NMSAT :: Networked Music & SoundArt Timeline

1950 __ « Orphée »
Jean Cocteau (1889-1963)
Comment : The film is based on the legend of Orpheus. Cocteau narrates an introduction to the film, in which he tells us that, according to legend, Orpheus was a remarkable singer. Orpheus was distracted by his own songs when his wife Eurydice died, and he then descended into Hades where he was reunited with her. They were allowed to leave Hades, on the condition that he not look back at her as they were leaving. But he looked back at her, and she was lost to him forever. Themes of the film include the contrast between reality and illusion, between dreams and the waking world. The film also deals with the poet’s preoccupation with death and immortality. Orpheus, a famous poet who has become a household name, is hated at the Cafe des Poetes. [...] The radio is broadcasting cryptic messages. The car radio of the Rolls Royce periodically plays something suspiciously like gibberish but which strikes Orpheus as poetic fragments that could provide priceless inspiration for a poet. Orpheus realizes that the boy is dead, but the princess, in a cynical tone, asks him to shut up and mind his business. The messages are being sent from the underworld by Cégeste, the young poet killed in the accident. [...] The radio is still broadcasting weird messages, this time about the mirror (that in fact cracks). [...] Orpheus becomes obsessed with the mysterious radio broadcasts and spends entire days inside the car of the princess, the only one where those broadcasts can be heard. [...] Eurydice is going mad that Orpheus spends all his time in the car listening to the radio. She decides to take the bicycle and pay a visit to Aglaonice. [...] The closet opens and out of the mirror come the princess and Jacques. The princess tells Jacques to broadcast a message. He sets up the transmitter and starts talking, while Orpheus is listening in the garage. She wears gloves and prepares for another operation on a dead body. The chaffeur confesses that he is in love with the dead woman and confronts the cruel princess, who has unjustly taken the Eurydice's life. [...] But Orpheus is too busy writing down the radio messages. The princess can quietly turn his wife into a zombie and they all leave through the mirror. When Orpheus finally understands what happened, he despairs. [...] Orpheus is still obsessed with coded radio broadcasts and still spends most of his time inside the car in the garage. One day Eurydice visits him there and he sees her in the rear mirror. That's enough to cause the woman to disappear. (Alex Scott, 2000)
French comment : Alors que [André] Breton ramenait la création poétique à la seule écriture automatique, produite par les associations inconscientes de l'esprit humain, Cocteau assignait à cette création une origine extérieure à l'homme. Il affirmait obéir à la dictée de puissances occultes, émettrices de signaux que le rôle du poète était de déchiffrer. Le poste de radio dont Jean Marais écoute, dans “Orphée”, les messages incompréhensibles à tout autre que lui est une image exemplaire, bien qu'assez lourde, de ce que représente pour Cocteau le processus poétique. La radio de la Rolls-Royce conduite par Heurtebise laisse entendre d'étranges messages, dits d'une voix monocorde, à la manière de Radio Londres pendant la guerre : "Le silence va plus vite à reculons... 3 fois... Je répète... Le silence va plus vite à reculons... Attention, écoute : un seul verre d'eau éclaire le monde... 2 fois..." La Rolls traverse un passage à niveau et ces messages sont captés peu après, symbolisant une frontière d'outre-monde alors que le paysage se transforme en clair-obscur. Orphée reste assis des heures devant la radio de la Rolls pour noter impatiemment ces messages, desquels il dit : "Je donnerais mon œuvre entière pour une seule de ces petites phrases". (Compiled from various sources)Pour la transmission d'un message oral au moyen d'un support comme la radio, l'attitude la plus courante est inverse. On ne sait presque rien du processus qui aboutit à ce qui est diffusé sur les ondes. Et pourtant, on ne se pose guère de questions. Tout paraît simple. Tout a l'air de sortir du haut-parleur de la manière la plus évidente et naturelle qui soit. Pourquoi les auditeurs d'aujourd'hui s'étonneraient-ils ? Au fond, ils ne sont confrontés qu'à l'une des fonctions naturelles de l'être humain : la parole, l'échange par la parole. De plus, ils sont régulièrement plongés, presque partout dans le monde maintenant, depuis que l'enregistrement sonore a été banalisé, dans un environnement où conversations et bruits sont multipliés, amplifiés. Par rapport à l'époque qui précède la divulgation massive de la radio, nous vivons plus que jamais, pour reprendre une expression de Gaston Bachelard, dans une logosphère (Gaston Bachelard, conférence prononcée sous les auspices du Centre d'Etudes Radiophoniques (aujourd'hui disparu !) de la Radiodiffusion française et publiée sous le titre « Rêverie et radio » dans le numéro spécial de la revue La Nef, février/mars 1951, La Radio, cette inconnue, pp. 14-20). D'où proviennent ces voix qui sortent du poste ? La réponse est toute trouvée : il suffit de parler devant un micro ! Bien que le poste de radio soit devenu un objet familier, surtout depuis l'utilisation de transistors dans sa fabrication, la diffusion d'un univers de sons et de paroles demeure, pour le grand public en tout cas, recouverte d'une part de mystère. Ce grand public ne s'interroge pas sur l'élaboration de la matière sonore, il se contente de recevoir le message qui lui est trans-mis. Et de le recevoir avec des réactions