant merveilleusement disposé pour émettre comme pour recueillir les sons, il s'en suivit que le baron de Gortz pouvait entendre tout ce qui se disait au Roi Mathias, et y faire entendre aussi tout ce qui lui convenait. [...] En effet, si la Stilla (une cantatrice célèbre) était morte, comment se faisait-il que Franz eût pu entendre sa voix dans la grande salle de l’auberge, puis la voir apparaître sur le terre-plein du bastion, puis s’enivrer de son chant, lorsqu’il était enfermé dans al crypte ? ... Enfin comment l’avait-il retrouvée vivante dans la chambre du donjon ? [...] Orfanik proposa (au Baron de Gortz) de recueillir, au moyen d’appareils phonographiques, les principaux morceaux de son répertoire que la cantatrice se proposait de chanter à ses représentations d’adieu. Ces appareils étaient merveilleusement perfectionnés à cette époque, et Orfanik les avaient rendus si parfaits que la vois humaine n’y subissait aucune altération, ni dans son charme, ni dans sa pureté. [...] Des phonographes furent installés successivement et secrètement au fond de la loge grillée pendant le dernier mois de la saison. C’est ainsi que se gravèrent sur leurs plaques cavatines, romances d’opéras ou de concerts, entre autres, la mélodie de Stefano et cet air final d’Orlando qui fut interrompu par la mort de la Stilla. Voici en quelles conditions le baron de Gortz était venu s’enfermer au château des Carpathes, et là, chaque soir, il pouvait entendre les chants qui avaient été recueillis par ces admirables appareils. Et non seulement il entendait la Stilla, comme s’il eût été dans sa loge, mais - ce qui peut paraître absolument incompréhensible - il la voyait comme si elle eût été vivante, devant ses yeux. C’était un simple artifice d’optique. »
Source : Verne, Jules (1892), “Le Chateau des Carpathes”, In Magasin, vol. 55, no. 649 (1er Janvier 1892) - vol. 56, no. 672 (15 décembre 1892).
Source : Verne, Jules (1892), “ The Castle of the Carpathians”, London : Sampson Low, 1893.
Source : Lesàk, Barbara (1990), "Photography, Cinematography and Theatre", In "Fin de Siècle and its Legacy", edited by Mikuláš Teich and Roy Porter, Cambridge University Press, pp. 135-136.
Source : Smyth, Edmund J. (2000), "Jules Verne : narratives of modernity", Liverpool Science Fiction Texts and Studies #20. Liverpool: Liverpool University Press, p. 117.
Urls : http://histv2.free.fr/litterature/carpathes.htm (last visited ) http://www.archive.org/stream/lechateaudescarp05082gut/7carp10.txt (last visited )

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