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1886 __ « L’Eve Future »
Auguste Villiers de l’Isle-Adam (1838-1889)
Comment : Villiers ironically twists the basic story of the creation of the android, renders it equivocal, and adds layer upon layer of parodistic dimension in his exploration of what for him is of prime importance: the problem of how we perceive the material world and how we represent it, given the newly discovered technical means of recording, reproduction, and duplication. Recent inventions, such as the telephone, microphone, and phonograph, figure prominently in Tomorrow's Eve; and since the principles upon which the Android is constructed are possible extensions of what has already been discovered, the author is able to give a scientific rationale for the creation of such a marvelous being and induce belief in his readers that perhaps it could someday be realized. The android produced in Villiers de L’Isle Adam’s Eve future had two golden phonograph cylinders in place of lungs, and Edison’s ill-starred talking doll incorporated a gramophone disc and stylus. (Daniel Gerould)
French comment : Edison, le "sorcier de Memlo Park", à dessein isolé du vulgaire, communique, mais également contrôle et maîtrise l'ordre du monde, grâce à des outils de télécommunications. Les signes en sont nombreux. Celui que Villiers surnomme le phonograph's papa (titre du chapitre II du livre I) dispose de fait d'un instrument né de la rencontre de deux inventions que l'on prêtait alors à Edison : le phonographe et le téléphone. Le couplage des deux permet à la fois permanence et ubiquité. Le dispositif mis en place par Edison est bien un système permettant une communication instantanée. (Patrice Carré)
Original excerpt 1 : « The voice of the being called Sowana - laughing over its last word - seemed to come, always quietly and discreetly, from a pillar supporting the violet curtains. In fact it was a sounding box and reverberated in response to distant whispers carried by electricity - one of those new condensers, invented barely yesterday, by which the individual syllables and tone of the voice are distinctly transmitted. - Tell me, Mistress Anderson, Edison resumed after a moment's thought, are you sure you could hear what another person might say to me here ? - Yes, if you repeated it yourself, very softly between your lips, as the other person spoke, the different tones of your answers would enable me to understand the dialogue. You see, I'm like one of the Genies of Ring, in the 'Arabian Nights'. - And so if I asked you to attach the telephone wire on which we're talking now to the person of our young friend, the miracle of which we've often spoken would occur ? - No doubt about it. It's a marvel of thought and ingenuity, but perfectly natural now that it's been brought to reality. Look : for me to hear you, in the mixed and marvelous state where I now am, all saturated in the living fluid accumulated in your ring, there's no need of a telephone. But for you to hear me, you or any one of your visitors, isn't it true that the telephone whose mouthpiece I'm now holding must be linked to a sounding-box, however concealed ?. » (Translated by Robert M. Adams)
Original excerpt 2 : « Livre I, Chapitre 4.La voix, ― rieuse sur cette dernière parole, ― de l’être invisible que l’électricien venait d’appeler Sowana, bruissait, toujours discrète et basse, en une patère des rideaux violacés. Celle-ci formait plaque sonore et frémissait sous un chuchotement lointain apporté par l’électricité : c’était un de ces nouveaux condensateurs, inventés d’hier à peine, où le prononcé des syllabes et le timbre des voix sont distinctement transmis. ― Dites-moi, mistress Anderson, reprit Edison après un instant de songerie, ― en ce moment seriez-vous sûre d’entendre ce qu’une autre personne me dirait ici ? ― Oui, si vous le redisiez vous-même, très bas, entre les lèvres, au fur et à mesure : la différence de l’intonation, dans vos réponses, me ferait comprendre le dialogue. ― Vous voyez : je suis un peu comme l’un des génies de l’Anneau, dans les Mille et une Nuits. ― En sorte, que si je vous priais de relier le fil téléphonique, avec lequel vous me parlez en ce moment, à la personne de notre jeune amie, le miracle dont nous avons parlé se produirait ? ― Sans aucun doute. C’est une chose prodigieuse d’ingéniosité et d’idéal, mais toute naturelle, ainsi réalisée. Voici : ― vous, pour que je vous entende, en l’état mixte et merveilleux où je suis, toute saturée du fluide vivant accumulé en votre anneau, vous n’avez nul besoin de téléphone ; mais pour que vous m’entendiez, vous, ainsi que tel de vos visiteurs, ne faut-il pas que le téléphone, dont je tiens en ce moment l’embouchure, corresponde à une plaque sonore, si dissimulée qu’elle soit ? [...]Livre 1, Chapitre 6.Les pas du professeur sonnaient sur les dalles: le crépuscule, autour de lui, s'approfondissait. Qu'ai-je à phonographier, aujourd'hui, sur la terre? gémissait-il sarcastiquement on pourrait, en vérité, croire