NMSAT :: Networked Music & SoundArt Timeline

1932 __ Studios Foniric
Paul Deharme (1898-1934)
French comment : Paul Deharme est un des pionniers de la Radio en France.L’âge héroïque de la radio (entre deux-guerres), âge des balbutiements et des tâtonnements, se définit naturellement comme une époque de recherche, dans tous les domaines où la littérature est concernée : dramatiques, adaptations, évocations, reportages, lectures d’œuvres, conférences et causeries, interview, critique, publicité poétique, etc. L’imagination pour mettre au point des formules d’art émancipées des conventions du théâtre scénique et du cinéma, de la diction de scène et de l’éloquence oratoire, se heurte aux facilités des retransmissions, au poids des habitudes, aux imperfections de la technique, aux servitudes des temps d’antenne, aux exigences du public, au scepticisme, à la timidité ou à l’inexpérience des écrivains… et à l’importance du direct, qui empêche que se constitue une « phonothèque imaginaire » au-delà du souvenir des auditeurs, et condamne certaines tentatives intéressantes à rester sans mémoire, donc souvent sans lendemains. « Les postes d’émission ne sont que de curieux et nouveaux centraux téléphoniques, les postes de réception ne sont que des phonographes dont les disques sont gratuits, la T.S.F. n’est qu’un vaste théâtrophone », peut écrire en 1929 Paul Deharme, auteur du premier manifeste français pour un art radiophonique. Si Gabriel Germinet donne en 1935 une liste de 201 pièces ayant marqué le développement du théâtre radiophonique depuis 1923, Paul Dermée et Paul Castan n’en retiendront qu’une vingtaine dans leur « Dramaturgie des voix », rétrospective du théâtre radiophonique de l’entre-deux-guerres en 1945-1946, liste elle-même contestée comme trop généreuse et réduite à une douzaine d’œuvres par un autre grand auteur et critique radiophonique de l’époque, Pierre Descaves. [...] Plusieurs foyers intéressants pour l'art radiophonique peuvent être mentionnés : 1) le laboratoire de théâtre Art et Action animé par les Autant, avec des écrivains proches de leurs idées comme Carlos Larronde et Fernand Divoire, auteurs de deux poèmes orchestraux qui comptent parmi les grandes œuvres des débuts de la radiodramaturgie : « Naissance du poème » (1931) et « Le Douzième coup de minuit » (1933). Le média radiophonique apparaît comme le lieu le plus approprié à la mise en œuvre de leurs conceptions post-symbolistes du théâtre, fondées sur la mise en cause du décor, des comédiens, de l’espace visuel, l’exaltation du verbe et des recherches sur le simultanéisme et le genre choréique, prolongées par les Autant dans un « Théâtre choréique » en 1933; 2) les Studios Foniric créés par Paul Deharme en 1932, où travaillent Robert Desnos, Alejo Carpentier, Jacques Prévert, et auxquels collaborent plus ou moins ponctuellement Antonin Artaud, Marcel Herrand, Jean Marchat, Jean-Louis Barrault. Les premières réalisations de Deharme, « Un incident au Pont du Hibou » et « L’Ile des voix », mettent à l’épreuve ses conceptions sur le rêve suggéré et dirigé et l’incantation, au croisement des travaux de Freud sur l’inconscient et de l’anthropologue Marcel Jousse sur les récitatifs rythmiques. Au sein des Studios Foniric, très performants pour les techniques de mise en ondes, il renouvelle aussi le genre du poème publicitaire, avec des réussites remarquées comme son Pile Wonder (1933), en compagnie de Desnos, dont les slogans et affiches sonores connaîtront une popularité extraordinaire; 3) le "Banc d’essai" de Radio-Luxembourg, émission d’expérimentation et de promotion de la création radiophonique ouverte à des écrivains que tente un format court à l’intersection du théâtre et de la nouvelle, mais spécifiquement radiophonique, pensé à partir de la voix, de la musique, des bruits. La série compte une quarantaine d’œuvres, d'écrivains comme Blaise Cendrars, Jean Cocteau, Robert Desnos, Jules Supervielle, André Beucler, Nino Frank, Pierre Descaves ou Paul Gilson, futur directeur des programmes artistiques de la radio d'Etat après-guerre (1946-1963).Paradoxalement, la radio ne semble pas être un média adapté au genre littéraire oral du dialogue. L’absence des interlocuteurs, la transmission des propos via la distance des ondes, l’écart entre le « langage mimique » de la conversation en présence, où toutes les attitudes du parleur font sens, et le « langage phonique » qui est le sien (Paul Deharme, « Idées sur le radio-théâtre »,1934), sans compter les nombreuses imperfections techniques de la reproduction et de la transmission à distance : autant de phénomènes qui, dans l’art du dialogue à la radio, donnent de l’importance à des obstacles nouveaux, ainsi qu’aux remèdes imaginés pour les atténuer. L’intimidation du micro semble spécialement forte pour les écrivains, même doués à l’oral, plus habitués au long artisanat de la plume qu’à l’électricité de l’improvisation et plus préoccupés de bien dire que la moyenne des gens. L’idée que les écrivains sont faits pour écrire et non pour parler pèse sur leur rapport au micro, devant lequel, abandonnant leurs moyens habituels d’expression, ils doivent retrouver le chemin direct de l’oreille. Des émissions parlées comme « Le Quart d’heure de la