NMSAT :: Networked Music & SoundArt Timeline

1926 __ « Das Schloβ »
Franz Kafka (1883-1924)
Original excerpt 1 : « ‘Be quiet’, said K. ‘I think you’re trying to start distinguishing yourselves from each other’. Now, however, the assistant who had spoken first said : ‘He’s right, it’s impossible. No stranger may go up to the castle without a permit’. ‘So where do we have to apply for a permit ?’ ‘I don’t know. Maybe to the castle warden’. ‘The we’ll apply by telephone. Go and telephone the castle warden at once, both of you’. They went to the telephone, made the connection, crowding together eagerly and showing that outwardly they were ridiculous ready to oblige, and asked whether K. might come up to the castle with them next day. The reply was a ‘No’ that K. could hear all the way over to his table, but the answer went on. It ran : ‘Not tomorrow nor any other time either’. ‘I’ll telephone myself’, said K., rising to his feet. So far, apart from the incident with that one local rustic, no one had taken much notice of K. and his assistants, but this last remark of his aroused general attention. The whole company stood up with K., and although the landlord tried to fend them off, they crowded around him in a semicircle close to the telephone. Most of them seemed to be of the opinion that K. wouldn’t get an answer. K. had to ask them to keep quiet, telling them he didn’t want to hear their views. A humming, such as K. had never before heard on the telephone, emergerd from the receiver. It was if the murmur of countless childish voices - not that it was really a murmur, it was more like the singing of voices, very very far away - as of that sound were forming, unlikely as that might be, into a single high, strong voice, striking the ear as if trying to penetrate further than in the mere human sense of hearing. K. heard it and said nothing; he had propped his left arm on the telephone stand, and listened like that. He didn’t know just how long he stood there, but after a while the landlord plucked at his coat and told him that someone had come with a message for him. ‘Go away !’ cried K., angrily, perhaps into the telephone, for now someone was answering at the other end, and the following conversation took place : ‘Oswald speaking - who’s there ?’ asked the speaker in a stern, haughty voice with a small speech defect for which, as it seemed to K., he tried to compensate by dint of extra severity. K. hesitated to give his name; he was powerless against the telephone, leaving the other man free to shout at him and put down the receiver.‘Very easily’, said the mayor. ‘You have never really been in contact with our authorities. All your contacts are only apparent, but as a result of your ignorance you think that they are real. And as for the telephone : look, there’s no telephone here in my house, and I certainly have plenty to do with the authorities. Telephones may come in useful at inns and so on, rather like a musical box, but that’s all. Have you ever telephoned anyone here ? Well, then perhaps you’ll see what I mean. The telephone obviously works very well in the castle, I’ve been told that they are telephoning all the time there, which of course speeds the work up a great deal. Down here, we hear that constant telephoning as a rushing, singing sound on the line, and I’m sure you’re heard it too. But that rushing, singing sound is the only real, trustworthly information that the telephone conveys to us down here, and everything else is just an illusion. There is no telephone connection to the castle, there’s no switchboard passing on our calls; if we call someone in the castle from here, the telephones ring in all the lower departments, or perhaps they would if, as I know for a fact, the sound was not turned off on nearly all of them. Now and then a tired official feels the need to amuse himself a little - especially in the evening or at night - and switches the sound back on, and then we get an answer, but an answer that is only a joke. It’s very inderstandable. Who has the right to disturb such important work, always going full steam ahead, with his own little private worries ? I really don’t understand how even a stranger can believe that if he calls, say, Sordini, it will really be Sordini who answers him. More likely it will be some little clerk in quite a different department. Although then again, a wonderful moment might come when you call the little clerk and Sordini himself answers. In that case, of course, it’s advisable to hurry away from the telephone before the first sound is heard’. ‘Well, that’s not how I saw it’, said K. I wasn’t to know these details, but it’s true that I didn’t have much confidence in those telephone calls. I was always aware that only something experienced or achieved in the castle itself has any real significance’. ‘You’re wrong’, said the mayor, pouncing on one part of this, ‘of course these telephone calls have real significance, why not ? How could a message passed on from the castle by an official be insignificant ? [...] » (pp. 66-67)
