NMSAT :: Networked Music & SoundArt Timeline

1831 __ « Gambara »
Honoré de Balzac (1799-1850)
Comment : In 1831, Honoré de Balzac wrote a story called "Gambara", about an eccentric composer who devises a fantastic instrument called the "panharmonicon" (clearly inspired by Maelzel), which sets out to explore the relationships between all sounds, thoughts and emotions. [...] The result of Gambara's efforts is that he is dismissed as a madman. The music he creates is judged to be too far of its time, too incomprehensible, by his audience. (Andrew Hugill)
French comment : “. (Gambara” est une nouvelle d’Honoré de Balzac, parue en 1837 dans la Revue et gazette musicale de Paris à la demande de Maurice Schlesinger, éditeur de musique originaire de Berlin. À l’époque de la rédaction, le romancier se rendait, chaque se)Argument.Le comte Andrea Marcosini, noble milanais, flâne au Palais-Royal lorsqu’il découvre dans la foule le visage extraordinaire d’une femme aux yeux de feu. Celle-ci s’enfuit pour lui échapper, mais il la poursuit jusque dans la sordide ruelle où elle disparaît, derrière le Palais-Royal. S’il s’est « attaché aux pas d’une femme dont le costume annonçait une misère profonde, radicale, ancienne, invétérée, qui n’était pas plus belle que tant d’autres qu’il voyait chaque soir à l’Opéra », c’est que son regard l’a littéralement envoûté. Aussitôt le comte mène une enquête et il découvre que cette femme est mariée à un compositeur de musique : Gambara, également facteur d’instruments, qui a sur la musique des théories et des pratiques déconcertantes. Sa musique n’est belle que lorsqu’il est ivre. Mariana se sacrifie pour lui, fait les travaux les plus humiliants pour maintenir le ménage, car elle croit dur comme fer au génie incompris de son mari. Après avoir tenté de sauver le couple de la misère, de soutenir Gambara de son mieux en lui donnant de l’argent (ou pire, en lui donnant de quoi boire), le comte enlève finalement la belle Mariana qu’il abandonnera par la suite pour une danseuse, et qui reviendra près de son mari, encore plus misérable qu’avant. (Compiled from various sources)Après Massimilla Doni et Le Chef-d'œuvre inconnu, Gambara complète la trilogie. Le récit consacre de longs développements à la théorie musicale, autour de deux opéras, l'un réel, Robert le Diable de Meyerbeer, l'autre fictif, le Mahomet de Gambara. La scène se passe à Paris en 1831. Gambara, musicien instrumentiste, facteur et compositeur, vit misérable et incompris avec son épouse Marianna, qu'il sacrifie à son art. Ses familiers, en particulier le cuisinier et restaurateur Giardini, ne doutent pas de sa folie. En effet ses compositions musicales, qu'il chante lui-même en s'accompagnant au piano, produisent d'horribles cacophonies là où il croit entendre le concert des anges. Le comte Andrea Marcosini réussit à s'introduire dans l'intimité du pauvre ménage avec l'intention de séduire Marianna, dont la beauté a excité son désir, mais il hésite en découvrant le charme et la supériorité morale et intellectuelle de Gambara. Il entreprend de faire le bonheur de Marianna en essayant de « guérir » son époux. Celui-ci tient des discours parfaitement sensés quand il est ivre - du moins c'est ce qu'affirment les personnages et la voix narrative - et joue admirablement ses propres œuvres sur le panharmonicon inventé. Andrea le grise donc systématiquement, avec l'idée que Gambara, une fois sobre, conservera les mêmes dispositions raisonnables. Tout est peine perdue et Marianna se décide à suivre Andrea en Italie. Celui-ci l'abandonnera six ans plus tard. Au dénouement Marianna rejoint son mari dans le logis misérable du début. Giardini est devenu « regrattier », et les deux époux chanteurs de rue. Massimilla Doni, au bras de son mari le prince Emilio, leur fait une aumône généreuse et leur demande de raconter leur histoire. Elle en conclut que Gambara est « resté fidèle à l'idéal que nous (Massimilla et son mari) avons tué ». -- La problématique musicale est double dans Gambara : elle traduit l'importance de l'éveil des nationalités au début du XIXe siècle et elle pose la question de la musique d'avant-garde, ce par quoi elle se rattache au Chef-d'œuvre inconnu. S'agissant du premier aspect, on notera l'équilibre que Balzac cherche à maintenir entre d'une part un point de vue universaliste, avec l'ambition totalisante, commune à Gambara, Beethoven et Balzac, de peindre la vie humaine en harmonie avec la