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1751 __ « Discours Préliminaire de l'Encyclopédie »
Jean Le Rond d'Alembert (1717-1783)
Comment : Jean Le Rond d'Alembert, mathematician, philosopher, and writer, was one in the group of French intellectuals, the so called Encyclopaedists, who edited the famous ”Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers”. This circle also included enlightened men of letters like Diderot, Voltaire, Montesquieu, and Rousseau. The Encyclopaedia was edited very much in the spirit of Locke, Bacon, Newton, and Descartes. Diderot wrote the most part, Montesquieu discussed political matters, Rousseau dealt with music, and d’Alembert wrote about mathematics and physics - and, of course, he was the author of the famous epistemological preface, the “Discours préliminaire”. In the background we may discern highly influential works, such as Locke’s ”An Essay Concerning Human Understanding” and, from a more lexicographical view-point, Ephraim Chambers ”Cyclopedia or An Universal Dictionary of Arts and Sciences” (1728). ”A man cannot conceive himself capable of a greater certainty than to know that any idea in his mind is such as he perceives it to be,” wrote Locke in his Essay in 1690. ”Rien n’est plus incontestable que l’existence de nos sensations”, wrote d’Alembert in 1751. (And ”Nothing can be more certain, than that the idea we receive from an external object is in our minds”, is what Encyclopaedia Britannica was to say on this subject in 1771.) The relationship between our perceptions and knowledge is, of course, the crux of the matter. Is there any point at all in our trying to achieve knowledge? But this question soon turns itself into a question of language. It was convenient for a well-arranged philosophy like this, to also include a rather simplified view upon the relationship between ideas, concepts and words, ”there are few sciences and arts, whose theses cannot be reduced to simple ideas and arranged with one another in such an immediate order that the chain will hold together all the way”, d’Alembert says, and a little further on he continues, ” since good facilities for rendering and receiving ideas through mutual exchange also result in indisputable advantages, it is not surprising that people more and more tried to develop these possibilities. For that purpose they started to reduce the signs to words, since words are the symbols that are easiest to handle. ” What happned when the Encyclopaedia was published? The first volume came in July 1751, and it was printed in 2 050 copies. Most people were exalted about the Encyclopaedia's message about reason, free speech and the popularizing of the sciences. Of course, certain conservatives found the content heretical, so when volume two arrived it was confiscated, and Diderot was forced underground. The course of publication went on, however, until 1772, when all of the 28 volumes had been printed. Already in 1754 had d’Alembert become a member of the Académie française, to a large part probably thanks to Mme du Deffand, protectress of many authors, also of those who, like d’Alembert, preached ”liberty, truth, and poverty” as the foremost virtues of a writer. (Karl-Erik Tallmo)
French comment : Dans le “Discours préliminaire de l'Encyclopédie”, publié en tête du premier volume (1751), d’Alembert affirme l’existence d’un lien direct entre le progrès des connaissances et le progrès social. Ce texte apparaît comme un véritable manifeste des Lumières. Leur ambition proclamée à travers l’article « Encyclopédie» est bien de « changer la façon commune de penser ». (Compiled from various sources)M. Malherbe [dans l’édition Vrin, 2000] examine de façon détaillée chaque étape de la généalogie des connaissances exposée dans la première partie du “Discours” (genèse pratique, genèse spéculative, genèse esthétique).Le commentaire, une fois de plus, fournit des analyses précieuses, facilitant grandement la juste compréhension du texte et de ses enjeux philosophiques. On retiendra, notamment, la distinction que l’auteur établit entre les trois types d’abstraction intervenant successivement dans le processus de formation des idées abstraites: une «abstraction par analyse» (du donné empirique) qui conduit l’esprit directement, sans passer par une quelconque induction de type baconien, la considération des propriétés générales des corps; une «abstraction par