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1884 __ « Phonographe »
‣ In “Les Minutes de Sable Mémorial”, Guignol — II. Phonographe
Alfred Jarry (1873-1907)
Comment : There were instances however, where phonography was incorporated into the thought or action of received forms, or was experienced in rather unique terms within the daily life of the period. One of the earliest examples was Alfred Jarry's story Phonographe (1884) based ``on the technique of a recurring motif, like a record with a scratch on it." -- a blatant registering of the machine within the arts and a short step from Jarry's use of marionettes. (in Maurice Marc LaBelle, Alfred Jarry: Nihilism and the Theatre of the Absurd, New York: New York University Press, 1980, pp. 26-7.). [...] Another eccentric Frenchman, Alfred Jarry, was the first turntablist, by spinning a short tale about a cylinder in Phonograph. The contraption becomes a "mineral siren," as if one of the treacherous songsters had been sunk into the perch of her coastal rock, just as Echo herself had been banished to the task of reproducibility as a rock face. Guillaume Apollinaire uses a priapic phonographic device in his story "The Moon King" to conjure phantom lovers and prefigure virtual dildonics by decades. There is inventiveness in literature, but this is simple invention in literature, and much of it makes sound and makes us listen differently. (Douglas Kahn)The farcical, fantastic novel, The Supermale, features a mechanical man who becomes a sex-machine, is fed by a food-machine, and bicycles faster than trains.
French comment : Or certains textes des Minutes semblent correspondre à ce type d’herméneutique, qui peut se réduire à une lecture tabulaire : le texte possède différents niveaux de cohérence, et chacun de ses éléments peut être lu conformément à l’isotopie d’un certain niveau. Il s’agit finalement simplement de transposer les éléments d’une isotopie dans une autre, de traduire un texte de départ par une série de métaphores, pour obtenir un texte difficile d’accès pour qui n’en possède pas la clef allégorique. On peut étudier ce mécanisme de transposition dans le texte « Phonographe », très obscur pour qui l’aborde tel quel, mais qui prend un sens très clair dès que le lecteur a compris que Jarry ne fait que décrire un phonographe comme une sirène, qui tient ceux qui l’écoutent captifs. Les phonographes, à l’époque de Jarry, ne sont pas assez perfectionnés pour amplifier suffisamment le son ; l’auditeur est obligé d’enfiler des écouteurs, semblables à ceux d’un stéthoscope – il est, d’une certaine manière, captif par les oreilles. Le texte de Jarry ne parle pas à première vue du phonographe ; mais il transpose tous les éléments de l’isotopie du phonographe dans l’isotopie de la sirène mythologique – en particulier la forme marine de la sirène. On peut « retraduire » ce texte dans son contexte phonographique, en retrouvant les métaphorisés sous les métaphorisants. Le texte « Phonographe » serait alors une pure allégorie, dont l’obscurité ne serait qu’un voile provisoire. Le lecteur peut ainsi lire deux textes en un seul, grâce au travail de condensation de l’auteur, qui s’est efforcé de ne conserver de deux situations que les éléments susceptibles d’être lus simultanément sur les deux isotopies. Dès que le lecteur a saisi le système, il peut l’appliquer et retrouver un sens double sous l’apparente incohérence du texte. Mais certains éléments n’appartenant à aucune des deux cohérences viennent perturber ce modèle : la métaphorisation de l’écouteur en « sabot de cheval, bec d’éguisier » et « érection » déstabilise le parallélisme des deux isotopies, introduisant un renversement sexuel, l’érection étant attribuée au phonographe normalement féminin. La fin du texte repose également sur une autre isotopie, celle du décervelage, les écouteurs devenant des « clous » ou des « dents » par lesquels la sirène se nourrit de la « chaude cervelle » de l’auditeur. Des cohérences locales se créent dans le texte, fondées sur d’autres analogies, qui tendent à déstabiliser le modèle herméneutique du lecteur. On voit ici que Jarry n’applique pas strictement la poétique de l’obscurité comme voile provisoire, même dans les textes les plus allégoriques ; un autre principe de suggestion y est également à l’œuvre. (Julien Schuh)
Original excerpt 1 : « O my head, my head, my head -- All white underneath the silk sky ! -- They have taken my head, my head -- And put me into a tea tin !. » (Quoted in “Gramophone, Film, Typewriter”, by Friedrich A. Kittler)
