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ca 100 __ De Musica — Περί μουσικής
‣ In Plutarch, “Moralia”, Book XIV, 78
Plutarch of Delphi (Plutarque) (ca 46-120)
French translated excerpt : « II.Occasion et objet de l'entretien.Or donc, le deuxième jour des Saturnales, l'excellent Onésicratès avait invité, entre autres, au festin quelques amis savants en musique : c'étaient Sotérichos d'Alexandrie et Lysias, un de ceux qui recevaient de lui une pension. Quand les rites d'usage furent accomplis : « Rechercher à cette heure, dit-il, quel est le principe de la voix humaine, ce serait là, mes amis, un sujet déplacé dans un banquet : cette étude exige plus de loisir et de sobriété. Mais puisque la voix est définie par les meilleurs grammairiens « une percussion de l'air, sensible à l'ouïe », et puisque le hasard a voulu qu'hier nous nous soyons occupés de la grammaire, considérée comme l'art de figurer par des lettres les sons de la voix et de les conserver pour la mémoire, voyons quelle est, après celle-ci, la deuxième science qui se rapporte à la voix. Je pense que c'est la musique. N'est-ce pas, en effet, un acte pieux, un devoir principal pour les hommes de célébrer par des chants les dieux qui, par une grâce particulière, ont accordé à eux seuls une voix articulée? C'est ce qu'Homère lui-même a fait entendre dans ces vers : « Eux, pendant tout le jour, apaisaient le dieu par leur chant,.entonnant un beau péan, les fils des Achéens ;.ils chantaient Celui qui frappe au loin, et lui, réjouissait son cœur à les entendre. » « Allons donc, confrères en musique, rappelez à nos amis qui le premier a cultivé cet art, comment il s'est perfectionné avec le temps, quels hommes sont devenus célèbres parmi ceux qui ont pratiqué la science musicale, enfin de quel nombre et de quelle nature sont les avantages qu'on retire de cet exercice.XIV.Des corrupteurs de la musique.Mais Lasos d'Hermione, en imprimant aux rythmes une allure dithyrambique, en s'inspirant de la multiplicité des sons des flûtes, en employant des notes plus nombreuses et plus espacées, opéra une révolution dans la musique de son temps. « Pareillement Mélanippidès le compositeur lyrique, qui vint ensuite, ne se contenta pas de la musique de son temps, pas plus que Philoxène et Timothée. « L'aulétique elle-même passa d'un genre plus simple à plus de variété. Anciennement, il était d'usage que les joueurs de flûte reçussent leur salaire des poètes : c'est que la poésie jouait le premier rôle et que les aulètes n'étaient que les serviteurs des poètes-instructeurs. Plus tard, la corruption s'introduisit là aussi... [Ce fut lui qui divisa en un plus grand nombre de sons la lyre qui était restée heptacorde jusqu'à Terpandre d'Antissa.] Aussi le poète comique Phérécrate a-t-il mis en scène la Musique, sous les habits d'une femme, le corps tout maltraité. Il représente la Justice l'interrogeant sur la cause de sa disgrâce, et celle-ci répond : « Je parlerai sans me faire prier : mon récit t'amusera à entendre, comme moi à le faire. Mes maux commencèrent avec Mélanippidès : c'est lui le premier qui me prit, me détendit et me relâcha en me donnant neuf cordes. Pourtant c'était encore, pour moi, un homme passable, quand je le compare à mes maux présents. Ensuite vint Cinésias, le maudit Athénien, qui, en chargeant ses strophes de modulations discordantes, m'a si bien démolie, que dans la composition (?) de ses dithyrambes, comme lorsqu'on se regarde dans un bouclier, la droite paraît à gauche. « Et pourtant lui aussi m'était encore supportable. Après cela Phrynis, introduisant un tourbillon de sa façon, à force de me plier et de me tourner, acheva de me détruire, avec ses onze cordes où il logeait quatre octaves différentes ; lui aussi, malgré tout, je pouvais le supporter, car le mal qu'il faisait, il finissait par le réparer. Mais Timothée, ma chère, celui-là m'a enfoncée et massacrée sans la moindre vergogne.Quel est donc ce Timothée ?.Un Milésien au poil roux.Il t'a fait du mal, lui aussi ?.Lui ? Il a dépassé en méchanceté tous ceux que j'ai nommés. Il a introduit des fourmillements monstrueux, hors de toute harmonie, des notes suraiguës et illicites, des fioritures, il m'a remplie tout entière de chenilles comme une rave... et quand il me rencontrait par hasard me promenant seule, il me déshabillait et me mettait en pièces avec douze cordes. » « Le comique Aristophane mentionne de même Philoxène et dit qu'il introduisit dans les chœurs cycliques des « chants de moutons et de chèvres ». Et d'autres poètes comiques ont dénoncé l'absurdité de ceux qui, dans la suite, ont achevé de mettre la musique en miettes.XVII.Importance et programme de l'éducation musicale.