suspension» (de la matérialité du monde) qui permet d’accéder à l’idée d’étendue géométrique (on apprend à cet égard que D’Alembert, sans doute à son insu, «retrouve la vieille théorie de l’espace imaginaire» (p. 58) déjà formulée par Hobbes dans le “De Corpore”); une abstraction par substitution (des signes aux objets), enfin, qui mène à l’arithmétique et à l’algèbre. De même, on suivra avec intérêt l’étude du processus, inverse de l’abstraction, par lequel l’esprit recompose progressivement le réel. M. Malherbe souligne, à juste titre, que cet «ordre descendant» (p. 67) ne permet pas de reconduire jusqu’au donné empirique initial.D’où la rupture fondamentale que représente au sein de l’épistémologie dalembertienne, la dualité de méthode entre les sciences physico-mathématiques, qui établissent entre les phénomènes des rapports abstraits, donnant prise au calcul et à la déduction, et la physique expérimentale, laquelle se contente de collecter les faits et de poser entre eux des rapports simplement naturels. L’analyse consacrée à la deuxième partie du “Discours”, enfin, met en évidence la présence, chez D’Alembert, d’«une conception radicalement discontinuiste de l’histoire» (p. 73).Si sa croyance au progrès ne fait guère de doute, elle ne postule cependant en aucune façon que celui-ci obéisse à un développement régulier et méthodique. L’avancée des connaissances apparaît au contraire, dans le “Discours”, comme l’effet de révolutions soudaines, de brusques secousses trouvant leur origine dans l’action de quelques rares génies, disséminés ça et là dans le cours des siècles. Aussi ne faut-il pas attendre que l’”Encyclopédie” se substitue à l’intervention irremplaçable des inventeurs. Comme le montre l’auteur, elle constitue, dans l’esprit de D’Alembert, un simple «instrument de diffusion» (p. 76) pouvant sans doute créer le milieu propice au progrès, mais non un outil d’invention, susceptible d’engendre le progrès lui-même. (Alain Firode, In “Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie”, No. 29, 2000)
Translated excerpt : « Any music that paints nothing is only noise. »
French translated excerpt : « La poésie, qui vient aprés la peinture et la sculpture, et qui n'emploie pour l'imitation que les mots disposés suivant une harmonie agréable à l'oreille, parle plutôt à l'imagination qu'aux sens; elle lui représente d'une manière vive et touchante les objets qui composent cet univers, et semble plutôt les créer que les, peindre par la chaleur, le mouvement et la vie qu'elle sait leur donner. Enfin, la musique, qui parle à la fois à l'imagination et aux sens, tient le dernier rang dans l'ordre de l'imitation: non que son imitation soit moins parfaite dans les objets qu'elle se propose de représenter, mais parce qu'elle semble bornée jusqu'ici à un plus petit nombre d'images, ce qu'on doit moins attribuer à sa nature qu'à trop peu d'invention et de ressource dans la plupart de ceux qui la cultivent. Il ne sera pas inutile de faire sur cela quelques réflexions. La musique qui, dans son origine, était peut-être destinée à ne représenter que du bruit est devenue peu à peu une espèce de discours et même de langue par laquelle on exprime les différents sentiments de l'âme, ou plutôt ses différentes passions. Mais pourquoi réduire cette expression aux passions seules, et ne pas l'étendre, autant qu'il est possible, jusqu'aux sensations mêmes? Quoique les perceptions que nous recevons par divers organes diffèrent entre elles autant que leurs objets, on peut néanmoins les comparer sous un autre point de vue qui leur est commun , c'est-à-dire par la situation de plaisir ou de trouble où elles mettent notre âme. Un objet effrayant, un bruit terrible, produisent chacun en nous une émotion par laquelle nous pouvons, jusqu'à un certain point, les rapprocher, et que nous désignons souvent, dans l'un ou l'autre cas, ou par le même nom ou par des noms synonymes. Je ne vois donc point pourquoi un musicien, qui aurait à peindre un objet effrayant, ne pourrait pas y réussir, en cherchant dans la nature l'espèce de bruit qui peut produire en nous l'émotion la plus semblable à celle que cet objet y excite: j'en dis autant des sensations agréables. Penser autrement, ce serait vouloir resserrer les bornes de l'art et de nos plaisirs. J'avoue que la peinture dont il s'agit exige une étude fine et approfondie des nuances qui distinguent nos sensations; mais