NMSAT :: Networked Music & SoundArt Timeline

1951 __ « Rêverie et Radio » — Logosphère
Gaston Bachelard (1884-1962)
Comment : The Logosphere of Radio - The admittedly incomplete sketch of wireless development from its inception to its greater coupling with storage media helps identify the historical moment that radio proponents continue to privilege as the instantiation of institutional broadcasting of voices to large numbers of listeners that occured in the late 1920s and 1930s in Europe and North America. It is radio's singular ability to create and nurture a collective audience that has contributed enormously to a modern radio imaginary and semantics. Hadley Cantril's influential study from 1935, "The Psychology of Radio", is typical of the symbolic effect associated with the beginnings of large-scale voice transmission. Radio "fills us with a 'consciousness of kind' which at times grows into an impression of vast socail unity. It is for this reason that radio is potentially more effective than print in bringing about concerted opinion and action." In Cantril' estimation, listeners are souls that commune with each other across nations, times, and space, brought together by an overarching voice that forges links between them. Writing forty years later, Gaston Bachelard echoes Cantril's communing souls to construct an ethics and aesthetics of the logosphere. For Bachelard, radio founds a universal world in which "everyone can hear everyone else and we can all listen in peace". What term, he asks, is better suited to "this domain of world speech than 'logosphere'", since we all speak from within it. We are indeed "citizens of the logosphere". Much the same vision informs R. Murray Schafer's notion of an acoustic community, with vital information reaching individual subjects in the intimacy of their homes in order to create an ideal group of listeners. That a radio imaginary is still on operation today may be judged by the market niche occupied by cultural studies of radio and their attention to the ways radio shaped imagined communities as well as its relationship to the construction of a private and collective sphere of individual listeners. Foregrounding voice transmissions in radio theory in problematic, however. First, it assumes something like a logocentric notion of speaker and listener, which Bachelard's logosphere elegantly captures : we suppose that the effects of text are reducible to the meaning intended by the speaker (and the voice), and to "even its supposedly unique and identifiable signatory", the listener. The ease with which many histories associate radio with intimacy and the private world of listening is largely symptomatic of such a bias; radio theory posits a relation between the creation of interiority and the obligatory reception of the transmission. The result is a notion of subjectivity that shares many features with print culture's depth model of subjectivity. In radio, the acoustic world of the lone voice reinforces the interiority and individuality of the speaking subject so that one fails to hear the voice as anything other than an immaterial verbal construction in which space collpases "to an ideal of instanteneous transmission and reception, a communication without mediation". The speaker is "present" to his listeners to the degree the transmission of voice creates the illusion of resemblance. Second, by overlooking the series of coupling with storage media that made possible the retransmission of voice, radio proponents fail to observe what John Johnston, following German media theorist Friedrich Kittler, terms "partially connected media systems", or a communication assemblage in which the "diversity of information and effects" produced by a period's technologies become the conditions underlying a literary text's genesis. Thus radio's mediality would not include simply the microphone and its amplification of voice but also the possibilities for the inscription of voice onto disk or in (type)writing, as well as its later retrieval and transmission. In other words, radio as a theoretical framework does not adequately mark the connections running to other media, including bodily media, in what we today call an interface. (Timothy C. Campbell)Way back in 1951, the philosopher Gaston Bachelard published an obscure