musique éternelle de la nature (les vues unitaires de Balzac transparaissent dans l'union qu'affirme Gambara, en musique, de l'art et des mathématiques, de la mélodie – l'Italie – et de l'harmonie – l'Allemagne –, du son et de la lumière) et d'autre part l'exaltation des origines nationales et religieuses, illustrée par le sujet des deux opéras et sous-jacente au discours sur les caractères de plus en plus distincts des musiques allemande, italienne et française. Ces deux aspirations se conjuguent quand Gambara parle d'« offrir une peinture de la vie des nations prise à son point de vue le plus élevé ». La question de la musique d'avant-garde est traitée de manière beaucoup plus ambiguë et a donné lieu à des interprétations divergentes, pour plusieurs raisons. En effet : – c'est tantôt comme exécutant, tantôt comme critique et théoricien, que Gambara retrouve la « raison » une fois ivre ; – les morceaux du même opéra, affreux quand il les joue à jeun, deviennent célestes quand il est ivre ; – quel est le véritable jugement de la nouvelle (c'est-à-dire de Balzac) sur l'opéra de Meyerbeer ? – un grand compositeur doit-il réellement se concentrer sur le sentiment et la sensation au détriment de l'idée et sans se préoccuper de théorie ? – Andrea a-t-il raison de considérer Gambara comme plus poète que musicien ? – enfin, Gambara est-il un génie incompris, ou simplement un monomane mauvais compositeur ? Ni la critique de l'époque, ni le public, ne semblent avoir saisi l'intérêt des questions soulevées dans Gambara. On accusa Balzac d'avoir voulu imiter Hoffmann, et on ironisa sur ses prétentions en matière musicale, alors qu'il s'était sérieusement renseigné et que les spécialistes ont relevé fort peu d'erreurs techniques dans son texte. De nos jours, on rend justice, de plus en plus, à l'ampleur de ses vues, et l'on s'abstient fort heureusement de n'accorder d'intérêt à Gambara que dans le contexte des Etudes philosophiques et de l'idée qui tue. (Lucienne Frappier-Mazur)
Original excerpt 1 : « Composers work with substances of which they know nothing. Why should a brass and a wooden instrument -- a bassoon and horn -- have so little identity of tone, when they act on the same matter, the constituent gases of the air ? Their differences proceed from some displacement of those constituents, from the way they act on the elements which are their affinity and which they return, modified by some occult and unknown process. If we knew what the process was, science and art would both be gainers. Whatever extends science enhances art. »
Original excerpt 2 : « Tout ce qui nous reste du monde musical antérieur au dix-septième siècle, m'a prouvé que les anciens auteurs n'ont connu que la mélodie ; ils ignoraient l'harmonie et ses immenses ressources. La musique est tout à la fois une science et un art. Les racines qu'elle a dans la physique et les mathématiques en font une science ; elle devient un art par l'inspiration qui emploie à son insu les théorèmes de la science. Elle tient à la physique par l'essence même de la substance qu'elle emploie : le son est de l'air modifié ; l'air est composé de principes, lesquels trouvent sans doute en nous des principes analogues qui leur répondent, sympathisent et s'agrandissent par le pouvoir de la pensée. Ainsi l'air doit contenir autant de particules d'élasticités différentes, et capables d'autant de vibrations de durées diverses qu'il y a de tons dans les corps sonores, et ces particules perçues par notre oreille, mises en œuvre par le musicien, répondent à des idées suivant nos organisations. Selon moi, la nature du son est identique à celle de la lumière. Le son est la lumière sous une autre forme : l'une et l'autre procèdent par des vibrations qui aboutissent à l'homme et qu'il transforme en pensées dans ses centres nerveux. La musique, de même que la peinture, emploie des corps qui ont la faculté de dégager telle ou telle propriété de la substance-mère, pour en composer des tableaux. En musique, les instruments font l'office des couleurs qu'emploie le peintre. Du moment où tout son produit par un corps sonore est toujours accompagné de sa tierce majeure et de sa quinte, qu'il affecte des grains de poussière placés sur un parchemin tendu, de manière à y tracer des figures d'une construction géométrique toujours les mêmes, suivant les différents volumes du son, régulières quand on fait un accord, et sans formes exactes quand on produit des dissonances, je