aussi ne faut-il pas espérer que ces nuances soient démêlées par un talent ordinaire. Saisies par l'homme de génie, senties par l'homme de goût, aperçues par l'homme d'esprit, elles sont perdues pour la multitude. Toute musique qui ne peint rien n'est que du bruit; et, sans l'habitude, qui dé nature tout, ell e n e fera it guère plus de plaisir qu'une suite de mots harmonieux et sonores dénués d'ordre et de liaison. Il est vrai qu'un musicien attentif à tout peindre nous présenterait, dans plusieurs circonstances, des tableaux d'harmonie, qui ne seraient point faits pour des sens vulgaires; mais, tout ce qu'on en doit conclure, c'est qu'après avoir fait un art d'apprendre la musique, on devrait bien en faire un de l'écouter. » (Jean Le Rond d'Alembert, 1751, edition Wieleitner, 1911)
Original excerpt : « La Poësie qui vient après la Peinture & la Sculpture, & qui n'employe pour l'imitation que les mots disposés suivant une harmonie agréable à l'oreille, parle plûtôt à l'imagination qu'aux sens ; elle lui représente d'une maniere vive & touchante les objets qui composent cet Univers, & semble plûtôt les créer que les peindre, par la chaleur, le mouvement, & la vie qu'elle sait leur donner. Enfin la Musique, qui parle à la fois à l'imagination & aux sens, tient le dernier rang dans l'ordre de l'imitation ; non que son imitation soit moins parfaite dans les objets qu'elle se propose de représenter, mais parce qu'elle semble bornée jusqu'ici à un plus petit nombre d'images ; ce qu'on doit moins attribuer à sa nature, qu'à trop peu d'invention & de ressource dans la plûpart de ceux qui la cultivent : il ne sera pas inutile de faire sur cela quelques réflexions. La Musique, qui dans son origine n'étoit peut-être destinée à représenter que du bruit, est devenue peu-à-peu une espece de discours ou même de langue, par laquelle on exprime les différens sentimens de l'ame, ou plûtôt ses différentes passions : mais pourquoi réduire cette expression aux passions seules, & ne pas l'étendre, autant qu'il est possible, jusqu'aux sensations même ? Quoique les perceptions que nous recevons par divers organes different entr'elles autant que leurs objets, on peut néanmoins les comparer sous un autre point de vûe qui leur est commun, c'est-à-dire par la situation de plaisir ou de trouble où elles mettent notre ame. Un objet effrayant, un bruit terrible, produisent chacun en nous une émotion par laquelle nous pouvons jusqu'à un certain point les rapprocher, & que nous désignons souvent dans l'un & l'autre cas, ou par le même nom, ou par des noms synonymes. Je ne vois donc point pourquoi un Musicien qui auroit à peindre un objet effrayant, ne pourroit pas y réussir en cherchant dans la Nature l'espece de bruit qui peut produire en nous l'émotion la plus semblable à celle que cet objet y excite. J'en dis autant des sensations agréables. Penser autrement, ce seroit vouloir resserrer les bornes de l'art & de nos plaisirs. J'avoue que la peinture dont il s'agit, exige une étude fine & approfondie des nuances qui distinguent nos sensations, mais aussi ne faut-il pas espérer que ces nuances soient démêlées par un talent ordinaire. Saisies par l'homme de génie, senties par l'homme de goût, apperçûes par l'homme d'esprit, elles sont perdues pour la multitude. Toute Musique qui ne peint rien n'est que du bruit ; & sans l'habitude qui dénature tout, elle ne feroit guere plus de plaisir qu'une suite de mots harmonieux & sonores dénués d'ordre & de liaison. Il est vrai qu'un Musicien attentif à tout peindre, nous présenteroit dans plusieurs circonstances des tableaux d'harmonie qui ne seroient point faits pour des sens vulgaires : mais tout ce qu'on en doit conclurre, c'est qu'après avoir fait un art d'apprendre la Musique, on devroit bien en faire un de l'écouter. » (Jean Le Rond D’Alembert, 1750-1751)
Source : D’Alembert, Jean Le Rond (1751), “Discours Préliminaire de l’Encyclopédie”, In L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, introduit et annoté par M. MALHERBE, Paris, Vrin, 2000.
Urls : http://art-bin.com/art/oalembert.html (last visited ) http://www.dictionnaire-france.com/prefency1.html (last visited ) http://art-bin.com/art/oalembert3e.html (last visited ) http://rde.revues.org/index242.html (last visited ) http://fr.wikisource.org/wiki/Discours_préliminaire_de_l’Encyclopédie (last visited )

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