Audio Extranautes

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Audio Extranautes

les nouvelles perspectives de l’espace acoustique dans ses prolongements via les réseaux électroniques (TIC)

Suite aux précédents contrats-recherche accordés par la Délégation aux Arts Plastiques depuis 2004, le laboratoire post-diplôme LOCUS SONUS poursuit ses sessions de recherche à partir des axes discernés sur le programme 2006 (Flux/Lieux, Dispositif/Performance, Collectif/Réseau) et des thématiques initiales du laboratoire (Audio en espace, Audio en réseau).

L’objet principal de notre programme Audio Extranautes investit les questionnements relatifs à l’interaction des espaces physiques et numériques (Internet, web 2.0, téléphonie, etc.) dans des dimensions sociales locales et collectives, questionnements mis en expérimentation dans les pratiques artistiques numériques sonores actuelles. Audio Extranautes, nouvelles perspectives de l’espace acoustique via les réseaux électroniques (TIC) ouvre plusieurs axes de recherche menés conjointement par les deux laboratoires :

  • manifestations dans l’espace physique des projets en réseau (extranautes, mondes virtuels) (nouvelles scénarités)
  • signification de l’apparition des “flux” comme forme d’expression (streaming, podcast, myspace, etc.)
  • impact des technologies mobiles sur l’expression artistique (téléphonie mobile, interfaces de performance wifi - STEIM, picoIP -)

Les 3 axes de recherche mobilisés par les deux laboratoires se proposent d’ouvrir un champ d’attention et d’expérimentation autour de l’intrication et l’innervation des “espaces” vus comme différenciés (en réseau, physique et virtuel) du point de vue des pratiques sonores numériques et des étendues acoustiques et du point de vue de la sociologie. Ils se problématisent sur l’interrogation et l’instabilité de ce que l’on entend habituellement par “coupures” ou “frontières” entre le numérique et le physique, et de ce que l’on comprend par “temps réel” et par “différé” (ou fixe) au regard de l’expérimentation des flux.

C’est l’exploration des espaces acoustiques qui est menée dans le cadre du laboratoire LOCUS SONUS ainsi que l’approche de nouvelles distinctions, voire de capacités, de l’instance “auteur” et de celle “auditeur”, au travers des développements conjoints, artistiques et industriels, des environnements en réseau.

La notion d’extranaute est au cœur de ces problématiques. Il ne s’agit pas de prendre cette notion dans sa définition courante (1), mais de l’interroger dans un sens élargi, de l’individu naviguant et actant dans des va-et-vient entre le on-line et le off-line.


(1) Utilisateur d'un extranet. Un extranet est un réseau informatique sécurisé, généralement constitué d'une partie de l'intranet d'une entreprise ou d'une organisation communiquant à travers le réseau Internet, qui est accessible à une clientèle externe ciblée devant utiliser un mot de passe. Le terme extranaute a été formé sur le modèle d'internaute, lui-même issu de la contraction des mots INTERnet et astroNAUTE.


Les laboratoires se mobilisent sur ces 3 axes en lançant des pistes d’expérimentation et de réalisations artistiques et des élucidations de problématiques :

manifestations dans l’espace physique des projets en réseau (extranautes, mondes virtuels) (nouvelles scénarités)

  • monde virtuel (triangulations entre espace en réseau, espace virtuel espace physique)
  • extranautes (on- et off-line, relève et relance des engagements réels et dans les réseaux, répliques, du virtuel au physique et vice-versa)
  • nouvelles scénarités (variations des assiettes spatiales, lieux et distances, parages, sillages, faire public)

signification de l’apparition des “flux” comme forme d’expression (streaming, podcast, myspace, etc.)

  • remote/local (flux et streaming, réinterprétations dans l’espace local)

impact des technologies mobiles sur l’expression artistique (téléphonie mobile, interfaces de performance wifi - STEIM, picoIP -)

  • mobilité (extension du réseau dans l’espace portatif)


MANIFESTATIONS DANS L’ESPACE PHYSIQUE DES PROJETS EN RÉSEAU

monde virtuel

À partir du développement du dispositif en réseau (Locustream map, dispositif de micros ouverts streamant continuellement) et des dispositifs d’installations (Locustream tuner), le laboratoire LOCUS SONUS s’implique dans l’investissement d’un espace virtuel public (Second Life) pour y expérimenter et développer des dispositifs acoustiques.

Les questions posées partent de trois points qu’il s’agira de problématiser et d’expérimenter:

  • Est-il possible de créer des liens triangulaires entre l'espace géographique entendu transporté (porté) par le réseau (projet streaming), l'espace virtuel, et la manifestation en local (installation)?
  • Est-ce que l'espace "Second Life" peut servir de zone-test pour certaines formes artistiques (ou bien être porteur de nouvelles formes artistiques), et revenir dans l'espace physique ?
  • Quelles seront les conséquences (modification de perception de l'espace réel) générées par ces passages?

nouvelles scénarités

nouvelles scénarités, nouvelles aires de cristallisation de public.

Scènes problématiques et “problème du public”.

Une des propriétés des expérimentations de LOCUS SONUS est celle de travailler et de varier les enceintes où se déploient et se déposent les effets esthétiques visés. Elles supposent donc différentes manières de “convoquer un public”, c'est-à-dire différentes manières d’abord de soutirer un auditeur d’un récepteur, puis de lier (ou pas) cet auditeur à d’autres, dessinant ainsi diverses géographies de configurations de public.

Ce travail sur ce qu’on pourrait appeler les “assiettes spatiales” où se font valoir les effets des propositions artistiques se décline sur plusieurs axes de variations topologiques.

  • Ces variations sont risquées aussi bien dans les conjonctions de sites distants (avec des possibilités de feed-back de site à site) ;
  • Qu’éprouvées en sites physiques localisés, et pour autant que les installations/ performances en travaillent la topologie interne : par exemple en faisant flotter la barrière scène/salle (tantôt l’estompant, tantôt l’accusant); ou en offrant des bifurcations dans les protocoles implicites qui permettent de mettre en phase de manière diversifiée les attentions auditrices et les engagements des performers.
  • Que travaillées également du point de vue de l’inscription des expérimentations dans des parages diversement investis par des publics, ou bien diversement accessibles (tantôt ces expérimentations prennent place dans le cadre de manifestations publiques englobantes, tantôt elles se testent “en coulisse” face à un public restreint, etc…

Toutes ces défriches de possibles spatiaux “dramatisent” des instabilités émergentes dans le domaine de la cristallisation de publics, ou bien, ce qui revient au même, dans celui de l’émergence de nouveaux événements publics dont, et l’extension (la portée) et la texture peuvent être offertes à des variations exploratoires.