dis que la musique est un art tissu dans les entrailles même de la Nature. La musique obéit à des lois physiques et mathématiques. Les lois physiques sont peu connues, les lois mathématiques le sont davantage ; et, depuis qu'on a commencé à étudier leurs relations, on a créé l'harmonie, à laquelle nous avons dû Haydn, Mozart, Beethoven et Rossini, beaux génies qui certes ont produit une musique plus perfectionnée que celle de leurs devanciers, gens dont le génie d'ailleurs est incontestable. Les vieux maîtres chantaient au lieu de disposer de l'art et de la science, noble alliance qui permet de fondre en un tout les belles mélodies et la puissante harmonie. Or, si la découverte des lois mathématiques a donné ces quatre grands musiciens, où n'irions-nous pas si nous trouvions les lois physiques en vertu desquelles (saisissez bien ceci) nous rassemblons, en plus ou moins grande quantité, suivant des proportions à rechercher, une certaine substance éthérée, répandue dans l'air, et qui nous donne la musique aussi bien que la lumière, les phénomènes de la végétation aussi bien que ceux de la zoologie ! Comprenez-vous ? Ces lois nouvelles armeraient le compositeur de pouvoirs nouveaux en lui offrant des instruments supérieurs aux instruments actuels, et peut-être une harmonie grandiose comparée à celle qui régit aujourd'hui la musique. Si chaque son modifié répond à une puissance, il faut la connaître pour marier toutes ces forces d'après leurs véritables lois. Les compositeurs travaillent sur des substances qui leur sont inconnues. Pourquoi l'instrument de métal et l'instrument de bois, le basson et le cor, se ressemblent-ils si peu tout en employant les mêmes substances, c'est-à-dire les gaz constituants de l'air ? Leurs dissemblances procèdent d'une décomposition quelconque de ces gaz, ou d'une appréhension des principes qui leur sont propres et qu'ils renvoient modifiés, en vertu de facultés inconnues. Si nous connaissions ces facultés, la science et l'art y gagneraient. Ce qui étend la science étend l'art. Eh ! bien, ces découvertes, je les ai flairées et je les ai faites. Oui, dit Gambara en s'animant, jusqu'ici l'homme a plutôt noté les effets que les causes ! S'il pénétrait les causes, la musique deviendrait le plus grand de tous les arts. N'est-il pas celui qui pénètre le plus avant dans l'âme ? Vous ne voyez que ce que la peinture vous montre, vous n'entendez que ce que le poëte vous dit, la musique va bien au delà : ne forme-t-elle pas votre pensée, ne réveille-t-elle pas les souvenirs engourdis ? Voici mille âmes dans une salle, un motif s'élance du gosier de la Pasta, dont l'exécution répond bien aux pensées qui brillaient dans l'âme de Rossini quand il écrivit son air, la phrase de Rossini transmise dans ces âmes y développe autant de poëmes différents : à celui-ci se montre une femme longtemps rêvée, à celui-là je ne sais quelle rive le long de laquelle il a cheminé, et dont les saules traînants, l'onde claire et les espérances qui dansaient sous les berceaux feuillus lui apparaissent ; cette femme se rappelle les mille sentiments qui la torturèrent pendant une heure de jalousie ; l'une pense aux vœux non satisfaits de son cœur et se peint avec les riches couleurs du rêve un être idéal à qui elle se livre en éprouvant les délices de la femme caressant sa chimère dans la mosaïque romaine ; l'autre songe que le soir même elle réalisera quelque désir, et se plonge par avance dans le torrent des voluptés, en en recevant les ondes bondissant sur sa poitrine en feu. La musique seule a la puissance de nous faire rentrer en nous-mêmes ; tandis que les autres arts nous donnent des plaisirs définis. Mais je m'égare. Telles furent mes premières idées, bien vagues, car un inventeur ne fait d'abord qu'entrevoir une sorte d'aurore. [...] »
Source : Hugill, Andrew (2007), "The Origins of Electronic Music", In “Electronic Music - The Cambridge Companion to electronic Music", Edited by Nick Collins & Julio d'Escrivàn Rincón, Cambridge University Press, pp. 11-12.
Source : Balzac, Honoré de (1831), “Gambara”, In “Revue et gazette musicale”, livraisons des 23 et 30 juillet, 6, 13 et 20 août 1837; and also, Première publication en volume, avec Le Cabinet des Antiques, Souverain, 1839 (t. II).
Urls : http://paris-france.org/musees/Balzac/furne/notices/gambara.htm (last visited ) http://fr.wikisource.org/wiki/Gambara (last visited )

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