French translated excerpt 2 : « .Paix, dit K., vous voulez sans doute commencer à vous distinguer l’un de l’autre ? Mais le premier dit alors aussi :.Il a raison, c’est impossible, nul étranger ne doit entrer au Château sans une permission ...Où demande-t-on cette permission ?.Je ne sais pas, peut-être au portier.Eh bien ! adressons-nous à lui, appelez-le au téléphone immédiatement, et tous les deux. Ils coururent à l’appareil et demandèrent la communication, - comme ils se pressaient aux écouteurs ! Ils paraissaient d’une docilité ridicule ! - ils demandèrent si K. pourrait venir le lendemain au Château avec eux. K. entendit de sa table le « Non » qu’on lui répondit. La réponse était d’ailleurs plus complète, elle ajoutait : « Ni demain ni une autre fois ».Je vais téléphoner moi-même, dit K. en se levant. Sauf au moment de l’intervention du paysan, K. n’vait été que peu remarqué, mais sa dernière déclaration éveilla l’attention de tous. Tout le monde se leva en même temps que lui et, malgré les efforts de l’aubergiste qui cherchait à les refouler, les paysans se regroupèrent en demi-cercle autour de l’appareil. La plupart étaient d’avis qu’on ne répondrait rien à K. Il dut les prier de rester tranquilles et leur dire qu’il ne leur demandait pas leur avis. On entendit sortir de l’écouteur un grésillement tel que K. n’en avait jamais perçu au téléphone. On eût dit le bourdonnement d’une infinité de vois enfantines, mais ce n’était pas un vrai bourdonnement, c’était le chant de voix lointaines, de voix extrêmement lointaines, on eût dit que ces milliers de voix s’unissaient d’impossible façon pour former une seule voix, aiguë mais forte, et qui frappait le tympan comme si elle eût demandé à pénétrer quelque chose de plus profond qu’une pauvre oreille. K. écoutait sans téléphoner, il avait posé le bras gauche sur la boîte de l’appareil et écoutait dans cette position. Une messager l’attendait, il ne savait depuis quand; l’homme était là depuis si longtemps que l’aubergiste finit par tirer K. par la veste.Assez ! dit K. sans aucune retenue, et sans doute même devant l’appareil, car quelqu’un se fit entendre alors au bout du fil.Ici Oswald; qui est à l’appareil ? cria une voix sévère et orgueilleuse; l’homme avait, sembla-t-il à K., un petit défaut de prononciation qu’il cherchait à pallier par un redoublement de sévérité. K. hésitait à se nommer; il était désarmé en face de ce téléphone, l’autre pouvait le foudroyer ou raccrocher le récepteur et K. n’aurait alors réussi qu’à gâcher une possibilité peut-être importante..De la plus simple des façons, répondit le maire; vous n’avez encore jamais pris réellement contact avec notre administration. Tous les contacts dont vous me parlez ne sont qu’apparents et vous les croyez réels à cause de votre ignorance. Quant au téléphone, voyez-vous, chez moi qui ai pourtant assez à faire avec les autorités, il n’y en a pas. Dans les auberges et autres établissements de ce genre le téléphone peut rendre de bons services, comme un piano mécanique par exemple, c’est la même chose d’ailleurs. Avez-vous déjà téléphoné ici ? Oui ? Alors vous me comprendrez peut-être. Au Château, le téléphone fonctionne sans doute merveilleusement; d’après ce qu’on m’a dit on y téléphone tout le temps, ce qui accélère naturellement beaucoup le travail. Ce sont ces communications incessantes que nous entendons au téléphone comme un bourdonnement, comme un chant, vous avez sûrement entendu cela aussi. Mais ce bourdonnement et ce chant sont la seule chose solide et digne de foi que nous transmette le téléphone d’ici, tout le reste est trompeur. Il n’y a pas de liaison téléphonique sûre entre le village et le Château, pas de Central qui assure cette liaison. So l’on appelle ici quelqu’un du Château, tous les appareils des services subalternes y sonnent en même temps, ou plutôt tous y sonneraient si tout le monde ne supprimait - comme je le sais pertinemment - le contact de la sonnerie. De temps en temps cependant un fonctionnaire surmené éprouve le besoin de se distraire un peu, surtout le soir ou dans la nuit, et il rétablit le contact. On reçoit alors une réponse, qui, à vrai dire, n’est qu’une plaisanterie. C’est d’ailleurs compréhensible. Qui peut exiger sérieusement le droit de carillonner la nuit pour ses petits soucis personnels au milieu de tous ces travaux graves qui s’exécutent à la vitesse de l’éclair ? Je ne parviens pas à comprendre qu’un étranger lui-même puisse s’imaginer que, quand il appelle Sordini, ce soit réellement Sordini qui lui réponde. C’est bien plus probablement un petit secrétaire quelconque et dans une tout autre bureau. En revanche il peut se faire aussi qu’en appelant ce petit secrétaire, on reçoive la réponse de Sordini. Il vaudrait mieux dans ces conditions lâcherl récepteur et décamper avant d’avoir entendu le premier mot.Évidemment, dit K., ce n’était pas ainsi que j’avais envisagé la chose, mais je n’avais quand même pas grande confiance dans ces conversations téléphoniques et je pensais bein qu’il n’y avait de réellement important que ce que l’on apprend ou obtient au Château même.Non, dit le maire, s’attachant à l’un des mots, ces réponses téléphoniques aussi sont réellement importantes ; comment se le seraient-elles pas ? Comment un renseignement donné par un fonctionnaire du Château serait-il sans importance ? [...] »
Source : Kafka, Franz. (1926[2009]). “The Castle”. Transl. by Anthea Bell. Oxford University Press.
Urls : http://www.scribd.com/doc/9546005/Kafka-Le-Chateau-Source (last visited )

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