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1947 __ « Pour en finir avec le jugement de Dieu »
Antonin Artaud (1896-1948)
Comment : He recorded “Pour en Finir avec le Jugement de Dieu” [To Have Done With the Judgment of god] between November 22 and November 29, 1947. This work was shelved by Wladimir Porché, the director of the French Radio, the day before its scheduled airing on February 2, 1948. The performance was prohibited partially as a result of its scatological, anti-American, and anti-religious references and pronouncements, but also because of its general randomness, with a cacophony of xylophonic sounds mixed with various percussive elements. While remaining true to his Theater of Cruelty and reducing powerful emotions and expressions into audible sounds, Artaud had utilized various, somewhat alarming cries, screams, grunts, onomatopoeia, and glossolalia. As a result, Fernand Pouey, the director of dramatic and literary broadcasts for French radio, assembled a panel to consider the broadcast of “Pour en Finir avec le Jugement de Dieu”. Among the approximately 50 artists, writers, musicians, and journalists present for a private listening on February 5, 1948 were Jean Cocteau, Paul Éluard, Raymond Queneau, Jean-Louis Barrault, René Clair, Jean Paulhan, Maurice Nadeau, Georges Auric, Claude Mauriac, and René Char. Although the panel felt almost unanimously in favor of Artaud's work, Porché refused to allow the broadcast. Pouey left his job and the show was not heard again until February 23, 1948 at a private performance at the Théâtre Washington. In January 1948, Artaud was diagnosed with intestinal cancer. He died shortly afterwards on March 4, 1948, alone in the psychiatric clinic, seated at the foot of his bed, allegedly holding his shoe. It was suspected that he died from a lethal dose of the drug chloral, although it is unknown whether he was aware of its lethality. Thirty years later, French radio finally broadcast the performance of “Pour en Finir avec le Jugement de Dieu”. (Compiled from various sources)“. (Pour en Finir avec le Jugement de Dieu” was recorded in several sessions in the studios of Radiodiffusion Française in Paris in November of 1947. The transmission was banned the from airing following rumors circulating around the broadcast production f)physical, as well as physiological, and desires an in-depth corporal change. ».
French comment : “. (Pour en finir avec le jugement de dieu”, est une création radiophonique d’Antonin Artaud, enregistrée dans les studios de la radio française entre le 22 et 29 novembre 1947. Ce texte radiophonique, une commande de l’ORTF, fut censuré la veille d)"Vous êtes fou à lier !", "Vous délirez monsieur Artaud !"…Ces phrases souvent entendues au cours de ses divers internements, Antonin Artaud se les adresse avec une ironie grinçante dans Pour en finir avec le jugement de Dieu, l’émission qu’il enregistra pour la radio en novembre 1947 et qui devait être diffusée le 2 février 1948. Le directeur de la RTF d’alors, Wladimir Porché, décida de l’interdire d’antenne. Ce n’est que vingt-cinq ans plus tard, en mars 1973, que René Farabet donna l’intégralité de cette émission dans un de ses Ateliers de création radiophonique. Les textes d’Artaud lus par Maria Casarès, Roger Blin, Paule Thévenin et l’auteur, ponctués de cris, de battements de tambour et de xylophone, enregistrés par Artaud lui-même, demeurent comme un moment de radio exceptionnel en même temps que l’affirmation d’ "une certaine idée de l’honneur humain", qu’Artaud n’a jamais cessé de clamer, sans aucune concession et sans d’autre alternative que de "mourir à la société". Depuis qu’à la Libération quelques amis l’avaient tiré de l’asile de Rodez, Antonin Artaud mettait les bouchées doubles : dans la souffrance (il avait un cancer), les drogues, les errances et surtout l’écriture. Le 13 janvier 1947, devant le Tout-Paris des lettres, il donnait sa conférence au Vieux-Colombier qu’il ne put achever. Gide sortit de là en s’exclamant : "Nous sommes tous des jean-foutre !" La description qu’il fit peut donner un aperçu de celui qu’on entend dans Pour en finir avec le jugement de Dieu : "Le visage consumé par la flamme intérieure… révélant toute la détresse humaine, une damnation sans recours, sans autre échappement que dans un lyrisme forcené, des éclats orduriers, imprécatoires." Dans son émission, Antonin Artaud, s’il reste dans le même mode, montre également un humour magnifique, une acuité de jugement indépassable. Que son texte étonne par son actualité n’est qu’anecdotique : sa diatribe antiaméricaine est magistrale à cet égard (il parle de "fabrique de soldats", de la "surexcellence des produits américains en ersatz synthétiques où la belle nature n’a rien à voir", des "produits de synthèse à satiété"). Ce n’est pas d’actualité qu’il faut parler mais de lucidité absolue. Quant aux "éclats orduriers", ils existent aussi ici, magnifiés par la bouche de Roger Blin, qui lit “La recherche de la fécalité” ("Là où ça sent la merde, ça sent l’être"). Antonin Artaud écrira à Wladimir Porché que cette radicalité-là pouvait s’entendre, puisque énoncée dans "une atmosphère si hors la vie". Et il ajoute : "Y en a marre de la malpropreté physique comme physiologique. " L’homme ne peut que " désirer un changement corporel de fond". Censurer cette émission ne faisait que confirmer ce qu’Artaud écrivait de Rodez à Jean Paulhan, le 19 avril 1946 : "Quelle étrangeté que les idées d’Antonin Artaud et les invectives d’Antonin Artaud contre le mal est ses malpropretés ne soient pas supportées et que la guerre, la famine et les camps de concentration le soient, puisqu’ils sont un fait." La revue de la presse de l’époque [...] est un vrai régal. Que L’Aurore, qui parle de "l’émission de l’ex-aliéné de Rodez", ou Le Figaro se réjouissent du veto opposé par Wladimir Porché n’a rien d’étonnant. La position de Combat est plus curieuse : le journaliste admet qu’ "Artaud parvient, par éclairs, à des vérités d’ordre métaphysique", mais se demande "combien d’auditeurs en France pourraient être intéressés par les vaticinations d’Antonin Artaud". Une forme de mépris, à laquelle Artaud répond superbement : "Je crois (le grand public) infiniment moins pourri de préjugés que vous ne le pensez", l’opposant aux "capitalistes de fumier enrichis secrètement et qui vont tous les dimanches à la messe et désirent par-dessus tout le respect des rites et de la loi". Entendre Antonin Artaud dans “Pour en finir avec le jugement de Dieu”, c’est aussi retrouver une présence physique : la voix multiple, qui joue avec les aigus, qui change de rôle, qui s’anéantit parfois dans le cri; le corps qui se déplace et sa pulsation rythmique : "Et la voix, et la gesticulation du pitre", écrivait affectueusement son ami Henri Thomas dans un poème intitulé Mort d’Artaud, qui s’achève ainsi : "Artaud plein de pavots étouffés dans sa tête / Artaud dit non, dans son cercueil, aux coups de bêche. " Ce "non" retentit à nouveau, intact, puissant et éternellement actuel. (Martine Lecoeur, Télérama N° 2597, 20 octobre 1999)C'est dans “Pour en finir avec le jugement de Dieu” qu'Artaud introduit l'expression popularisée par Gilles Deleuze et Félix Guattari de « corps sans organes » : « L'homme est malade parce qu'il est mal construit. Il faut se décider à le mettre à nu pour lui gratter cet animalcule qui le démange mortellement, dieu, et avec dieu ses organes. Car liez-moi si vous voulez, mais il n'y a rien de plus inutile qu'un organe. Lorsque vous lui aurez fait un corps sans organes, alors vous l'aurez délivré de tous ses automatismes et rendu à sa véritable liberté. Alors vous lui réapprendrez à danser à l'envers comme dans le délire des bals musette et cet envers sera son véritable endroit ». (Pour en finir avec le jugement de Dieu”, Œuvres Complètes. XIII, p. 104). (Compiled from various sources)
Original excerpt : « Tutuguri - Le rite du soleil noir.Et en bas, comme au bas de la pente amère, / cruellement désespérée du cœur, / s’ouvre le cercle des six croix, / très en bas, / comme encastré dans la terre mère, / désencastré de l’étreinte immonde de la mère / qui bave. // La terre de charbon noir / est le seul emplacement humide / dans cette fente de rocher. // Le Rite est que le nouveau soleil passe par sept points avant d’éclater à l’orifice de la terre. // Et il y a six hommes, / un pour chaque soleil, / et un septième homme / qui est le soleil tout / cru / habillé de noir et de chair rouge. // Or, ce septième homme / est un cheval, / un cheval avec un homme qui le mène. // Mais c’est le cheval / qui est le soleil / et non l’homme. // Sur le déchirement d’un tambour et d’une trompette longue, / étrange, / les six hommes / qui étaient couchés, / roulés à ras de terre, / jaillissent successivement comme des tournesols, / non pas soleils / mais sols tournants, / des lotus d’eau, / et à chaque jaillissement / correspond le gong de plus en plus sombre / et rentré / du tambour / jusqu’à ce que tout à coup on voie arriver au grand galop, avec une vitesse de vertige, / le dernier soleil, / le premier homme, / le cheval noir avec un / homme nu, / absolument nu / et vierge / sur lui. // Ayant bondi, ils avancent suivant des méandres circulaires / et le cheval de viande saignante s’affole / et caracole sans arrêt / au faîte de son rocher / jusqu’à ce que les six hommes / aient achevé de cerner / complètement / les six croix. // Or, le ton majeur du Rite est justement / L’ABOLITION DE LA CROIX. // Ayant achevé de tourner / ils déplantent / les croix de terre / et l’homme nu / sur le cheval / arbore / un immense fer à cheval / qu’il a trempé dans une coupure de son sang. //.La question se pose de...Ce qui est grave / est que nous savons / qu’après l’ordre / de ce monde, / il y en a un autre. // Quel est-il? // Nous ne le savons pas. // Le nombre et l’ordre des suppositions possibles dans ce domaine / est justement / l’infini! // Et qu’est-ce que l’infini? // Au juste, nous ne le savons pas! // C’est un mot / dont nous nous servons / pour indiquer / l’ouverture / de notre conscience / vers la possibilité / démesurée, / inlassable et démesurée. // Et qu’est-ce au juste que la conscience? // Au juste, nous ne le savons pas. // C’est le néant. // Un néant / dont nous nous servons / pour indiquer, / quand nous ne savons pas quelque chose / de quel côté / nous ne le savons, / et nous disons / alors / conscience, / du côté de la conscience, / mais il y a cent mille autres côtés. // Et alors? / Il me semble que la conscience / soit en nous / liée / au désir sexuel / at à la faim; // mais elle pourrait / très bien / ne pas leur être / liée. // On dit, / on peut dire, / il y en a qui disent / que la conscience / est un appétit, / l’appétit de vivre; // et immédiatement / à côté de l’appétit de vivre, / c’est l’appétit de la nourriture / qui vient immédiatement à l’esprit; // comme s’il n’y avait pas des gens qui mangent / sans aucune espèce d’appétit; / et qui ont faim. // Car cela aussi / existe / d’avoir faim / sans appétit; // et alors? // Alors // l’espace de la posibilité / me fut un jour donné / comme un grand pet / que je ferai; // mais ni l’espace / ni la possibilité / je ne savais au juste ce que c’était, // et je n’éprouvais pas le besoin d’y penser, // c’étaient des mots / inventés por définir des choses / qui existaient / ou n’existaient pas / en face de / l’urgence pressante / d’un bessoin: / celui de supprimer l’idée, / l’idée et son mythe, / et de faire régner à la place / la manifestation tonnante / de cette explosive nécessité: / dilater le corps de ma nuit interne, // du néant interne / de mon moi // qui est nuit, / néant, / irréflexion, // mais qui est explosive affirmation / qu’il y a / quelque chose / à quoi faire place: // mon corps. // Et vraiment / le réduire à ce gaz puant, / mon corps? / Dire que j’ai un corps / parce que j’ai un gaz puant / qui se forme / au dedans de moi? // Je ne sais pas / mais / je sais que / l’espace, / le temps, / la dimension, / le devenir, / le futur, / l’avenir, / l’être, / le non-être, / le moi, / le pas moi, / ne sont rien pour moi; // mais il y a un chose / qui est quelque chose, / une seule chose / qui soit quelque chose, / et que je sens / à ce que ça veut / SORTIR: / la présence / de ma douleur / de corps, // la présence / menaçante, / jamais lassante / de mon / corps; // si fort qu’on me presse de questions / et que je nie toutes les questions, / il y a un point / où je me vois contraint / de dire non // NON // alors / à la négation; / et ce point / c’est quand on me presse, / quand on me pressure / et qu’on me trait / jusqu’au départ / en moi / de la nourriture, / de ma nourriture / et de son lait, // es qu’est-ce qui reste? // Que jes suis suffoqué; // et je ne sais pas si c’est un action / mais en me pressant ainsi de questions / jusqu’à l’absence / et au néant / de la question / on m’a pressé / jusqu’à la suffocation / en moi / de l’idée de corps / et d’être un corps, // et c’est alors que j’ai senti l’obscène // et que j’ai pété / de déraison / et de excès / et de la révolte / de ma suffocation. // C’est qu’on me pressait / jusqu’à mon corps // et jusqu’au corps / et c’est alors / que j’ai tout fait éclater / parce qu’à mon corps / on ne touche jamais. »
Source : Artaud, Antonin (1947), "To Have Done with the Judgment of God", In “Antonin Artaud: Selected Writings”, Edited and with an introd. by Susan Sontag; translated from the French by Helen Weaver. New York : Farrar, Strauss and Giroux, 1976.
Source : Artaud, Antonin (1947), “Pour en finir avec le jugement de Dieu”, In Œuvres complètes. XIII : Van Gogh, le suicidé de la société ; Pour en finir avec le jugement de Dieu (suivi de) Le Théâtre de la cruauté ; Lettres à propos de « Pour en finir avec le jugement de Dieu », Paris, Gallimard, 1974.
Urls : http://www.antoninartaud.org/dieu.html (last visited ) http://www.respire-asbl.be/Extrait-de-Pour-en-finir-avec-le (last visited )

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