Rabelais

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Notes de lecture


Rabelais, Quart-Livre, ....

Rabelais, les paroles gelées

* Au temps des premiers récits d'exploration d'un pays glacé (Jacques Cartier découvre alors la nouvelle France), Rabelais imagine qu'il fait si froid que les paroles gèlent. Et ces paroles gelées, qu'il faut réchauffer sur le pont du bateau pour les entendre, éclatent en mots barbares, témoins de la bataille qui eut lieu autrefois dans cette contrée.

« En pleine mer nous banquetant, grignotant, devisant et faisant beaux et courts discours, Pantagruel se leva et tint en pieds pour découvrir l’environ.

Puis nous dit:

" Compagnons, oyez vous rien ? Me semble que j’ouïs quelques gens parlant en l’air, je n’y vois toutefois personne. Ecoutez."

A son commandement nous fûmes tous attentifs, et à pleines oreilles humions l’air, comme belles huitres en écaille, pour entendre si voix ou son aucun y serait épars (...)

"Seigneur, de rien ne vous effrayez ! " dit le pilote. "Ici est le confin de la mer Glaciale, sur laquelle fut, au commencement de l’hiver dernier passé, grosse et félonne bataille entre les Arismapiens et les Nephelibares.

Lors gelèrent en l’air les paroles et cris des hommes et femmes, les chaplis des masses, les hurrys des harnais, des bardes, des hennissements des chevaux et tout autre effroi de combat. A cette heure, la rigueur de l’hiver passée, advenant la sérénité et temperie du bon temps, elles fondent et sont ouÏes."

- "Par Dieu", dit Panurge, "je l’en crois. Mais en pourrions-nous voir quelqu’une ? Me souvient avoir lu que, l’orée de la montagne en laquelle Moïse reçut la loi des Juifs, le peuple voyait les voix sensiblement."

- "Tenez, tenez, dit Pantagruel, voyez-en ci qui encore ne sont dégelées"

Lors nous jeta sus le tillac pleines mains de paroles gelées, et semblaient dragées perlées de diverses couleurs.

Nous y vîmes des mots d’azur, des mots de sable, des mots dorés.

Lesquels, être quelque peu échauffés entre nos mains fondaient comme neige, et les oyons réellement, mais ne les entendions car c’était langage barbare. ». Rabelais, Quart Livre LVI, Chapitres 15 et 16.