On sait que les environnements numériques sont porteurs de ces possibles déstabilisants. On en indiquera rapidement au moins trois modalités.

  • Si, et pour se référer à des développements déjà bien installés dans les cultures musicales contemporaines, les lutheries propres aux musiques électroniques, ne sont pas les premières lutheries nomades, elles ont eu cependant un effet réel de nomadisation des scènes musicales et ont su jouer sur cette extraversion et ce débordement des scènes instituées.
  • Plus profondément, les technologies du streaming en étirant au maximum un flux sonore soumis à l’attention simultanée d’un ensemble d’auditeurs, qui n’ont pourtant aucun élément tangible quant au collectif d’attentions qu’ils “incarnent”, tendent à décoller la notion d’événement (ce qui arrive à un moment donné) de la notion de “théâtre”, comme on le dit dans l’expression “le théâtre des événements” et pour autant qu’il est difficile d’imaginer un événement qui n’arrive pas quelque part ! À l’horizon de cette esthétique sonore on trouve donc moins un évasement ou une extraversion des scénarités que la possibilité même de leur évidement ou de leur abolition.
  • Pourtant ce sont ces mêmes technologies numériques, quoiqu’utilisées différemment, qui sont capables – et à l’inverse – de charger un lieu de plus d’événements que ne l’escomptent ceux qui s’y tiennent.

De fait tous les dispositifs dits interactifs, et en particulier ceux qui jouent sur les interactions entre corps présents et environnement de ces présences, saturent des micro espaces d’effets potentiels intensifiés. Or là aussi, et si le lieu reprend de la puissance, c’est à raison même d’une volatilisation ou en tous cas d’une indétermination radicale de la polarisation salle/scène.

Ce qu’accomplissent ces dispositifs, et du fait qu’ils bardent l’environnement de cellules sensibles aux agissements des êtres ainsi “environnés”, c’est qu’ils redistribuent la carte de l’agir et du pâtir essentielle à toute scénarité. Le “patient”, le public qui reçoit un spectacle ou une offre sensorielle, se trouve pourtant l’agir et le « déranger » du fait même de sa présence ; symétriquement, l’environnement perçu et éprouvé bouge – réagit – se constituant lui-même et pour ainsi dire comme public – pellicule sensible – d’un spectacle qui serait “dans la salle” ; de fait des corps y bougent ...

Diversement, donc, et selon des angles d’attaques hétérogènes, les opérativités numériques travaillent les scénarités artistiques. Elles permettent de multiplier les “contrats de performance” dont les pactes (souvent implicites) lient et coordonnent les engagements entre performers et publics. Elles explorent donc différentes manières de “faire public” (ou de construire des publics). Elles offrent ainsi au sociologue la possibilité de rouvrir un chantier traditionnel, auquel on l’a longtemps confiné, celui de la sociologie des publics de l’art, mais sur des bases radicalement renouvelées : plutôt que de porter l’attention simplement sur les identifiants ou les attributs sociaux de membres de publics déjà constitués, elle s’interroge sur les interactions constitutives qui permettent de “faire public”, et elle peut d’autant mieux le faire qu’il s’avère qu’il y a tellement de manières différentes de le faire !

Plus précisément encore, et pour autant que les opérativités numériques problématisent les cadres institués de la scénarité, et pour autant que ces cadres sont essentiels à la définition d’un public comme tel, on peut faire le pari heuristique qu’à suivre ces problématisations pratiques du “faire public”, on avancera en direction d’une relève, cette fois théorique, de cette problématisation – si l’on veut, en direction de “ce que faire public veut dire”.

extranautes

Internautes, extranautes, « on- et off- line ».

Dès son point d’origine LOCUS SONUS a inscrit sa problématique dans cet entre deux – incarné par le « / » de « audio/réseau » — du on et off line.

Mais également dés son origine, il s’est donné comme but de travailler cette “barre”, c'est-à-dire de la faire jouer dans les deux registres en tension du “soit/soit” (opposition exclusive) mais aussi du “et et” (opposition inclusive) : et en réseau et en espace propre.

Or cette exploration des possibles d’adjonction entre les topologies d’engagements médiatés (par le réseau) et celles qui reposent sur des (im)médiations de coprésence est synchrone avec la manière dont les sociologies qui travaillent sur la question du numérique ont récemment reconfiguré leur objet. Ceci définit alors un autre point de recoupe.

Barry Wellman spécialiste des réseaux est le premier à avoir ouvert cette piste. On lui doit, notamment, d’avoir non seulement mis en évidence qu’on ne pouvait corréler une montée des relations « on line » à une diminution de celles-ci « off line », mais surtout d’avoir montré que bien des relations « off line » supposaient du « on line » pour se développer. Travaillant ainsi sur l’espace social des premiers quartiers résidentiels connectés informatiquement, il a fait ressortir que, d’une part on n’assistait pas à un tarissement des relations « flesh and bones », mais que, d’autre part, leur développement était rendu possible par une première vague de contacts virtuels (e-mails en l’occurrence).

Plus récemment on notera le déplacement de perspectives qui marque les travaux de Howard Rheingold, passant d’une problématisation en termes de “communauté virtuelle” à une autre qui, sous la figure emblématique des “smart mobs”, interroge les capacités du virtuel à susciter des communautés réelles, que dira-t-on, le “réel ne pouvait jusque là s’offrir”.

Des observations que nous menons permettent, dans le même sens, d’aborder la question des engagements réels versus en réseaux, non plus simplement en termes de bascule (passer d’un registre dans l’autre; jongler, si l’on veut), mais plutôt en termes de relève et de relance, en suivant donc les engendrements relationnels qui prospèrent d’osciller entre relations médiatées et de coprésence.

Mais on peut franchir un pas supplémentaire dans ces dynamiques d’engendrement en relevant que certaines pratiques, d’abord cultivées on line, ont initié des explorations visant à les répliquer off line. On en trouvera un exemple emblématique dans cette métaphore du “blind date” caractéristique des sites de rencontre virtuelles, qui s’est trouvée répliquée là encore « flesh and bones » dans l’éclosion de sites bien réels de rencontres bien réelles, mais plongées dans le noir (restaurant où les convives mangent dans l’obscurité, avant que, plus tard, la lumière ne soit !).