Original excerpt 2 : « Guignol.II. Phonographe.La sirène minérale tient son bien-aimé par la tête, comme un page d'acier serre une robe. Le livre se ferme pour écraser les mouches, 8 nimbés de gaze, abat-jour de lampes charbonnées. Elle plaque ses mains estropiées d'un geste brusque sur la droite et la gauche de la tête de son amant passager, et elle ne le blesse point, la vieille amoureuse, ni ses griffes ne l'écorchent: comme au vent d'hiver les bouts de branches sèches, le temps les a declouées de son souffle froid. Ses doigts ont roulé sur le sol en jeu de quilles; paralysés, organes rudimentaires, ils ont disparu; et comme aux chevaux depuis le déluge, un seul os coiffé d'un seul ongle. Elle ne le blesse point, la vieille amoureuse, ni ses griffes ne l'écorchent: son doigt unique, col de fémur dont un fourmilier a lapé la moelle, greffe son érection cordée aux tragus de l'écouteur. Sabot de cheval, bec d'éguisier, piaffe et farfouille aux tragus qui, pour le métal instillé, t'encorbellent cinq minutes: tes bourdonnements s'étouffent au cérumen dont tu t'es oint depuis des âges, copulant avec tout venant. Et les deux noires sangsues pendent aux oreilles de l'écouteur. Ainsi elle le tient bien en face, la sirène minérale; et il doit voir ses yeux qui, si nous les voyions, nous paraîtraient...Au-dessous d'un plafond vitré, dans une gare... Noires monères mobiles et cahotées, se creusent et cillent les orbites de la sirène minérale. Il doit voir ses yeux et la voir toute, sa tête de chaux blanche et si froide et ses deux uniques bras de poulpe noirs et si froids. O le chant des stalactites de cuivre appendues à son palais, et le bruit de fer rouillé du maxillaire inférieur qui se déclenche! O entendre le chant sublime de l'argonaute de porcelaine, que des déménageurs trop pressés ont laissée emplie de rouleaux fêlés de cordes de piano. La mandibule s'abaisse et se relève comme une touche, mais empêtre ses dents cassées au bris des cordes et des marteaux: "O ma tête, ma tête, ma tête -- Toute blanche sous le ciel de soie! -- Ils ont pris ma tête, ma tête -- Et l'ont mise dans une boîte a thé ! O la canicule des laques! -- Le caramel de mes bras flasques -- Qui montent, montent hors des draps moites. -- O me plonger dans la chair fraîche! O ma tête, ma tête, ma tête! -- Sois mon oreiller dans ma boîte. -- Dedans. -- Mets ta chair fraîche pour mes dents. -- Ma tête, hibou économe -- A grappillé de la chair d'homme -- Et l'a mise dans une boîte à thé." La vieille sirène tombée au fond d'un lac pétrificateur le chant des vieilles sirènes que la cristallisation paralyse, éclate et s'embrase comme un peu de poudre au contact des deux charbons de cornue qui brûlent de notes lumineuses les tympans de l'écouteur. L'inanimé froid se réchauffe et redevient mobile au contact de la chaude cervelle, à travers les oreilles percées de clous. Voici que les paroles se dégèlent par les airs de la mer boréale. La vieille sirène n'était qu'en léthargie, pas tout à fait morte, car la mort se prouve à la rigueur sanglée des maxillaires. Lève-toi, abaisse-toi, mandibule, et fais des croix de ton bâton de chef d'orchestre. Bien que tu sois femme, je vois sur le mur l'ombre de ta barbe, comme un arbre miré dans l'eau, comme un lichen sur une pierre, ou plutôt comme un varech soudé à la bâillante mandibule inférieure de la nacre d'une huître perlière. Chantez, stalactites de cuivre, dans les cavernes sous-marines, rouillez vos cordes d'acier au sel de la mer. Chantez toujours, pour que celui qui vous écoute ne se détourne pas. Mais il ne se détournera pas: la sirène minérale tient son bien-aimé par la tête comme un page d'acier serre une robe. »
Source : Jarry, Alfred (1884), “Phonographe”, In “Le Surmâle — roman, moderne”, Paris, La Revue Blanche, 1902; and in “Les Minutes de Sable Mémorial”, Paris, Éditions Mercure de France, 1894; Éditions Grasset & Fasquelle, Coll. Les Cahiers Rouges, 2007, pp. 37-39.
Source : Jarry, Alfred (1884), “Phonograph”, In “The Supermale — A Modern Novel”, translated from the French by Barbara Wright, London: Jonathan Cape, 1968.
Source : Hunter, Kevil (1976), “Les Minutes de Sable Mémorial - a critical edition (the moments of a monument in sand)”, PhD thesis, Ann Arbor, Michigan, University Microfilms, 1976.
Source : Tortajada, Maria (2000), “L’ombre projetée de la vitesse. Le cinématographe et la course des dix mille milles dans Le Surmâle d’Alfred Jarry”, Études de Lettres, nos 1-2, 2000, p. 109-133.
Source : Tortajada, Maria (2004), “Archéologie du cinéma : de l’histoire à l’épistémologie”, Cinémas : revue d'études cinématographiques / Cinémas: Journal of Film Studies, Volume 14, numéro 2-3, Printemps 2004, p. 19-51.
Source : Tortajada, Maria (2003), “Machines cinématiques et dispositifs visuels. Cinéma et « pré-cinéma » à l'œuvre chez Alfred Jarry”, 1895, n°40, Varia, 2003, (on-line revue), p. 5-23.
Source : Kahn, Douglas (2002), “Digits on the historical pulse: Being a way to think about how so much is happening and has happened in sound in the arts”.
Urls : http://www.fabula.org/colloques/document910.php (last visited ) http://www.alfredjarry2007.fr/amisjarry/documents/Textes%20en%20ligne/mn09.htm (last visited ) http://www.erudit.org/revue/cine/2004/v14/n2-3/026003ar.html (last visited ) http://1895.revues.org/document3272.html (last visited ) http://www.soundtoys.net/journals/audio-art-in-the (last visited ) http://www.douglaskahn.com/writings/douglas_kahn-digits.pdf (last visited )

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