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1859 __ Télégraphie Hydraulique
French comment : “Craignant qu'il ne s'écoule encore longtemps avant que la science parvienne à surmonter l'es obstacles que rencontre la télégraphie sous-marine, M. de Lucy s'est demandé s'il n'existait pas en dehors de l'électricité un agent, sinon plus rapide, du moins plus docile et plus soumis, qui put, momentanément du moins, remplacer l'électricité pour les transmissions sous-marines. L'eau, sous ce rapport, possède des propriétés qui la rendent précieuse pour cet usage. Que l'on suppose deux tubes verticaux reliés entre eux à leur partie inférieure par un autre tube transversal; si l'on verse de l'eau dans l'appareil, le liquide remplira également les deux tubes et s'élèvera à une même hauteur. Cette disposition offre déjà à l'esprit l'idée d'un télégraphe. En effet, si l'on donne au tube transversal une longueur indéterminée, le phénomène d'équilibre des colonnes liquides se produisant toujours et d'une manière invariable, il suffirait d'établir le long de chaque tube une échelle graduée dont chaque division serait représentée par une lettre ou un signe quelconque. En modifiant à son gré la hauteur de la colonne démission, la colonne de réception s'abaisserait ou s'élèverait à la hauteur du signe correspondant au point où se serait arrêtée la colonne d'envoi. Ce premier moyen, que M. de Lucy n'indique qu'en passant et dont il constate la lenteur, peut être remplacé par deux autres moyens beaucoup plus pratques et beaucoup plus rapides. Si, à l'une des extrémités du tube, l'appareil restant le même qu'à la première expérience, on place une ampoule pleine d'eau et communiquant avec le système, cette ampoule, comprimée plus ou moins énergiquement, chassera dans l'intérieur du tube une certaine quantité d'eau qui fera monter plus ou moins la colonne de réception. Ce moyen, bien supérieur au premier, présente cependant quelques difficultés pratiques. On comprend, en effet, que pour obtenir dans le tube de réception un mouvement de va-et-vient assez net et assez rapide pour donner un résultat prompt et surtout facile à saisir, il faudrait que le moyen de compression employé fût très énergique; et son action continue sur tout le système de l'appareil amènerait nécessairement des désordres provenant de la détérioration rapide de l'instrument et des conduits. Ce moyen de communication présenté par M. de Lucy comme le meilleur, le plus rapide et en même temps le plus simple, consiste dans la percussion. Si, aux deux extrémités du tube de communication, on établit à la place des tubes verticaux des récipients pleins d'eau et fermés à leur partie supérieure, soit par une feuille très mince de cuivre ou de tôle, soit par une membrane bien tendue de caoutchouc, les phénomènes obtenus par ce nouveau système changent complétement de caractère, et présentent des résultats bien supérieurs à ceux obtenus à l'aide des niveaux ou de la pression. En effet, si par le moyen d'une baguette on frappe sur l'une des membranes tendues, la vibration produite dans la masse liquide se propage dans l'appareil avec une vitesse prodigieuse, et vient soulever la membrane placée à l'extrémité opposée. Plusieurs coups frappés consécutivement, et se succédant avec une très-grande rapidité, produisent sur la membrane opposée des vibrations absolument identiques. Ce résultat est facile à comprendre; il ne s'agit plus ici d'un déplacement plus ou moins considérable de liquide, qui, pour se produire, demande un temps assez long, surtout pour de grandes distances. Avec le système de la percussion, au contraire, la masse liquide, sans se déplacer, éprouve par le choc une vibration rapide qui, se propageant de proche en proche, ébranle successivement toutes les molécules de la colonne liquide. Ce mode de vibration, en tout semblable à celui des vibrations sonores, se comporte absolument de la même facon. Or, chacun sait que les ondes sonores se propagent dans les liquides avec une vitesse cinq fois plus grande que dans l'air, et parcourent dans l'eau un espace de 330 mètres par seconde. Un appareil à percussion, établi entre Calais et Douvres, mettrait donc dix-huit secondes environ pour transmettre la première vibration les autres se suivraient instantanément et avec la vitesse intrinsèque qui leur serait donnée au point de départ. De Valentia à Terre-Neuve, la première vibration liquide, suivie de près par toutes les autres, ne mettrait pas, d'après les calculs de M. de Lucy, plus d'une demi-heure à faire la traversée. Quant au mode de réception, il est bien simple et déjà fort connu. Chaque pulsation de la membrane de réception agissant sur un petit levier, celui-ci s'élève et s'abaisse alternativement. Si à l'extrémité de ce levier on adapte une pointe traçante, la dépèche vient s'écrire d'elle-même sur une bande de papier comme dans le système Morse. Il est à remarquer aussi .que ce système de télégraphie à percussion peut s'allier parfaitement à la télégraphie électro-aérienne. En effet, l'appareil de réception étant disposé comme nous venons de le dire, si on fait communiquer le petit levier mobile avec l'un des pôles d'une pile locale, et que l'on fasse 'arriver à proximité de ce levier l'extrémité d'un fil de ligne, on comprend qu'à chaque pulsation de la membrane le levier, en s'élevant, fera passer un courant dans le fil de ligne, de sorte que la dépêche, après avoir traversé la mer dans le tube hydraulique, continuera son parcours à travers les airs, à l'aide de l'électricité. Terminons en rappelant que M. le général Morin, dans son ouvrage intitulé Leçons de mécanique pratique a fait connaître une application de l'incompressibilité de l'eau à la transmission de signaux à distance. « On utilise quelquefois, dit le général Morin, l'incompressibilité de l'eau pour transmettre à de grandes distances des mouvements d'une faible amplitude, destinés à faire marcher des signaux ou à communiquer des avis. Un essai de ce genre a été fait sur le chemin de fer de Blackwall à Londres. Le signal du départ d'un train était annoncé à l'extrémité de la ligne, qui a 5,150 mètres de longueur, au moyen d'un tuyau d'un petit diamètre rempli d'eau; un piston refoulait cette eau au moment du départ et la colonne liquide, à peu près incompressible, faisait mouvoir rapidement, à l'autre extrémité du tuyau, et aux stations intermédiaires, d'autres pistons dont le mouvement se transmettait à l'aiguille d'un cadran ou à une sonnerie; mais aujourd'hui, pour des signaux de ce genre, on emploie de préférence le télégraphe électrique. » La rapidité des communications par le mouvement des ondes sonores à travers un tube de grande longueur ne saurait être mise en doute par quiconque se rappellerait, entre autres choses, le beau travail de MM. Colladon et Stourm, qui a valu, jadis, ses auteurs, le prix de mécanique décerné par l'Académie des sciences. Entre les divers moyens pratiques indiqués par M. de Lucy, il en est un surtout qui peut avoir de l'avenir c'est celui qui consisterait à fermer les extrémités du tube télégraphique par une membrane élastique. Un son, ou une série alphabétique de sons déterminés, transmis sur la membrane au départ, seraient très nettement accusés à la membrane au point ou aux points divers d'arrivée. Il y a là, en effet, un germe fécond qui pourrait offrir des résultats très analogues à ceux des signaux recueillis par le système d'écriture télégraphique propre à M. Morse. Ce mouvement vibratoire d'une membrane a déjà été utilisée par M. Scott, dans ses recherches phonographiques, que cette application rappelle, à cette seule dinérence que dans l'appareil de M. Scott la membrane est mise en vibration par l'air et non par l'eau.”. (In "L'Ami des sciences. Journal du dimanche", Année 5, Tome 5, 1859, pp. 199-200)
Urls : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k202635q (last visited )

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