Ici la sortie du net – cette sorte de mouvement « extra naute » — porte moins sur des prolongements relationnels que sur des transports (le sens littéral du mot « métaphore » soit dit en passant) de formats interactionnels.

On trouvera un semblable exemple (quoique plus diffus) de la vulnérabilité de nos cultures pratiques héritées après passage au “tamis” du net, dans les modalités même de cette écriture publique qu’est l’écriture journalistique, et dont on peut penser qu’elle viendra à être affectée par la forme blog : c’est du moins une hypothèse que Daniel Schneiderman esquisse dans une récente chronique du quotidien Libération (daté du 12/01/07).

Ce qui se dessine ici comme piste à creuser a pour effet d’inverser la fameuse thématique du transvasement du monde réel dans le monde virtuel et de rendre sensible au mouvement complémentaire selon lequel le Web pourrait certes être compris comme un vase mais dans lequel se concocteraient des formats interactionnels ou syntaxiques que rien n’empêcherait de se déverser dans le “monde réel” permettant ainsi aux acteurs sociaux d’y tester d’autres prises ou d’autres manières d’y prendre langue.

Mais, plus généralement, et pour autant que le débat reste ouvert sur le contenu qu’il convient d’affecter à l’acronyme “Web 2.0”, on proposerait de considérer qu’il consigne un excès possible d’un cadrage jusqu’ici prévalant, et qui situait la toile et son autre – le monde réel et la multitude proliférante de ses utilisateurs — dans un rapport de vis-à-vis (ou bien, et sous la thématique des mondes virtuels, comme un espace possible de vis-à-vis entre internautes).

A cet égard les nouvelles opérativités du Web ont beaucoup à voir avec les possibilités de rebonds et de réactions tierces qu’elles ménagent désormais (commentaires de blogs, interventions sur des plateformes contributives, formulations et déplacements des taxinomies – « folksonomies »—. Dans tout ceci le Web se déplie comme un espace d’interventions sur lesquelles on peut alors intervenir ; et ce n’est pas que ces interventions sur interventions miment la vie sociale, c’est plus simplement qu’elles l’accomplissent d’autant mieux qu’elles en rejouent la nervure fondamentale. Ce possible initie en tous cas des collectifs qui ne sont peut être rien d’autre que des chambres évanescentes de déploiement d’inter réactions, mais, d’un autre point de vue, bien de nos engagements en collectifs et dans la vie réelle, ne sont tramés par rien d’autre que cela, et ne survivent pas, dés lors que ces inter réactions viennent à se tarir (même les réseaux meurent de ne plus être alimentés - selon H. White -).

Quoiqu’il en soit de la consistance et de la destinée de ces collectifs générés sur la toile, on marquera — et dès lors qu’on prête attention à la possibilité d’intervention tierce — que :

1) On leste la figure idéale de l’interactivité d’une portée bien plus ouverte que celle à laquelle nous confinait l’équivalence obligée entre interface et interactivité, laquelle équivalence enfermait en quelque sorte dans ce dialogue solitaire entre un homme et sa machine,

2) On se donne un concept du Web comme d’un espace d’interventions dans lequel, et par le “passage en toile”, s’enlèvent des connexions qui ne lui préexistaient pas, si bien qu’on se trouve avec la double figure d’un web qui ne cesse de sortir autre chose de lui-même, en même temps que, et du fait, qu’il est capable d’extraire de cette collection de collectifs qu’est une société, ce qu’on pourrait appeler des assortiments supplémentaires.

Modalités de travail

(adoptées par le laboratoire LAMES)

''L’ouverture de ce chantier, et l’accent qui y sera mis sur les coordonnées pragmatiques dans lesquelles se cristallisent des publics, dans lesquelles ils ajustent et orientent leurs attentions, imposent un type de documentation qui permette un relevé fin des interactions qui se nouent dans le cours des performances artistiques qui nous intéressent (celles faisant usage, quoique diversement, d’opérativités numériques).

Une base soutenue et consistante d’observations filmées (Clémentine Maillol) soutiendra donc l’enquête sociologique.

On se propose (mais ce travail a déjà commencé), de « couvrir » une grande diversité d’événements publics mettant en jeu les usages artistiques du numérique, tout en suivant les évolutions des expérimentations de LOCUS SONUS, en axant ce suivi audio visuel sur ce qu’on appellera la “composante public” de ces expérimentations.

Ce travail d’enquête donnera lieu à une première restitution à mi parcours.

Cette restitution sera d’abord adressée à l’ensemble de l’équipe, de manière à ce qu’on puisse l’inscrire en amont du premier symposium et discuter ainsi en public des enseignements qu’on peut en tirer.

L’objectif de cette première étape sera alors, en aval du symposium, de pouvoir – et de manière corrélée – d’une part infléchir l’enquête sociologique en direction du recueil d’éléments d’information qui se seront avérés pertinents, et d’autre part d’infléchir les expérimentations de LOCUS SONUS selon des lignes de questionnements résonantes.''

SIGNIFICATION DE L’APPARITION DES FLUX COMME FORME D’EXPRESSION

(streaming, podcast, myspace, etc.)

remote/local

En s’appuyant sur le projet actuel du laboratoire, Locustream, basé sur l’ouverture de streams (micros ouverts) en des localités géographiques et maintenus par des collaborateurs (artistes, chercheurs):

  • Flux - renouvellement continu des contenus. Quelle est l'importance de la cadence/rythme? continu, journalier, irrégulier (blog - podcast). La notion du temps réel n'est-elle pas désuette ? - par contre les nouvelles formes d'expression ne sont-elles pas basées essentiellement sur la notion de renouveau (remise à jour) ? - révolution dans la notion de représentation sur la question de la multidimensionnalité (1).

À partir de la pratique expérimentale des flux streamings (pose de micros ouverts, développement de l’environnement serveur, explorations de traitements à la source des prises microphoniques, traitements d’écoute), se développent la construction de dispositifs précis de captation et de transmission. De la pratique continue de l’écoute, plusieurs procédures d’enregistrement (dans une modalité de “ralentissement” de ces flux continuels) sont abordées:

- l’interprétation voire la traduction par l’écriture descriptive des événements et des non-événements (Esther Salmona)

- l’enregistrement systématique de séquences sonores, de leur interprétation via des mixages et des traitements, et leur réinjection par la construction de podcasts pour produire de nouvelles écoutes et réceptions (Nicolas Bralet)

Une des caractéristiques du Web 2.0 est la transformation de toute forme de média en flux d'une manière ou d’une autre. Est-ce que l'on peut considérer que ce nouveau comportement désigne une rupture avec la pensée artistique "traditionnelle" pour laquelle le rôle de l'œuvre, tout au moins de l'œuvre plastique, est liée à la mémoire et à la conservation (peinture, sculpture, photographie, enregistrement ) ?

