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1867 __ « L’Acoustique ou les Phénomènes du Son »
Jean Charles Rodolphe Radau (1835-1911)
Comment : Jean Charles Rodolphe Radau (January 22, 1835 – December 21, 1911) was an astronomer and mathematician who worked in Paris at the Revue des deux Mondes for most of his life. Radau was born in Angerburg, Province of Prussia (now Węgorzewo in Poland), and after studying in Königsberg and working on the Three-body problem, he moved to Paris to collaborate with other scientists. In 1871 he was given the Ph.D. in honor of his work in mathematics. Radau won the Prix Damoiseau of the French Academy of Sciences in 1892 working on planetary perturbations in the motion of the Moon. This work was of such a high quality that he was elected to the Academy in 1897. A crater on Mars is named in Radau's honor. (Compiled from various sources)
Original excerpt : « 1- Le Son dans la Nature.Le son, c’est le mouvement qui devient sensible à distance. Le repos est muet. Tout son, tout bruit annonce un mouvement. C’est le télégraphe invisible dont se sert la nature. Aussi bien le son est un appel, on ne le comprend pas sans l’oreille qui l’écoute, comme on ne comprend point la lumière sans l’œil qui l’impressionne. Voix, parole, chant, il devient l’auxiliaire le plus précieux et le plus important de la vie de relation. [...] C’est par la voix, fille de l’air, que les êtres vivants secommuniquent le plus complètement leurs impressions et leurs besoins ou leurs désirs; la voix appelle, attire ou repousse, excite ou caresse, implore ou maudit... Lorsqu’elle se fait parole dans la bouche de l’homme, elle exprime tout ce que l’esprit peut concevoir ou le cœur sentir. Incarnation merveilleuse qui prête un invisible corps à la pensée, elle porte d’esprit en esprit les passions, la foi ou le doute, le trouble ou la paix. Conçoit-on une humanité muette ?.Voici, d’après les chroniques, [le concert] qu’on donna à Bruxelles en 1549, le jour de l’octave de l’Ascension, en l’honneur d’une image miraculeuse de la Vierge. Un ours touchait l’orgue. Cet orgue se composait d’une vingtaine de chats renfermés séparément dans des caisses étroites au-dessus desquelles passaient les queues de ces animaux, liées à des cordes qui étaient attachées aux registres de l’orgue et qui correspondaient aux touches. Chaque fois que l’ours tapait sur le clavier, il tirait les queues des pauvres chats et les forçait de miauler sur tous les tons. Les historiens de la musique parlent aussi d’orgues de pourceaux réunis à des chats. Conrad van der Rosen, le fou de l’empereur Sigismond, réussit, dit-on, à guérir son maître d’une noire mélancolie en jouant d’un orgue de chats rangés par gammes, dont il piquait les queues en frappant sur les touches. [...] Le P. Kircher consacre aux voix des animaux un des chapitres les plus curieux de sa “Musurgie”. En tête, il place l’Aï ou Paresseux (en latin “Pigritia” et “Animal Haut”). Il en donne une description accompagnée d’une figure qu’il dit tenir d’un provincial de son ordre, revenu du Brésil [...]. D’après cette relation, le Paresseux ne fait entendre sa voix que pendant la nuit; son cri est “Ha ha ha ha ha ...”; il se compose de six notes qui forment une gamme ascendante et descendante : ut ré mi fa sol la sol fa mi ré ut. Ces notes sont émises à intervalles réguliers, chacune étant séparée par une courte pause. Quand les Espagnols s’établirent dans le pays, ces cris nocturnes leur faisaient croire qu’ils entendaient des hommes qui vocalisaient dans les forêts : Kircher ne tarit pas d’admiration pour la voix du Paresseux. “Si la musique avait été inventée en Amérique, dit-il, je n’hésiterais pas à déclarer qu’elle dérive du chant mirifique de cet animal”.[...] Il n’est pas bien prouvé que le rossignol puisse apprendre à parler, quoique Pline raconte que les fils de l’empereur Claude en avaient qui parlaient grec et latin. Le P. Kircher penche à croire que cet oiseau pourrait apprendre à imiter la parole humaine; mais, dit-il, ce que Aldrovande rapporte de ces trois rossignols qui, pendant la nuit, se contèrent tout ce qui s’était passé dans la journée, dans un hôtel de Ratisbonne, a paru fabuleux à beaucoup de personnes, ou du moins inexplicable sans quelque insigne imposture ou sans l’intervention du démon. [...] L’oiseau sonneur (Campanero) a une voix vibrante comme le son d’une cloche; on l’entend à 14 kilomètres de distance, dans le désert qu’il habite. Chaque matin il entonne ses chants, et encore à midi, quand l’ardeur du soleil a fermé le bec de ses collègues emplumés,il ne cesse pas d’animer la solitude. C’est d’abord un cri strident, suivi d’une pause qui dure; puis un second cri suivi d’une autre pause, et encore un cri qui expire dans un silence de six à huit minutes que vient rompre une nouvelle série de cris saccadés. [...] Une légende rapporte qu’un jour une cigale décida de l’issue d’une lutte entre deux joueurs de cithare, Eunome et Ariston. Pendant qu’Eunome jouait, une de ses cordes se brisa; mais les dieux lui envoyèrent une cigale qui s’étant posée sur son instrument lui remplaça la corde cassée, si bien qu’il remporta la victoire. » (pp. 16-22).[...] Chaque région de la terre a, pour ainsi dire, sa physionomie acoustique. Près des grandes villes, on entend mille bruits confus qui trahissent l’activité humaine, comme le bourdonnement des abeilles dans une ruche nous révèle qu’elle est habitée. Á Paris, ce sourd murmure persiste toute la nuit. Le jour, il y a des rues où on ne s’entend pas parler, quand il y passe beaucoup de voitures. Le roulement des voitures est encore renforcé par le sol trop élastique de la grande ville, qui recouvre les catacombes à la manière d’un tablier de violon. » (p. 26)
Source : Radau Rodolphe (1867). “L’Acoustique ou les Phénomènes du Son”. Coll. « Bibliothèque des Merveilles » sous la direction de M. Édouard Charton. Paris : Librairie Hachette.
Urls : http://www.archive.org/details/lacoustiqueoule01radagoog (last visited )

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