little essay titled Radio and Reverie, a gentle manifesto that called for radio stations to hire creative radiomakers. These “psychic engineers” would venture forth into the logosphere and craft sublime soundscapes. Listeners would then experience deep reverie through acoustic immersion in nocturnal worlds of their own choice. Bachelard writes: “Radio really does represent the total daily realization of the human psyche.” Thus the psychic engineer would enter into the daily flows of broadcast representation, to sound out and give voice to the prevailing spirit of the times, and to offer broadcasts that might bridge alienation while opening up an “axis of intimacy”. Through time, such sound bridges would serve to reconnect listeners, one by one, to the “power of the fantastic”. Even though much of the rest of the essay becomes lost in somewhat misty ideas of archetypes and the unconscious, I love Bachelard’s conception of a psychic engineer because it implies a creative practice for radio that is as subtle and complex as the medium herself. (Gregory Whitehead)
French comment : En 1951 [...], dans un numéro spécial de "La Nef", sur "La Radio, cette inconnue", Gaston Bachelard réclamait l'intervention de véritables "ingénieurs psychiques" qui donneraient à rêver en activant les archétypes inconscients présents dans l'esprit de chaque auditeur. Savait-il qu'en 1930 déjà, le poète et psychanalyste Paul Deharme avait envisagé des programmes radiophoniques utilisant le langage des rêves dans son manifeste "Pour un art radiophonique" ?. (Michel Collomb)En 1950, il y donne une conférence sur le thème “Rêverie et Radio”. C’est alors que s’interrogeant sur cette parole qui se répand à travers le monde, il crée le concept de logosphère. Pour lui, la radio a «une fonction d’originalité. Elle ne peut se répéter». Il la voit comme un moyen de communion entre toutes nos parts d’inconscient, en qui elle peut stimuler la rêverie. (Jean-Luc Pouliquen)“. (Tout ce que nous lisons et entendons, nous recouvre comme une nappe, nous entoure et nous enveloppe comme un milieu : c'est la logosphère. Cette logosphère nous est donnée par notre époque, notre classe, notre métier : c'est une "donnée" de notre su)Pour Gaston Bachelard, la radio est un phénomène cosmique en ceci qu’elle crée une sphère de pensée autour de la planète : logosphère, dit-il. Ce néologisme est à la fois chance et malchance pour l’attention, à la fois clin d’oeil et court-circuit par-dessus 60 ans de progrès technique, car il plonge d’emblée le lecteur ou l’auditeur de 2009 dans une rêverie imprévue : le mot forgé par Bachelard semble exactement approprié à ce que l’internet nous propose et nous fait vivre : logosphère, blogosphère, bavardosphère, verbiosphère. Le réseau électronique étreint à la fois la planète et l’humanité, dans sa ceinture aussi concrète qu’immatérielle. Bachelard sent déjà tout cela dans la radio, qui diffuse une parole universelle, nous dit-il, où les langues se confrontent sans se confondre : il ne s’agit pas d’une Babel, mais d’une grande synthèse vivante de l’esprit humain, esprit planétaire, car l’auteur pressent déjà le village global. Mais le conférencier quitte le village pour nous emmener vers la maison. Bachelard y vient très vite, sans le recours chez lui habituel aux 4 éléments, et sans non plus le secours du temps ou de l’espace : la Maison est le seul thème qu’il prend comme exemple concret dans ces 8 pages, afin de déployer son raisonnement et sa vision. La radio à la fois ressource et vecteur de la rêverie intime, est le moyen dont chacun dispose pour se livrer à la plongée dans la maison des rêves et dans la poésie des archétypes. La radio, nous dit Bachelard, est supérieure au livre, en ce qu’elle permet et incite au rêve éveillé et à cette plongée. Par là, elle est la véritable voie royale vers l’inconscient, ici résolument moins Freudien que Jungien. [...] Bachelard nous dit que la radio ne peut se répéter. Certains en tireront que le renouvellement constant ne peut être puisé que dans l’événement et dans l’actualité. De même quand il préconise l’emploi d’ingénieurs psychiques, les paranoïaques et les tenants de la soupçonnite qui occupent l’espace et le temps présent y verront le spectre de la manipulation. Il faut écarter ces interprétations loufoques, et