En effet contrairement au Web “1.0” dans lequel les sites et pages étaient conçues dans une pensée de permanence (relative), le Web 2.0 n'accepte pas l'immobilité. Les fils RSS, blogs, liens "amis" etc. contribuent à un système où le dynamisme domine par rapport au "contenus" - un site qui n'est pas renouvelé cesse d'exister. Est-ce que ces nouveaux modes de diffusion contribuent à une véritable modification du statut des médias ?

  • Réseaux - électroniques, humains, streams, l'implosion de la distance - sa réinterprétation (réincarnation du territoire) dans l'espace local.

Le dispositif Locustream s’est développé à partir de la captation continue de points de prise de son en des lieux géographiques répartis (dans différents points du globe). L’activation et la réalisation de ce dispositif ont demandé la construction de différents modules (dispositifs eux-mêmes): module de streaming/captation, module serveur / relais de diffusion, module de transduction / reconnaissance automatisée /réception , etc. La structure du dispositif est invisible: soit les points d’accroche sont très localisés (micros, récepteurs), soit l’innervation électronique est en réseau, rendant ainsi la distance entre émission et réception comme étant synchrone et sans distance. Comment chaque unité entreprend-elle la prise en compte et la restitution de la structure géographique en réseau?

  • Expérimentation des formes - Performance, Installation, interfaces utilisateurs (browsers logiciels distribués). Spatialisation, dispositifs d’écoute.

Le laboratoire LOCUS SONUS a très vite entrepris d’expérimenter des formes et de mettre en œuvre des réalisations publiques. Les premières réalisations ont donné lieu à des installations sonores (dispositif déployé dans un espace permettant la réception et le jeu des streams) à la fois “performées” par le public et par les membres de l’équipe (Lydwine Van der Hulst). Ceci nous a conduit à considérer plusieurs modes actifs de mobilisations du public et d’interroger les basculements entre installation et performance à partir d’un même dispositif. La question de l’incorporation (la prise en compte des corps) a été immédiate, le dispositif installation/performance “disposé” dans l’espace physique par l’utilisation des cordes en tant que “tuners” de streams. Ces conduites “spatiales” des écoutes (individuelles et collectives) amènent à “lire” dans l’espace - curseur - des moments sonores contrôlés par le déplacement. Les distances à parcourir sont des interprétations d’écoute de flux sonores continus et distants.

Dans le même temps, le serveur-relais pour les streams étant rendu accessible sur le site internet locusonus.org, nous avons pu considérer d’autres positions d’écoute à partir d’interfaces actualisées sur les flux et actives autant pour les émetteurs, les récepteurs et les auditeurs externes. L’écoute mobilise ainsi le flux sur une chronicité qui est celle de l’auditeur (celui-ci ou celle-ci construit son écoute, ce qui inverse la situation traditionnelle de l’objet écouté qui focalise l’auditeur).

Le traitement de l’espace physique de l’installation/performance devient une question majeure au sujet de la restitution sonore, c’est-à-dire de la spatialisation. Plusieurs pistes sont aujourd’hui ouvertes et en chantier quant à la spatialisation sonore constituant le “lieu” de l’installation / performance (Sabrina Issa) et quant à la construction de dispositifs d’écoute (Nicolas Bralet).

'''Comment la construction spatiale de la diffusion peut-elle répondre à la multiplicité des écoutes (et des émissions) et des interprétations ainsi qu’à la mise à jour continuelle des flux?

En quoi ces dispositifs peuvent devenir des “appareils d’écoute” (voire des instruments d’écoute) bouleversant la logique de focalisation qui domine les pratiques de “réception” ? (2)

Comment la mise en jeu d’échelles différenciées et hétérogènes (la provenance des flux, leur permanence et mise à jour, leurs traitements, etc.) peut déterminer et constituer des problématiques de construction d’espaces et de diffusions?'''


''(1) voir textes Jean Cristofol

(2) voir textes Jean Cristofol''


IMPACT DES TECHNOLOGIES MOBILES SUR L’EXPRESSION ARTISTIQUE

mobilité

L’équipe explore des configurations mobiles à partir des “instruments” et “appareils” expérimentés depuis le début du programme:

- streamer: environnement logiciel (PureData, Linux), environnement accès réseau (routeur) et environnement serveur (Icecast, PHP, mySQL), articulé à des capteurs microphoniques

- capteur pilotable: microphone parabolique wireless avec un développement des contrôles de captation et de traitements sonores

Les développements proposés sont dirigés vers l’extension du réseau actuel dans l'espace portatif:

  • investigation de l'espace sonore mobile personnel (par ex. téléphonie mobile) (Nicolas Maigret)
  • élargissement de cet espace vers le collectif (one to many - many to many)
  • extension de l'espace vers des outils de création audio-numérique (incorporation de microphones de bonne qualité): remote performance en temps réel, remote streambox, etc.
  • exploration de la modification de l'espace via le wireless - projet wireless parabolic mike& camera - (Collaboration avec le STEIM Amsterdam, l’ESA d’Aix-en-Provence, V2 Rotterdam)

La question de la mobilité devient cruciale et poursuit l’interrogation des points de vue que nous avons abordé plus haut à propos des pratiques de réception et d’émission. L’appareillage mobile et portable est devenu notre environnement de proximité autant pour recevoir que pour capter. Le portage des systèmes (et des programmes) dans des appareils de plus en plus “maniables”, autonomes du point de vue de leur énergie, légers et sans fil, induit les possibilités d’inter-communications d’appareil à appareil et de transferts d’informations (data, médias) pour contrôler ou alimenter des données sans les contraintes d’un contexte équipé.

Dans le cadre du projet Locustream, ces questions concernent plusieurs éléments du dispositif:

  • penser le point d’émission non plus comme un point fixe mais comme un point mobile par le développement d’une streambox issue du développement picoIP (par Jean-Pierre Mandon, ESA Aix-en-Provence en collaboration avec SAIC Chicago) et de la collaboration avec V2 Rotterdam (unité mobile de captation microphonique et de streaming audio: wireless à énergie solaire, adresse IP, système Linux, PureData)
  • permettre à la fois la réception et l’écoute de streams et la transmission de données traduites via la téléphonie mobile (soundtoys)
  • développer l’instrument de captation (wireless parabolic mike & cam) utilisé dans les performances, pour le traitement direct des sélections sonores environnementales (développement et recherche en collaboration avec le STEIM Amsterdam)


NOTES DU LABO

Argument

'''Audio Extranautes: Flux, Distance, Sociabilité

Modifications de l'espace sonore (personnel, social et artistique)

conséquentes des pratiques des environnements en réseau.'''