[...] « En effet, toute perception musicale comprend nécessairement trois éléments qui tombent à la fois dans l'ouïe : un son, un temps et une syllabe ou une lettre. De la succession des sons résultera la connaissance de la mélodie, de celle des temps la connaissance du rythme, de celle des lettres ou syllabes la connaissance du texte. Or, comme ces trois successions s'avancent conjointement, il est nécessaire que la sensation s'y applique en même temps. « Pour parler en général, il faut donc que dans le jugement appliqué aux différentes parties de la musique, la sensation marche toujours de front avec l'intelligence, sans jamais prendre les devants, comme le font les sensations emportées et précipitées, ni sans rester en arrière, comme le font celles qui sont lentes et difficiles à émouvoir ; quelques-unes même cumulent ces deux défauts, tantôt prenant les devants, tantôt restant en arrière, par je ne sais quelle anomalie naturelle. Il faut donc corriger de ces imperfections la sensation si l'on veut qu'elle marche de pair avec l'intelligence. « Et, autre chose évidente, si la sensation n'est pas capable de séparer chacun des trois éléments susdits, il ne lui sera pas possible de saisir le fil de chacune des trois successions séparées et d'apercevoir les fautes ou les beautés dans chacune d'elles. Il faut donc acquérir d'abord la faculté de séparer, ensuite celle de rétablir la continuité : car le sentiment de la continuité est nécessaire au sens critique, puisque le beau et le laid ne résident pas dans certains sons, temps ou lettres isolés, mais dans une série continue : ils consistent, en effet, dans une certaine combinaison, par l'usage, de parties incomposées. [...]XIX.Utilité de la musique.[...] « Aussi les états les mieux gouvernés ont-ils pris le plus grand soin de conserver à la musique un caractère élevé. Parmi beaucoup d'autres preuves qu'on pourrait en citer, rappelons Terpandre, qui apaisa jadis la sédition née à Lacédémone, et Thalétas le Crétois, qui, appelé, dit-on, sur l'ordre de la Pythie, guérit les Lacédémoniens par la musique et délivra Sparte de la peste qui la ravageait, comme le raconte Pratinas. D'ailleurs, Homère lui-même nous montre les Grecs apaisant, par l'emploi de la musique, la peste qui les dévastait ; il s'exprime ainsi : « Eux, pendant tout le jour, apaisaient le dieu par leur chant,.entonnant un beau péan, les fils des Achéens;.ils chantaient Celui qui frappe au loin, et lui, réjouissait son cœur à les entendre. » [...]XX.Épilogue.[...] « Vous avez encore laissé de côté un point de vue, camarades, le plus élevé de tous et qui manifeste le mieux la dignité de la musique. C'est que le cours de l'univers, le mouvement des astres, si l'on en croit Pythagore, Archytas, Platon et les autres anciens philosophes, ne s'accomplissent et ne se développent point sans musique : car tout, disent-ils, a été organisé par Dieu selon l'harmonie. Mais il serait hors de saison de nous étendre maintenant là-dessus : la vertu suprême et musicale par excellence, c'est d'apporter en tout une juste mesure. » Après avoir ainsi parlé il chanta le péan; puis, ayant offert une libation à Saturne et à tous les dieux qu'il engendra ainsi qu'aux Muses, il congédia ses convives. » (Transl. by Henri Weil & Théodore Reinach)
Source : Plutarque, "Oeuvres morales et œuvres diverses", 14. "De la Musique", Édition critique et explicative par Henri Weil et Théodore Reinach, Paris : Ernest Leroux Éditeur (1900).
Urls : http://remacle.org/bloodwolf/historiens/Plutarque/musique.htm (last visited )

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