N.R.F. » (1938-1939, vingt émissions), confiée par Jean Paulhan au romancier Henri Calet, sont révélatrices de la tension entre écriture et conversation que vivent les générations littéraires de l’entre-deux-guerres. A l'inverse, c'est bien le relief vivant de la parole, notamment populaire, que recherche un Frédéric Lefèvre, robuste romancier populiste, intervieweur de la célèbre série "Une heure avec..." publiée des années durant dans Les Nouvelles littéraires, pour la version radiophonique qu'il en donne sur Radio-Paris à partir de 1930. Les grands entretiens-feuilletons des années cinquante (entretiens développés en série, de dix à quarante émissions) contribuent à décontracter le rapport des écrivains aux genres dialogués à la radio. Un premier colloque organisé sur le sujet en 1999 a fait apparaître les tensions internes à une pratique d'un genre que son inventeur, Jean Amrouche, a tenté de codifier en 1952 dans "Le Roi Midas et son barbier". Il lui a donné une vocation à la fois critique et créatrice, l’improvisation imposée à l’écrivain visant dans le même temps à obtenir de lui « une création verbale, en présence du micro ». Suivent en 1950 et 1951 : André Parinaud avec Colette, puis Michel Manoll avec Cendrars, Robert Mallet avec Léautaud, André Fraigneau avec Cocteau, Roger Iglesis et Alain Trutat avec Ghelderode. Parinaud, Manoll et Mallet, rejoints par Pierre Sipriot, recommencent avec d’autres écrivains en 1952 et 1953 : Carco, Paulhan, Paul Fort, Breton, Montherlant, Benda. Ces nombreux imitateurs développent le genre naissant dans des sens qui leur sont propres. Ainsi, tandis que Jean Amrouche, sensible plus que d'autre au pathétique du jeu, rêve d'un ton de conversation pour des dialogues souvent plus dramatiques que détendus, Robert Mallet, quand il s'entretient avec Léautaud ou Paulhan, se compose un personnage en fonction du naturel de son interlocuteur, avec comme référence l’impromptu de comédie. Cette notion d’impromptu théâtral, incorporée dans l’action d’une conversation uniquement entendue, est déjà ce que certains chroniqueurs de l’entre-deux-guerres relèvent comme l’idéal des disques de conférences, ou la réussite des causeries de Colette sur le Poste-Parisien en 1939, judicieusement dialoguées. C’est la présence de ce naturel du ton qui fait le phénoménal succès, en 1951, des entretiens de Léautaud, ce « vieillard incourbé » qui « n’a pas fondu au feu douceâtre du magnétophone » ni de « la voix cajoleuse et pénétrée d’âme du speaker ». ("Les entretiens-feuilletons à la radio française dans les années cinquante", Colloque international, 18-19 juin 2009, « Représenter et inventer la réalité du romantisme à l’aube du 21e siècle » (dir. Marie-Eve Therenty) de l’université de Montpellier III).Pour Paul Deharme, la radiophonie doit être un art d'invention et d'imagination capable d'"émouvoir" ce même subconscient dans lequel "le surréalisme prend ses sources et sa vie", mais en s'efforçant de briser ou de dépasser le "caractère exclusivement subjectif" de ce dernier. Par une parole efficace et partagée, il s'agit de "créer" en chaque auditeur "un théâtre analogue au théâtre du rêve", d'éveiller en lui des forces inconnues, bref, de libérer en chacun les richesses ignorées du surréel. Par la radio, Paul Deharme, comme Robert Desnos, veut rendre "battantes" des "porte" jusqu'ici fermées et "public" un "domaine" trop longtemps réservé. La radio -- et aussi "le disque noir du phonographe", "simulacre de la sorcellerie moderne" -- est un instrument du rêve pour lequel il faut inventer un art et un langage qui se partagent. (Lucienne Cantaloube-Ferrieu, "La chanson dans les années 30 : un nouveau mode d'expression pour les poètes", 1986)
Source : Deharme, Paul (1928), "Proposition d'un art radiophonique", Notes : les arts. La NRF (La Nouvelle Revue Française), n° 174, vol. XXX, Mars 1928, pages 413-423; Paris : NRF, 1926, 8 p.
Source : Deharme, Paul (1928), "Proposition for a Radiophonic Art", Translated by Anke Birkenmaier, In Modernism/Modernity, Volume 16, Number 2, April 2009, The John Hopkins University Press, pp. 406-413.
Source : Deharme, Paul (1928), "Pour art radiophonique", Paris, Le Rouge et le Noir, 1930.
Source : Deharme, Paul (1934), « Idées sur le radio-théâtre »,1934.
Source : Héron, Pierre-Marie (2005), « Aux origines de l’art radiophonique : Paul Deharme et la voix du subconscient », in “Éclats de voix”, Actes du colloque de Besançon réunis par Pascal Lécroart et Frédérique-Toudoire-Surlapierre, Editions L'Improviste, 2005, pp. 193-209.
Source : ''Cantaloube-Ferrieu, Lucienne (1986), "La chanson dans les années 30 : un nouveau mode d'expression pour les poètes", In "La chanson française et son histoire", edited by Dietmar Rieger, Gunter Narr Verlag, 1988, presented at a conference held Apr. 30-May 3, 1986, at Schloss Rauischholzhausen, near Giessen, Germany, p. 289.
Source : Conley, Katharine (2003), "Robert Desnos, Surrealism, and the Marvelous on Everyday Life", University of Nebraska Press, pp. 100-102.
Urls : http://www.jeancocteau.net/wiki/lib/exe/fetch.php?id=montpellier1&cache=cache&media=pdf-herondirradio1.pdf&DokuWiki=f8b832e76e911dfeb354c3ad222b8ad7 (last visited )

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