'''Audio Extranautes: Flux, Distance, Sociability.

Modifications to (personal, artistic and social) sound space, a

consequence of networked environments.'''

suite discussion: Communautés -> Sociabilité

référence: préparation de l'argument (juillet 2007)


> Alejo

Throwing in few words along the same lines... Flux, Distance, Community:

Alterations, Variations, Shifts, Deviations... means that search for paths to that what is not part of the classical academic interest (or commercialy driven R&D and incubators).

What is left out of the theory markets pushed by "national" agendas?

Are our art practices in "new" media making of us simple "early adopters" using certain technologies that will afterwards be massified (aka 3d caves, streaming, locative, sensor based augmented reality, mobile media, etc..)?

might be the symposium a place to reconsider other paths, shortcuts in the networks, undercurrents i/o bugs of the system?

By the way of the foucouldian(?) Heterotopies: diametrically opposed phenomena that melds temporary together and after a while drift apart again to operate autonomously (as stated in Variantology 1 Zielinski et al.)


There was also an invitation to think on the idea of smuggling, a concept i'm already interested since it's part of my dissertation topic in terms of life-coding (how code builds behavioral systems or even a world change technology) we have all this kinds of relations between techniques and modes of living... compression as a way to get a file to be smaller at the same time faster on its tele-transport and replication... compression then applies (or comes also) from/to urban planning and how cities build themselves for people to move in

a very small area and be able to gather food, money, entertainment and certainly work.. the same ol' vicious the cycle. In this terms:

where do we locate encryption in the proposed triad? Its in the flux?, is in the distant community? or above all, in the attemtp scape from the "societies of control". Encryption can also be located in metadata and develop a semantic interplay of defined objects in xml code.

we deal (as in drug deal) with all sort of ports, from proxy servers to refused smtp requests and voice or sound trans-ports... in terms of sound im interested in the topic of ilegal recordings, be it a

stream from a mic placed in a public space or a punched telephone line. Whats the vector that differentiates information traffic from information trafficking?

SSL - secure socket layer and the improved version TLS (based in SSL v3)

If machines can "reason" (analizing data in human-like ways)

what will be then the ways to define sounds between the protocols?


> Samuel

Pratiques artistes des environnements en réseau / Espace sonore / Espaces sociaux.

Cadre

Locus Sonus est un projet expérimental d’art sonore. En tant que projet artistique, sa visée centrale est d’enrichir la création dans le domaine des formes et/ou événements sonores. Ceci en ouvrant les registres créatifs au delà du compositionnel, aussi bien du coté des instruments – des « factures » — que des modes de distribution et de convocation aux évènements sonores. (Mises en espaces physiques et/ou sociaux).

Le fil – la fibre — du dispositif est de type stream/ streaming. Avec l’accent mis et sur la distribution des expériences et sur la temporalité. Un jeu esthétique certes, mais qui se trouve doté d’un minimum de règles. En tout cas, qui spécifie un éventail de plages à explorer.

En tant que telle, cette exploration déborde, empiète sur – et, partant, concerne — des questionnements plus ouverts avec lesquels elle est susceptible d’être mise en écho.

Cette mise en écho résonne dans les deux sens :

D’un coté l’exploration travaille des matières ou des questions qui se trouvent être dans le viseur de « collègues » — que leurs collèges en soient artistes aussi bien que scientifiques — et qui ont à gagner à partager ce que le dispositif Locus Sonus expérimente pratiquement. De l’autre, et réciproquement, ces rencontres sont de nature à apporter des enjeux de clarification théorique sur la nature plus large, ou la portée plus générale des expés Locus Sonus.

C’est à quoi servent les symposiums que nous organisons régulièrement.

Trois questionnements transverses ou zones d’adhérences problématiques.

Premier axe : art/technologie/science

Quelque chose d’inattendu s’esquisse et qui concerne les rapports entre ces trois univers. Le site Léonardo a ouvert la liste, conséquente, des artistes (en résidence ?) travaillant dans des laboratoires scientifiques. Quelques uns des exemples les plus frappants de ces encoches de travaux artistes dans les mondes scientifiques tournent précisément autour des arts et techniques de mise en son du monde.

« Mettre en le son le monde », c’est une des manières de définir ce que les streams opèrent.

Que l’esthétique des flux n’y soit pas forcément à visée scientifique, n’empêche pas, et au contraire rend d’autant plus intriguant, que les savoirs scientifiques puissent, pour avancer, en passer aussi par là. Une part irréductible d’aesthesis au cœur de la science ?

Ou encore, et pour creuser l’intrigue, de l’expérience proposée par Alvin Lucier, on dira quoi ? Que c’est une performance (saisissante), ou bien que c’est une expérimentation (brillante) sur les spectres de réverbération ? Dans les deux cas, cependant, une démonstration convaincante. Voir aussi cela en rapport avec le travail de Y Dauby ??)

Deuxième axe : La thématique de l’immersion :

environnement, ambiance, paysage.

Une des choses explorées par Locus Sonus, porte sur le transport d’environnements sonores.

Et le stream ouvre à la possibilité de creuser un sillon : celui du « paysage sonore partagé ».

Une des difficultés identifiées lors du premier symposium a été d’appliquer aux matériaux issus de ces transports la qualité de paysage sonore avant même que de parler de leur « partage ».

D’un coté l’expérience du transport d’ambiance est sans doute du type « limite », mais de l’autre la visée artiste n’en n’est pas quitte, au sens où elle essaie néanmoins d’intégrer des « étendues sonores » — ou en tous cas des sons qui emportent ou importent avec eux le sens de leur étalement, dans la construction même de ses pièces/espaces sonores (moins des sources que des bassins). S’y expérimente en tous cas un type d’écoute.