se concentrer sur la dernière page du texte : certes encore consacrée à l’onirisme, mais résolument tournée vers l’esthétique. Comme annoncé dans les premières pages, à côté de l’ingénieur d’antenne c’est à l’ingénieur psychique que le philosophe entend confier le programme ; en y ajoutant le gestionnaire qu’on n’osera pas ici appeler manager (c’est un ingénieur à sa façon) on trouvera alors réunie la triple compétence dont Pierre Schaeffer est, déjà à cette époque, à la fois l’exemple et le théoricien. Dans ces 8 pages, Bachelard s’égare parfois dans des questions dont on sent qu’il les maitrise mal, notamment lors de ce lien qu’il cherche à établir entre la psychologie de l’auditeur et l’apport du programme, selon les heures propices à la rêverie, et celles de la fantaisie. Là encore, le lecteur peut s’engager sur son chemin de traverse, et s’interroger : mais qu’aurait-il pensé, Gaston Bachelard, de cette radio à la demande, et de ce podcast que certains présentent comme le successeur du broadcast ? Serait-ce l’abolition de l’imprévu de la rêverie ? Ou au contraire, un réservoir de rêverie à contrôle personnel ? De cela en 1951, Bachelard n'aurait pu parler, car à ce moment le sujet n’est même pas encore dans les tuyaux ; il aurait fallu pour cela s’adresser à un autre Gaston (Berger). Mais en 2009 sans leur secours, après tout n’est-ce pas à soi-même qu’il convient pour chacun d’entre nous, de poser la question ? [...] Bachelard conclut son texte par une préconisation : les ingénieurs psychiques de la radio, dit-il, seront les poètes. [...] (sur le forum regardfc.forumn.net, 2009)
Original excerpt : « Les idéalistes on parlé de la noosphère, qui est une sphère de pensée. On a parlé de la stratosphère; de la ionosphère : la radio, heureusement, bénéficie d'une couche ionisée. Quel est le mot qui convient pour cette parole mondiale ? C'est la "logosphère". Nous sommes des citoyens de la logosphère. [...] Toute la planète est en train de se parler. [...] L'absence d'un visage qui parle est une supériorité [puisqu'elle devient] précisément l'axe de l'intimité. [...] ... hutte, ce serait trop beau, mais dans une chambre, solitaire, à l'heure du soir, où l'on a le droit et le devoir de mettre en soi le calme, le repos. La radio a tout ce qu'il faut pour parler dans la solitude. Il ne lui faut pas de visage. [...] L'auditeur se trouve devant un poste. Il vit dans une solitude qui n'est pas encore constituée. La radio vient la constituer, autour d'une image qui n'est pas à lui, qui est à tout le monde, une image qui est humaine, qui est dans tous les psychismes humains. Pas de pittoresque, pas d'amusement. La rêverie vient, insidieusement, hypocritement. Elle vient derrière les sons, des sons bien faits. [...] le jeu automatique des associations, l’imprégnation par le matériel subconscient des images créées dans le préconscient n’incombe plus obligatoirement à l’auteur mais au public [...]. Si les ingénieurs psychiques de la radio sont des poètes qui veulent le bien humain, la douceur de cœur, la joie d’aimer, la fidélité sensuelle de l’amour, ils prépareront de bonnes nuits à leurs auditeurs. [...] Il s’agit de ne plus dormir sur terre, il s’agit de rentrer dans le monde nocturne que tu vas choisir. »
Source : Bachelard, Gaston (1951), "Rêverie et Radio", In "Le Droit de Rêver", Paris, Presses Universitaires de France, 1970 [1988], p. 219; In "La Radio, cette inconnue", La Nef, n°73-74, Fev-Mar 1951, p.14.
Source : Collomb, Michel (1995), "En Marchant sur les Ondes ...", In "Hermès sans fil", edited by Alain Montandon, p. 150, Presses Université Blaise Pascal.
Source : Pouliquen, Jean-Luc, (2004), “Gaston Bachelard ou Le droit de rêver: Un hymne à l’imagination”, In Thélème, Revista Complutense de Estudios Franceses, 2004, 19, pp. 117-125.
Source : Campbell, Timothy C. (2006), “Wireless writing in the age of Marconi”, pp. XIII-XV, Minneapolis and London: University of Minnesota Press, 2006.
Source : Cantril, Hadley (1935), “The Psychology of Radio” (with Gordon Allport), North Stratford, NH: Ayer Publishing, 1971 (New York, London : Harper and Brothers)
Urls : http://revistas.ucm.es/fll/11399368/articulos/THEL0404110117A.PDF (last visited ) http://transom.org/?p=1624 (last visited )

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