très différentes, étant donné que chaque auditeur est déterminé par sa situation d'écoute, par sa disponibilité, son état d'esprit, sa culture. Pour l'essentiel, la radio est fondée sur deux opérations techniques, parfois fusionnées en une seule : l'enregistrement d'un univers sonore et sa diffusion à des milliers d'auditeurs en même temps. Qu'est-ce qu'un poste récepteur ? C'est une machine qui me propose, avec des variantes selon les longueurs d'ondes, un programme de sons. Comme je ne suis pas seul à capter ce programme, que beaucoup prêtent également l'oreille, attentivement ou distraitement, aux sons que j'ai choisis d'entendre, peut-être d'écouter (Voir Étienne Fuzelier), je m'intègre à un comportement collectif. Etant donné l'immensité de son champ d'action possible et l'ensemble de choix réduits qui sont à la portée de chacun, d'acte solitaire la réception radiophonique devient un phénomène de masse. La radio, a dit très justement Jean Cocteau, est une « bouche d'ombre » d'où sortent des bruits : « Non seulement la radio est un meuble auditif, mais elle est un instrument de musique. Une bouche d'ombre, un trou qui chante. Un vaste orchestre ne change rien à l'affaire, ni une foule qui hurle... » (Jean Cocteau, « La machine se moque de nous », In La Nef - La radio cette inconnue -, Éditions du Sagittaire, n°73-74, février/mars 1951). Quelle est la nature de ce flot sonore ? Non simple magma, généralement du moins, mais matériau élaboré. Trois types de sons font l'objet d'un travail : paroles, notes et musique, bruits empruntés à la nature directement ou imités d'elle par représentation analogique. Selon chaque type, la diffusion radiophonique prend des formes variées, du concert symphonique à la pièce de théâtre, au reportage et à la conférence. Parfois, ces types s'entremêlent. C'est le cas lorsque sont recherchés des effets artistiques au-delà des genres convenus préexistant au phénomène radiophonique. Utiliser la radio à des fins artistiques suppose qu'on la considère avant tout et pleinement comme ce qu'elle est techniquement : une machine à combiner des sons. Elle n'est pas artificiellement un trompe-l'oreille, comme la peinture en trompe-l'oeil. Elle l'est par nature, fondamentalement. L'ouïe, seule, est appelée, par des séquences de sons, à constituer la signification profonde d'un langage, d'un discours, d'un récit. L'image de la « bouche d'ombre » est tout à fait pertinente : il faut que paroles et bruits imposent à l'auditeur, à partir d'un noir absolu, la présence physique d'êtres de chair qu'il ne voit pas, l'existence d'un monde matériel qui ne flotte pas dans l'adimensionalité mais soit pourvu d'une pesanteur, d'un temps et d'un espace. User d'une écriture radiophonique efficace revient à ruser avec tous les moyens d'ex-pression techniquement possibles pour créer l'illusion de corps, d'objets, d'apparences, et pour persuader de leur réalité, de leur vie (Voir les pages sur l'Ecoute rédigées par Roland Barthes en collaboration avec Roland Havas en 1976 pour l'Encyclopédie Einaudi et reprises dans L'obvie et l'obtus, Le Seuil, Paris, 1982, pp. 217-231: « Entendre est un phénomène physiologique ; écouter est un acte psychologique... ».) Notre « bouche d'ombre », dotée de toutes les ressources de la séduction, est aussi trompeuse que la Circé d'Homère. La radio, déclarait Armand Lanoux en 1969, est « un art magique, alors que la télévision est un art réaliste, technique. La radio envoûte, elle est médiumnique... » (Armand Lanoux, « Une précision d'horloger au service du rêve », dans les Cahiers littéraires de l'O.R.T.F., n° 6, 21 déc. 1969/17 janv. 1970). Le message n'arrive à l'auditeur, en effet, que surchargé d'une fonction émotionnelle. Il est naturellement faussé par l'intensité, la mélodie, le rythme des sons émis, et, plus précisément pour la parole, par le timbre des voix, l'accentuation, la prosodie (Il est connu qu’au théâtre chaque intonation, chaque accent peut provoquer un déplacement de sens. Le message reçu par le spectateur est inséparable de la prosodie et, bien sûr, des silences entre les mots. Les pauses, convenablement dosées, créent, du locuteur à l’interlocuteur, toute une stratégie de la parole). Cela, même quand le ton est voulu neutre, puisqu'il est perçu comme artifice. En grande partie, l'information transportée dans le message est acceptée ou niée à des degrés divers par l'auditeur selon les effets émotionnels produits sur lui par la qualité formelle de ce message (Victor Busch, « Du pouvoir expressif de la musique », dans les Annales de l'Université de Paris, juillet 1926, repris dans Essais d'esthétique, de philosophie et de littérature, Alcan, Paris, 1934, pp. 73-74). (Lionel Richard)
Source : Cocteau, Jean (1944), “Orphée”, Paris, Éditions Rombaldi; and also, “Orphée”, Paris: Éditions André Bonne, Collection La Parade, 1950.
Source : Cocteau, Jean (1949), “Orphée - The Play and the Film”, Ed. E. Freeman. Oxford: Basil Blackwell, 1976.
Source : Cocteau, Jean (1951), “La Machine se moque de nous”, In La Nef, “La Radio, cette inconnue”, Éditions du Sagittaire, n°73-74, février/mars 1951, p. 38.
Source : Richard, Lionel (1985), “De la radio et de l'écriture radiophonique”, In Semen, “ De Saussure aux média”, 02–1985, Presses Universitaires de Franche-Comté, Collection Annales Littéraires.
Source : Fuzelier, Étienne (1965), “Le langage radiophonique”, recueil multigraphié d’un cours à l’Institut des Hautes Études Cinématographiquess, IDHEC, Paris, 1965.
Urls : http://www.netcomuk.co.uk/~lenin/jean_cocteau_orp.html (last visited ) http://semen.revues.org/document3733.html (last visited )

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