Là aussi l’expérience Locus Sonus est concernée, fût-ce à la marge, par l’esthétique de l’immersion. Cette dimension y est cependant vacillante, et plus qu’un défaut c’en est peut être une qualité. Plutôt, en effet, que de mettre l’effet immersif à la seule charge d’un dispositif (fût-il fautif), cela invite à travailler – et du coté des sciences sociales – les registres immersifs attenants à nos pratiques ordinaires. Moins, ou en tout cas tout autant qu’un effet d’artifice, l’immersion (le sens d’immersion) est une composante routinière qui nous permet de nous placer dans des espaces « naturels ». A preuve : nous sommes tous capables de discriminer nos environnements (et d’y ajuster nos gestes) selon ce que nous reconnaissons comme des ambiances attachées aux lieux.

La fragilité immersive de Locus Sonus se coltine (et du coup peut révéler) les solidités immersives du « premier monde ». Voilà un chantier qui concerne les sciences sociales. Il y a là en tout cas un plan de confrontation possible, en ce qui concerne la saisie des effets d’immersion, confrontation entre deux abords exploratoires de ces effets, les uns du coté de leur génération sensorielle, les autres du coté des prises ou des greffes de ces offres sur le déjà là de nos ambiances ordinaires.

Troisième axe : « audio extranautes ».

Le développement du stream, de ses technologies, se situe de facto dans un mouvement plus ample qui est celui d’une imprégnation progressive des ressources du numérique dans l’expérience sociale et humaine. La « toile », qu’on avait placé en vis-à-vis du monde, comme une innervation excédentaire et possiblement menaçante, s’invite et s’infiltre désormais au plus prés, de même que, réciproquement, elle est devenu un appui ordinaire de nos engagements dans le « premier monde » ou de nos « vies premières ». Cette étreinte qui se resserre cerne nos corps, qui la portent aussi bien qu’ils sont portés par elle.

Ainsi, les visionnaires, astreints au dur labeur d’exhiber avant tout le monde – non seulement avant tout le monde, mais avant la pointe avant gardiste de ce « tout le monde » — enjoints donc d’exhiber des différences inaperçues, et parlant donc du Web 3.0, en parlent comme d’un « Web » plus ambiant. (Tim O’Reilly)

Les explorations en cours de Locus Sonus, leur montée en mobilité, sont synchrones avec un mouvement plus général, qui mixe virtuel et réel. Lequel mouvement est désormais instrumenté de manière massive notamment par les majors du continent « télé » (phone etc..). Ou bien, les jongleurs entre audio et réseaux, à la fois connectés et « ici là », à la fois capteurs et diffuseurs sont légion, déjà, et souvent dans nos rues.

Certains sociologues ont commencé de documenter ces « profils », soit dans les usages ordinaires du baladeur (Christian Licoppe), soit dans des expériences, souvent ludiques, qui jouent sur les entrelacs des relations « flesh and bones » et les relations médiatées (MarcRelieu, Dana Diminescu...)

Voilà un autre point de rencontre et d’échange.


Version 2 (Texte corrigé et complété, 15 nov 2007)

Introduction

Le laboratoire de recherche en art Locus Sonus audio in art (École Supérieure d'Art d'Aix-en-Provence, École Nationale Supérieure d'Art de Nice Villa Arson, auxquelles s’associe l’École Supérieure des Beaux-Arts de Marseille à partir d’octobre 2007) propose des processus de travail et de réalisation qui combinent l'expérimentation pratique « contrôlée » (dans le sens où les productions du laboratoire sont de l’ordre de la réalisation artistique) et l'évaluation critique en interrogeant collectivement les environnements sonores selon deux axes: audio en espace, audio en réseau.

1.Présentation de Locus Sonus

Le laboratoire s’appuie sur un fonctionnement de recherche combinant :

  • la candidature à des contrats de recherche (DAP, MRT, CNRS, ANR) en association avec le laboratoire de sociologie LAMES (MMSH/CNRS) de l’Université de Provence,
  • l’articulation des symposiums et du Conseil Scientifique pour le suivi de la recherche et pour la transmission et la publication des états de recherche,
  • la constitution d’une équipe à partir de recrutements d’artistes et de chercheurs sur des programmes annuels (3ème cycle) articulant expérimentations, développements et réalisations artistiques publiques, en collaboration avec un réseau de partenaires nationaux et internationaux, et travaillant à temps plein sur les projets de recherche du laboratoire,
  • la mise à disposition des ressources, techniques et documentaires, à destination des enseignements des Écoles d’Art par l’organisation de séminaires et de workshops et par la collaboration pédagogique (assistances, cours et ateliers, programme d’échanges), et à destination des communautés artistique et scientifique par des modes de publication en ligne (site web locusonus.org, listes de diffusion, wikis et blogs) et de collaboration sur des projets externes proposés.

Locus Sonus s'engage dans la construction de formes et de dispositifs autour des pratiques de streaming et plus génériquement celles d’interactions d'espaces sonores, entre espaces virtuels et espaces physiques, selon des environnements d'installation et de performance.

Dans le cadre du projet Locustream, ces flux sont des "micros ouverts" qui captent de façon continue des paysages et des "fenêtres" sonores et qui deviennent ainsi des matériaux/phonographies "jouables" et interprétables. Les échanges et collaborations pour la mise en place de ces micros font partie intégrante de la méthodologie de la recherche, dans le sens où les technologies et les protocoles utilisés sont également interrogés et expérimentés par le biais de la construction de réseaux humains et sociaux.

Ces dispositifs s’articulent les uns les autres, entre installations et performances, entre interfaces en ligne et espaces physiques, entre manipulations et écoutes, et interrogent les passages entre les pratiques et les formes qu’ils constituent.

Ainsi les projets menés peuvent donner lieu à des circulations de propositions, voire des « plugs » d’éléments de dispositif dans un autre ou des développements localisés de ceux-ci, entre le travail en commun de l’équipe, les pistes et expérimentations suivies par chaque membre (pour la réalisation de projets) et les propositions développées par les partenaires et par les collaborateurs. Ceci est fonctionnel dans des mécanismes de va-et-vient et de « feedbacks », qu’ils soient entre des pratiques, des développements techniques ou des réflexions et investigations théoriques, pour qu’ils nourrissent d’une manière ou d’une autre le fonctionnement et les travaux du laboratoire Locus Sonus.

Les dispositifs développés par le laboratoire font appel :

  • à la production et à la diffusion de multiples flux sonores captés par un réseau de microphones disséminés dans des lieux géographiques autour du globe et maintenus par des complices et des collaborateurs, via un environnement serveur spécifiquement programmé,
  • à la construction d’interfaces en ligne d’écoute, en direct et en différé, des streams et de réalisations issues de pratiques de composition et d’interprétation, à partir de ces streams,
  • à la réalisation d’installations et de systèmes de corrélations spatiales et d’écoute, autour des notions de mixed realities, d’interactions remote/local, de résonances et de spatialisation, donnant lieu à des installations artistiques,
  • aux développements d’appareils mobiles de performance et de captation sonore en direct, pilotables et contrôlables, permettant de streamer de point à point.

