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1928 __ « Panorama de la musique contemporaine »
Jean Belime, dit André Coeuroy (1891-1976)
French comment : Pour André Cœuroy, le phonographe peut passer de l'état d'enregistreur à celui d'instrument propice à la création: [La ] « machine à disque peut être non seulement un musée, mais encore un laboratoire. [...] Peut-être le temps n’est-il pas éloigné où un compositeur pourra représenter au pavillon d’enregistrement une musique directement composée pour phonographe. ». (Marc Battier)
Original excerpt : « Le phonographe est un créateur d'art. Il existe un disque qui s'intitule comme une romance : Dream of love and you. Sous cette fleurette de keepsake se cache une très authentique mélodie de Liszt : le velours d'un saxophone le drape avec tant de justesse et de discrétion nuancée que cette métamorphose est une création véritable. Le temps n'est pas éloigné où un compositeur adroit pourra présenter au pavillon d'enregistrement, une œuvre « directement écrite pour phonographe ». Si la machine parlante est le musée des virtuoses et des orchestres, elle doit être aussi le laboratoire où les chercheurs sauront utiliser la personnalité de l'appareil en créant des ensembles neufs où des timbres spécialement choisis produiront des sonorités nouvelles. Quand la Nouvelle Revue Française s'est avisée que les temps étaient venus de sacrifier au dieu nouveau, Boris de Schloezer, dès son premier article, a marqué ses positions ; elles seront celles de la création phonographique. « Nous devinons déjà, dit-il, que sous ce rapport le phonographe nous offre des possibilités immenses, mais encore fort peu explorées. Il peut être autre chose encore qu'un appareil de diffusion et d'enregistrement. Dans son effort pour imiter aussi fidèlement que possible la voix et les instruments, il a négligé, semble-t-il, certains de ses caractères spécifiques, qui, au point de vue de cette imitation parfaite à laquelle on tendait, se présentaient comme des défauts dont il fallait se débarrasser. Or il y a des artistes - et j'en ai fait l'expérience avec les Revellers - qu'on entend avec plus de plaisir au gramophone qu'au concert. » Il nous est d'autant plus sensible de voir Schloezer s'engager dès l'abord dans cette voie et soutenir cette thèse du phono créateur, qu'elle est tout justement la nôtre, depuis que l'enregistrement électrique a fait du phonographe le parfait mécanisme qu'il est aujourd'hui. Déjà s'ébauchent des modalités précises de « création ». On a proposé - ainsi Hansjörg Dammert dans la jeune revue viennoise Anbruch (octobre-novembre 1926) - de composer des concertos de phonographe. Le phonographe enregistrerait une musique qui serait spécialement écrite pour lui. En la reproduisant, l'appareil jouerait le rôle d'un instrument soliste, qu'accompagneraient à leur tour les divers instruments de l'orchestre. L'idée est intéressante en ce qu'elle tient compte du fait que le phonographe a lui-même son timbre particulier (et, par conséquent, le rôle de soliste qu'on lui demande de jouer est parfaitement légitime). Elle est séduisante en ce qu'elle peut avoir de paradoxal ; car on peut très bien concevoir l'accompagnement confié à un très petit nombre d'instruments, alors que le « solo » sera exécuté par un disque ayant enregistré un orchestre complet : un orchestre soliste jouant sa partie dans l'orchestre, n'y a-t-il pas là de quoi tenter de jeunes audaces ? Moholy-Nagy a même proposé, il y a une dizaine d'années (De Stijl 1922/VII, La Haye) de graver directement le disque et de provoquer des phénomènes acoustiques indépendants d'un enregistrement préalable. (Il existe déjà une « machine à retoucher » les disques défectueux.) L'auteur préconise tout un système préparatoire pour l'étude, au microscope, des sillons de disques et notamment des encoches auxquelles correspondent des sonorités où se mélangent plusieurs timbres. Il a réussi à intéresser à son idée de jeunes compositeurs comme George Antheil ou des théoriciens comme H. H. Stuckenschmidt. La Vox mit même à sa disposition un laboratoire, sous la direction de M. Jath. Il ne semble pas toutefois que jusqu'à présent une suite ait été donnée à l'entreprise. Le phonographe n'est pas un impersonnel instrument reproducteur. Il a sa vie, sa vie profonde et mystérieuse, - mystères féconds de la « phonogénie ». »
Source : Cœuroy, André (1928), “Panorama de la musique Contemporaine”, Paris, Éditions Kra, 1928, p. 162.
Source : Cœuroy, A. & Clarence, G., “LE PHONOGRAPHE”, Troisième édition, « LES DOCUMENTAIRES », Paris : ÉDITIONS KRA, 1929.
Source : Battier, Marc (2007), “Bruit et modernité — Le surgissement du bruit industriel dans la conscience artistique au tournant du vingtième siècle. Phonographie des bruits artificiels et naturels et conception créative. La domestication des bruits comme source musicale et le bruitisme. Le bruit des machines à la naissance de la musique électroacoustique. La musicalisation du bruit”, Conférence du 12 décembre 2007.
Source : Battier, Marc (2006), "Des unanimistes à l'art sonore : quand la littérature, l'art et la musique recréent la technologie", in Musique et Modernité en France (1900-1945), Observatoire International de la Création Musicale, Les Presses de l'Université de Montréal, 2006, chap. 15, pp. 389-415.
Urls : http://www.omf.paris4.sorbonne.fr/AUX/d-TXT/Battier.Modernite.pdf (last visited ) http://www.hervedavid.fr/francais/phono/Coeuroy%20-%20le%20Phonographe.htm (last visited )

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