que le Destin n'a permis à mon instrument d'apparaître qu'au moment on rien de ce que dit l'Homme ne semble plus guère valoir la peine d'être conservé. Après tout, que m'importe! Inventons! inventons!.Qu'importe le son de la voix, la bouche qui prononce, le siècle, la minute où telle idée s'est révélée, puisque toute pensée n'est, de siècle en siècle, que selon t'être qui la réfléchit ? Ceux-là qui ne sauront jamais lire, auraient-ils su jamais entendre?. Ce n'est pas d'entendre le son,mais l'En-dedans créateur de ses vibrations même,.ces voiles!.qui est l'essentiel.Des Bruits Mystérieux.Ce disant, Edison alluma tranquillement un second cigare. Il ne .faut donc pas s'exagérer le désastre, reprit-il en continuant sa promenade et en fumant dans l'obscurité. S'il est regrettable, en effet, que le son authentique et originel des paroles célèbres n'ait pas été retenu par le Phonographe, je trouve, en y réfléchissant, qu'étendre ce regret jusqu'aux bruits énigmatiques ou mystérieux auxquels je songeais tout à l'heure serait un acte d'absurdité. Car ce n'est pas eux qui ont disparu, mais bienle caractère impressionnant dont ils étaient revêtus en et par l'ouïe des anciens.et qui, seul, en animait l'insignifiance intrinsèque. Donc, ni jadis ni de nos jours, Il ne m'eût été possible de graver exactement des bruits dont la réalité dépend de l'auditeur. Mon Mégaphone, même, s'il peut augmenter la dimension, pour ainsi dire, des oreilles humaines (ce qui est déjà un immense progrès, scientifiquement parlant), ne saurait, toutefois, augmenter la valeur de CE qui écoute en ces mêmes oreilles. Quand bien même j'arriverais à faire flotter au vent les pavillons auriculaires de mes semblables, l'esprit d'analyse ayant aboli, dans le tympan des existeurs modernes, le sens intime de ces rumeurs du passé, (sens qui en constituait, encore un coup, la véritable réalité), j'eusse eu beau clicher, en d'autres âges, leurs vibrations, celles-ci ne représenteraient plus aujourd'hui, sur mon appareil, que des sons morts, en un mot que des bruits autres qu'ils furent et que leurs étiquettes phonographiques les prétendraient être, "puisque c'est en nous que s'est fait le silence". C'est pendant que ces bruits étaient encore mystérieux qu'il eût été vraiment intéressant d'essayer d'en rendre le mystère transportable sur une machine en l'y fixant pour de longs siècles.Et encore que dis-je là? murmura soudainement l'électricien:.j'oublie qu'une réciprocité d'action est la condition essentielle de toute réalité! Donc, au fond, l'on peut affirmer que "les murailles seules de la ville de Jéricho entendirent le son des trompettes de Josué, puisque seules elles avaient qualité pour cela", mais que ni l'armée d'Israël, ni les assiégés chananéens ne distinguèrent en ce son rien d'anormal ce qui revient à dire qu'au fond "personne ne les a jamais entendues". [...] D'où je conclus qu'il en est des bruits comme des voix. et des voix comme des signes et que nul n'a droit de rien regretter. De nos jours, d'ailleurs, s'il n'est plus de bruits surnaturels, je puis, par compensation, en enregistrer d'assez importants, comme le bruit de l'avalanche, du Niagara, de la Bourse, d'une éruption, des canons de plusieurs tonnes, d'une tempête, d'une multitude, du tonnerre, du vent, de la houle, d'une bataille, etc. Une réflexion suspendit ici la nomenclature d'Edison. Il est vrai que mon seul Aërophone domine, d'ores et déjà, tous ces vacarmes dont la contingence bien reconnue est dépourvue désormais de tout intérêt acheva-t-il avec mélancolie.Décidément, je le répète, le Phonographe et moi nous arrivons tard dans l'Humanité. Considération tellement décourageante que.si je n'étais pas un homme d'une activité pratique extraordinaire,.j'irais, tout bonnement, nouveau Tityre, m'étendre à l'ombrage de quelque arbre champêtre là, l'oreille appliquée au récepteur de mon Microphone, je laisserais couler les jours en écoutant l'herbe pousser pour me distraire, tout en me disant, in petto, qu'un Dieu des plus probables m'a fait ces loisirs. Edison en était là de sa rêverie, lorsqu'un coup de timbre, limpide et sonore, fit tressaillir les ombres autour de lui. [...] »
Source : Villiers de l'Isle Adam (1886), "L’Eve Future", in Oeuvres complètes, Paris : Gallimard, Bibliothèque la Pleïade.
Source : Gerould, Daniel (1982), “Villiers de l'Isle-Adam and Science Fiction”, Science Fiction Studies 11.3, Nov. 1984.
Source : Carré, Patrice (2002), “Le téléphone, entre public et privé, ou la mise en scène d’une technique ...”, In Alliage n°50/51, “Le Spectacle de la Technique”, Paris, Éditions du Seuil.
Source : Ponnau, Gwenhaël (1996), “Désaccords et Dissonances : le corps et la voix dans l’Eve Future”, in “Jeering dreamers: Villiers de L'Isle-Adam's L'Ève future at our fin de siècle : a collection of essays”, Rodopi, p. 77.
Urls : http://www.depauw.edu/sfs/reviews_pages/r34.htm (last visited ) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64537w (last visited )

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