Ces dispositifs s’articulent les uns les autres, entre installations et performances, entre interfaces en ligne et espaces physiques, entre manipulations et écoutes, et interrogent les passages entre les pratiques et les formes qu’ils constituent.

2.Présentation du cycle de symposiums

« les nouvelles perspectives de l'espace acoustique dans ses prolongements via les réseaux électroniques »

L’objet principal du cycle de symposiums Audio Extranautes investit les questionnements relatifs à l’interaction des espaces physiques et numériques dans de multiples dimensions à partir des mises en œuvre des projets et des expérimentations du laboratoire Locus Sonus.

Les pistes de recherche proposent d’ouvrir un champ d’attention et d’expérimentation autour de l’intrication et l’innervation des “espaces” vus comme différenciés (en réseau, physique et virtuel) du point de vue des pratiques sonores numériques et des étendues acoustiques (Locus Sonus) ainsi que du point de vue de la sociologie dans le cadre de la collaboration sur ces questions avec le LAMES/ CNRS. Ils se problématisent sur l’interrogation et l’instabilité de ce que l’on entend habituellement par “coupures” ou “frontières” entre le numérique et le physique, et de ce que l’on comprend par “temps réel” et par “différé” (ou fixe) au regard de l’expérimentation des flux.

C’est l’exploration des espaces acoustiques qui est menée dans le cadre du laboratoire LOCUS SONUS ainsi que l’approche de nouvelles distinctions, voire de capacités, de l’instance “auteur” et de celle “auditeur”, au travers des développements conjoints, artistiques et industriels, des environnements en réseau.

La notion d’extranaute est au cœur de ces problématiques et couvre plusieurs interrogations :

  • manifestations dans l’espace physique des projets en réseau (extranautes, mondes virtuels, nouvelles scénarités)
  • signification de l’apparition des “flux” comme forme d’expression (streaming, etc.)
  • impact des technologies mobiles sur l’expression artistique (interfaces de performance wifi, relais et terminaux wifi pilotables, etc.)

Ces projets issus des expérimentations artistiques menées en continu par le laboratoire évoluent sur des questions d'interaction entre espaces physiques/virtuels. La notion d'extranaute interroge, dans un sens élargi, l'individu ou la communauté naviguant et actant dans des va-et-vient entre le on-line et le off-line.

Dans le cadre de la réflexion sur la fluidité des flux, l'interrogation des points, en tant que lieux locaux et situés, sédentaires, c'est-à-dire d'où l'on émet et d'où l'on reçoit, a été envisagée lors des derniers symposiums Audio Sites et Audio Geo, mais que se passe-t-il lorsque ces mêmes points se déplacent simultanément, sont mobiles, c'est-à-dire changent continuellement d'espaces? ils naviguent (-nautes) entre et d'un point à un autre (extra-, hors de). Les points fixes sont mobiles, stables et instables, sont continuellement situés, incorporés, découvrant des espaces différents de réception, d'écoute et d'émission, de captation. Ils fluctuent tout en étant singuliers. Ils sont à expérimenter et à éprouver car il n'y a plus d'aplomb et de centre d'interprétation. Tout en fluctuant ils jouent des espaces traversés, des résonances de ceux-ci, des répercussions et impacts rendus acoustiques de ce qui serait sans résonance et sans sympathie, anacoustique. L'un pour l'autre, ces points sont virtuels, quelque soit le lieu. Seuls les imaginaires excités par ces fantômes reconstituent ces espaces distants (la désignation ou la localisation du lieu est-elle importante ?). Chaque auditeur, chaque "streameur" imagine l'autre à partir de ses mémoires et de ses perceptions: de lieux, de contextes, de gestes, etc. L'un s'imagine composant l'autre, l'étendue de l'autre, l'étendue de son espace.

Dans le flux il y a écoulement, écoulement sans destination, sans que le destinataire soit a priori désigné. L'émetteur/expéditeur est localisé, son microphone sélectionne un périmètre et un volume difficilement stable. Le destinataire impromptu règle son écoute de l'impermanence du flux permanent. Les interfaces (dispositifs et installations) permettent de "répéter" l'écoute sans grapher ce qui s'écoule, ce qui est non itératif. Les dispositifs (développés par le laboratoire) sont itératifs, leur contenu non (les flux streamés), car celui-ci est continuellement mis à jour : nous n'en percevons que son actualité à distance et ses sillages en différé (persistances et résistances).

Est-ce que le gramme du son (gramophone), – ou bien faut-il envisager aussi le gramme de l'écoute ? –, amène à constituer des pratiques et des écritures possibles à partir des dispositifs et des appareils de streaming et de réception que nous développons ? L'auditeur diffère et révèle les dispositifs de composition et d'écoute par ses propres expériences des appareils. L'espace auditeur est, aujourd'hui et pour l'instant, physique (proprioperceptif), tout comme celui de l'émetteur, ouvrant dans ses contextes fenêtre après fenêtre – fenêtre mobile de la captation sonore –. L'interaction n'est actuellement possible qu’à l’aide des dispositifs (Tuner, Promenade, SoundMap, etc.), ceux-ci étant imprégnés des captations en direct, des matériaux inattendus incessamment rafraîchis, mis à jour et qui échappent toujours, alors que l'on y répète ses gestes et ses parcours. Pourtant l’appréhension des localités et le tissage de ces localités ne sont pas embrassés par l'auditeur, à part dans l’imaginaire et les fictions qui se dégagent de ces images et fenêtres sonores. Nous lui signifions le nom du local (par exemple par la projection du nom du lieu de l'émission, ou encore par les informations locales quant à la description textuelle et visuelle fournie par les ouvreurs de streams), sans que cet auditeur n’envisage simultanément et d’emblée les autres permanences, en attendant qu'une pratique des lieux virtuels en naisse. Le dispositif relie les lieux. Mais comment ?

