NMSAT :: Networked Music & SoundArt Timeline

1941 __ Esthétique et technique des arts-relais
Pierre Schaeffer (1910-1995)
Comment : Pierre Schaeffer, the son of a violinist in the Nancy orchestra, graduates from Polytechnics school in 1934. After having presented Radio Jeunesse, he participates in the creation of Jeune France, a multidisciplinary movement combining music, theatre and fine arts. The following year, he organises with Jacques Copeau a training course for comedians at Beaune. The educational techniques use microphones. Through the intermediary of the radio and of the theatre, voice is already one of his matters of interest. During the same period, radiophonic series bring into play a narrator, suggestive noises and the process of editing. After having founded Le Studio d’essai, Schaeffer will create La Coquille à Planètes in 1944. Freshly out of the conservatory, the young Pierre Henry, will be recruited in October 1949 and the first tape recorder will arrive a year later. His first two writings, “Esthétique et technique des arts relais” in 1942 and “Notes sur l’expression radiophonique” in 1946 show Schaeffer’s interest to go beyond practical experimentation. As a consequence, all the necessary elements are reunited in order to create what Schaeffer will call in 1948 concrete music. Intimately linked to the radio, the theatre and the radiophonic series, the voice constitutes a central element in these experiments. (Bruno Bossis & Alain Anquetil)
French comment : En 1940, dans la confusion de la débâcle, Pierre Schaeffer anime “Radio Jeunesse”, puis fonde “Jeune France” “mouvement de coopération entre musique, théâtre et arts plastiques” qui doit se saborder à la fin de 1941 après des attaques de l’Action Française. Au cours de l’hiver 1942, il organise à Beaune, sous le patronage de Jacques Copeau, un stage où de jeunes comédiens comme Daniel Ivernel, Olivier Hussenot, Catherine Toth, Louise Conte ou Suzanne Flon s’exercent à dire au micro des textes de Proust, Homère et Péguy, tandis qu’Albert Olivier met en ondes une adaptation de la nouvelle d’Edgar Poe : “Le Puits et le Pendule”. Dans l’intervalle, il a occupé ses loisirs forcés, après la dissolution de Jeune France, à écrire un essai “L’Esthétique et la Technique des Arts-Relais” : le cinéma en pleine maturité et la radio débutante où l’enregistrement -- sur disque souple -- gagne progressivement du terrain par rapport au direct. [Cet essai montre] que Pierre Schaeffer est constamment resté fidèle à quelques intuitions initiales : celles de “simulacre” audiovisuel, de “démarche concrète”, de “langage des choses”, que ses ouvrages ultérieurs vont préciser et développer. (Albert Richard)
Original excerpt : « Avant le cinéma et la radio, de quel moyen l’homme dispose-t-il pour laisser trace des événements, échapper aux défaillances de la mémoire, aux imprécisions de la transmission orale, aux trahisons du geste ? De l’écriture. D’abord concrète, comme le cinéma, elle acquiert progressivement un pouvoir d’abstraction, de l’image à l’idéogramme et à l’alphabet phonétique. Ses signes eux-mêmes prennent un style. Non seulement l’écriture est ponctuée pour la commodité de la lecture, mais elle est mise en page pour le plaisir de l’œil. Et nous aboutissons à l’art graphique, aux caractères recherchés. Enfin, la mise en page peut être reproduite des milliers de fois, distribuée largement, elle peut parcourir le monde. C’est l’édition, qui est à l’écriture ce que la diffusion est à la radio et la distribution au film. [...] Oui, les choses ont à présent un langage et c’est jusqu’à la similitude des mots qui l’exprime : image qui est le langage pour l’œil, bruitage qui est celui pour l’oreille. Ainsi allons-nous pouvoir aborder cet empire où, suivant l’expression de Rilke, “tout ce qui arrive est inexprimable et s’accomplit dans une région que jamais parole n’a foulée”. Hélas ! ce serait trop beau. Il importe aussi de montrer en quoi le langage radiophonique et cinématographique, après lui avoir été supérieur, est inférieur au langage verbal. [...] A celui qui aborde pour la première fois la composition radiophonique ou cinématographique, tout semble possible : l’instrument se prêtant, croit-il, à tout ce qu’il prendra la peine de concevoir, il lui semble n’avoir que l’embarras du choix. Et, en effet, des scénarios de films, des projets d’émissions, on en a à la pelle. Mais combien peu d’entre eux seront retranscrits sur el disque ou le film ? Dès qu’on aborde le découpage, voici que les plus belles idées se révèlent irréalisables et qu’un détail insignifiant, par contre, prend une importance inattendue. De retour au studio, l’écoute du reportage déconcerte : ce qui avait paru vivant et plein d’intérêt est à présent terne, inaudible; tel accent d’une voix, tel bruit enregistré à l’insu du reporter prend tout à coup du relief. Rabelais nous avait fait rêver de “paroles gelées”. Mais le dégel ne nous les restitue pas telles que nous les avions pour la première fois entendues. La caméra, le micro, vous ont trahi, dites-vous. Mais quelle naïveté de croire qu’ils étaient vos amis ! La papier se laisse écrire. Pas le film. Pas le disque. On sait ce que parler veut dire, mais on est toujours surpris par ce que l’image, le son disent “d’autre”. Il faudrait oser dire qu’en réponse à notre langage, nous recevons un “chosage”. Le reporter est un chasseur de sons, un chasseur d’images. Il attend, à l’affût. Et c’est seulement après coup que, de tous ces événements figés, de ces mouvements surpris, de ces paroles gelées, il faudra essayer de composer quelque chose. [...] [Si le langage] a du pouvoir sur l’abstrait, c’est le cinéma et la radio qui ont du pouvoir sur le concret. S’il exprime la nature des choses, c’est le cinéma et la radio qui les évoquent magiquement : ils expriment, au travers de leurs formes, ce qui ne pouvait se dire. [...] Exploiter les possibilités expressives du cinéma et de la radio c’est, par rapport au langage, passer du général au particulier, de l’abstrait au concret. En une phrase, on peut informer les auditeurs que les crues de la Garonne ont ravagé un département. Mais en réalité on ne fait pas de la radio, on transmet trois lignes de journal. Pour dire la même chose dans le langage de la radio, on est obligé d’aller le long des routes dévastées et de faire parler le paysan, le maire, l’ingénieur des Ponts et Chaussées. Cette fois, l’auditeur ne reste pas indifférent. En tout cas, on a joué le jeu. Ce jeu -- ou ce combat -- on pourrait l’appeler celui du logos et du cosmos. Avec les idées qu’il se fait du monde, avec les mots dont il nomme les choses, l’homme du langage s’efforce de recréer un monde réel. Les arts-relais lui apportent des images et des sons qui seraient aussi informes que le chaos initial s’il ne s’efforçait pas de leur faire “dire” quelque chose. A partir de l’abstrait, la littérature tend à retrouver le concret. Le cinéma et la radio, arts complémentaires, vont de la chose à l’idée, du concret à l’abstrait. »
Source : Schaeffer, Pierre (1941), “Esthétique et technique des arts-relais”, In “De La Musique Concrète à la Musique Même”, Albert Richard (ed.), La Revue Musicale, Paris: Ed. Richard-Masse, 1977, pp. 19-23.
Source : Bossis, Bruno & Anquetil, Alain (2007), “The emergence of an electroacoustic singing in the 50s”, In: K. Maimets-Volt, R. Parncutt, M. Marin & J. Ross (Eds.), Proceedings of the third Conference on Interdisciplinary Musicology (CIM07), Tallinn, Estonia, 15-19 August 2007.

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