Au sein des projets du laboratoire de recherche, les pratiques de relations et d'interconnexions entre lieux peuvent construire des sympathies, des résonances et des dissonances. Ce qui est sympathique est invisible, il doit être excité à bonne longueur d'onde pour qu'il se détache des apparences physiques. Le lieu volume peut devenir acoustiquement plus habité qu'habituellement (l’habitude des espaces visuels), complexé de facettes nombreuses et de situations variées des corps lorsqu'on le fait résonner. Le croisement et la concomitance des espaces deviennent des résonances qui interagissent entre elles; lorsque les corps d'écoute se déplacent, ils changent le paysage. Toute résonance est éprouvée et donne la perception de sa propre localité (en tant qu'émetteur et en tant qu'auditeur).

Qu'en est-il lorsque les corps ne croisent pas les espaces résonants dans leur physicalité, lorsque les modèles résonants sont transmis à distance (à l’instar du projet Silophone du collectif canadien The User) ou sont construits dans des espaces anacoustiques (Second Life), puis réinjectés, repliés dans l'espace physique d'écoute ? Le stream (sonore) recompose des espaces et des étendues par la reconnaissance, par les mémoires, par la signature des contextes, des sites et des lieux ; de son côté le stream d'espaces (d'excitation et de résonance) compose de tiers espaces à définir.

De contextes stables (du lieu d'émission, du lieu d'écoute, du lieu du dispositif) nous en mesurons à présent les instabilités et les variabilités lorsque les sympathies (d’espaces, de sons, etc.) entrent en jeu : situations, ambiances, immersions, environnements, etc. – autant de termes et de pratiques à explorer par la suite dans notre recherche – . L'abord public devient en supplément expérientiel, plus navigant, plus variable, plus constitutif, passant d'un espace à un autre, d'un voisinage à un autre. L'espace paradoxal (numérique, résonant et calculé) prend-il une physicalité et une matérialité plus grandes par l’accroissement des imaginaires et des perceptions imaginées ? Nos espaces physiques ne s'y retrouvent-ils pas plus agrandis, plus étendus, largement perçus, amplifiés et modifiés ?

Le rôle de l’imagination (ou plus exactement de la fiction) oscille entre mimétisme et reconnaissance : la pratique des espaces sonores numériques, ou mieux virtuels, non seulement influe sur nos perceptions dans les environnements physiques mais modifie, courbe, également celles-ci et enfin initie des pratiques et des perceptions physiques indexées sur la virtualisation et pourtant bien réelles et éprouvées. Il s’agirait de les distinguer et de mettre à jour cette translation des pratiques virtuelles (et en réseau) dans nos contextes, tant nous connaissons le mouvement inverse, celui de ramener (mimétiquement) dans le virtuel nos activités physiques et la simulation de nos perceptions.

Une des activités et des expérimentations développées par le laboratoire Locus Sonus porte sur le transport d’environnements sonores par les appareils, les techniques et les technologies de streaming. Le stream ouvre la possibilité de creuser un sillon : celui des pratiques de paysages sonores partagés. Ce point de vue pourrait être à nouveau ré-interrogé selon d’autres angles en prenant appui sur le Mémoire éponyme de Yannick Dauby (Mémoire de DEA, École de l’Image, Angoulême, 2002). Une des difficultés identifiées lors du premier symposium (Audio en espace, audio en réseau) a été d’appliquer aux matériaux issus de ces transports la qualité de paysage sonore avant même que de parler de leur « partage ».

D’un coté l’expérience du transport d’ambiance est sans doute du type « limite », mais de l’autre la visée artiste n’en n’est pas quitte, au sens où elle essaie néanmoins d’intégrer des « étendues sonores » — ou en tous cas des sons qui emportent ou importent avec eux le sens de leur étalement, dans la construction même de ses pièces/espaces sonores (moins des sources que des bassins). S’y expérimente en tous cas un type d’écoute.

Là aussi l’expérience Locus Sonus est concernée, fût-ce à la marge, par l’esthétique de l’immersion. Cette dimension y est cependant vacillante, et plus qu’un défaut c’en est peut être une qualité. Plutôt, en effet, que de mettre l’effet immersif à la seule charge d’un dispositif (fût-il fautif), cela invite à travailler – et du coté des sciences sociales – les registres immersifs attenants à nos pratiques ordinaires. Moins, ou en tout cas tout autant qu’un effet d’artifice, l’immersion (le sens d’immersion) est une composante routinière qui nous permet de nous placer dans des espaces « naturels ». A preuve : nous sommes tous capables de discriminer nos environnements (et d’y ajuster nos gestes) selon ce que nous reconnaissons comme des ambiances attachées aux lieux.

La fragilité immersive de Locus Sonus se coltine (et du coup peut révéler) les solidités immersives du « premier monde ». Voilà un chantier qui concerne les sciences sociales. Il y a là en tout cas un plan de confrontation possible, en ce qui concerne la saisie des effets d’immersion, confrontation entre deux abords exploratoires de ces effets, les uns du coté de leur génération sensorielle, les autres du coté des prises ou des greffes de ces offres sur le déjà là de nos ambiances ordinaires.

« audio extranautes »

Le développement du stream, de ses technologies, se situe de facto dans un mouvement plus ample qui est celui d’une imprégnation progressive des ressources du numérique dans l’expérience sociale et humaine. La « toile », qu’on avait placé en vis-à-vis du monde, comme une innervation excédentaire et possiblement menaçante, s’invite et s’infiltre désormais au plus prés, de même que, réciproquement, elle est devenu un appui ordinaire de nos engagements dans le « premier monde » ou de nos « vies premières ». Cette étreinte qui se resserre cerne nos corps, qui la portent aussi bien qu’ils sont portés par elle.

Ainsi, les visionnaires, astreints au dur labeur d’exhiber avant tout le monde – non seulement avant tout le monde, mais avant la pointe avant gardiste de ce « tout le monde » — enjoints donc d’exhiber des différences inaperçues, et parlant donc du Web 3.0, en parlent comme d’un « Web » plus ambiant. (Tim O’Reilly)

Les explorations en cours de Locus Sonus, leur montée en mobilité, sont synchrones avec un mouvement plus général, qui mixe virtuel et réel. Lequel mouvement est désormais instrumenté de manière massive notamment par les majors du continent « télé » (phone etc..). Ou bien, les jongleurs entre audio et réseaux, à la fois connectés et « ici là », à la fois capteurs et diffuseurs sont légion, déjà, et souvent dans nos rues.

Certains sociologues ont commencé de documenter ces « profils », soit dans les usages ordinaires du baladeur (Christian Licoppe), soit dans des expériences, souvent ludiques, qui jouent sur les entrelacs des relations « flesh and bones » et les relations médiatées (Marc Relieu, Dana Diminescu).

Voilà un autre point de rencontre et d’échange.

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