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1883 __ « Ignis »
Didier de Chousy (?-?)
Comment : “Ignis” by Comte Didier de Chousy tells of certain engineers who attempted to utilize the internal heat of the earth by running the waters of a lake into a deep boring. The result was an explosion that blew off a piece of the planet. But the passengers on this artificial asteroid on looking down through their well at the earth they had left could see the lake and city undisturbed and watch themselves at work as they were before the place blew up. The explanation was that this fragment of the earth was projected into space more rapidly than the speed of light and so was catching up with the rayhs that had gone out before the explosion; these rays, of course, carried out the picture of earlier scenes. (In "Easy Lessons in Einstein; A Discussion of the More Intelligible Features of the Theory of Relativity", by Edwin Emery Slosson, 1920)Didier de Chousy presents in his book ‘Ignis’ a “telechromophotophonotetroscope” which, starting from contemporary discoveries, authorizes the electric reproduction of a person : an almost synoptic succession of instantaneous photographic proofs, which reproduce electrically the face, the speech, the gesture of a absent person with a truth which is equivalent to the presence.
French comment : Le roman “Ignis” est injustement oublié, y compris par la plupart des historiens de la science-fiction. Publié en 1883, il a été réédité à deux reprises en 1884 et la 3ème édition porte la mention "Ouvrage couronné par l'Académie française". Les éditions Slatkine ont publié un facsimile de l'édition originale en 1981 et la Bibliothèque nationale a eu la bonne idée de rendre cette oeuvre accessible sur son site Gallica. L'idée de base du roman pourrait être celle d'un roman de Jules Verne : un inventeur a mis au point un système capable de capter l'énergie du feu du centre de la terre. Mais, plus que d'un roman d'anticipation, il s'agit d'une véritable dystopie décrivant une société dominée par la technique - et en particulier les technologies de communication - au point d'être détruite par une révolte des instruments de transmission. Contemporain du Vingtième siècle de Robida, Ignis développe d'une manière plus inquiétante les thèmes liés à l'hypothèse de la vision à distance : celui de l'ubiquité formulé dès 1878 par le Professeur Adriano de Paiva dans son article "A telefonia, a telegrafia e a telescopia" et celui de la suppression de l'absence. Deux appareils de vision à distance - sans qu'on en comprenne bien la différence - sont évoqués : le tétroscope et le téléchromophoto- phonotétroscope. Le premier terme semble bien être une parodie par contraction du terme télectroscope, proposé en 1877 par Louis Figuier et repris par de Paiva mais aussi par le français Constantin Senlecq dont la brochure “Le télectroscope” est parue en 1881 et a trouvé un écho dans la presse de vulgarisation scientifique parisienne. Quant au second, il pourrait bien être un perfectionnement par développement du téléphonoscope proposé en 1878 par George Daphné du Maurier et qu'Albert Robida allait reprendre dans son Vingtième siècle. (André Lange)Didier de Chousy présente dans Ignis un " téléchromophotophonotétroscope " condensé des découvertes contemporaines qui, sans aucun doute, autorisera la reproduction électrique d’une personne.
Original excerpt : « [...] Une succession presque synoptique d'épreuves photographiques instantanées, qui reproduisent électriquement la figure, la parole, le geste d'une personne absente avec une vérité qui équivaut à la présence. [...] Première Partie.Chapitre 5.Lord Hotairwell, décidé à tenir son rang et à recevoir aussitôt que la ville aura des habitants, s'est fait construire dans Hotairwell square, une fort belle maison dont il prête obligeamment une salle aux réunions du conseil : vaste pièce, ayant l'aspect révère d'usage, meublée d'une table à délibérer qui supporte les récepteurs téléphoniques et télégraphiques correspondant à l'atelier souterrain, ainsi que, le tétroscope, miroir du lointain, mirage canalisé qui réfléchit le spectacle absent, qui permet aux administrateurs de suivre, même pendant la séance, les moindres détails des travaux , et de discuter avec une compétence inconnue aux administrations qui n'ont pas de tétroscope, et qui n'y voient pas de loin. [...] Les habitants d'Industria se trouvent si bien chez eux qu'ils n'en sortent guère, quoiqu'ils puissent y rester tout en en sortant. L'absence, ce mal des âmes tendres, a été supprimée. On est ubiquiste, en même temps chez soi et ailleurs : résultat obtenu en perfectionnant un moyen proposé jadis pour transmettre les télégrammes sans fil, sans autre conducteur que le milieu ambiant. D’autres instruments semblables, mais de dimensions moindres, en forme de miroirs à barbe ou de globes, épars ça et là, facilitent une incessante surveillance et mettent M. Hatchitt dans l’impossibilité de s’absenter ou de se ralentir, sans que l’administration supérieure en soit immédiatement informée.Première Partie.Chapitre 8.[...] Je vais vous donner un exemple à votre portée, poursuivit M. Hatchitt, en se campant dans la pose d’un escamoteur. Je prends un employé du télégraphe, le premier venu, qui n’est pas préparé. Par un moyen très simple, par la parole, je fais entrer en lui le télégramme que je désire expédier. Il reçoit mes idées dans sa pile crânienne, les transmet, par son céphalo-rachidien aux bobines de ses doigts reliées à une bobine Rhumkorff, dans laquelle son fluide animal s’écoule, se renforce ete prend son élan. L’employé de la station destinataire tient à la main le fil conducteur, reçoit de même mon message; sur les doigts, et le résorbe, par sa moelle épinière, dans son cervelet qui s’en décharge sur mon correspondant. Économie d’appareils, suppression des récepteurs Morse, des claviers Hughes, des enregistreurs autographiques, pantélégraphiques, pantographiques ! Trajet direct de la pensée, sans ambages et sans bagages ! Tête-à-tête à toute distance ! Progrès incommensurable ! et qui n’est pas plus difficile que cela, conclut M. Hatchitt, en faisant claquer ses doigts comme un jongleur, quand le tour est fini et la muscade disparue. [...]Première Partie.Chapitre 11.Car le temps n’est ni une nuit, ni un lointain, ni une ombre; le temps ne coule pas comme un fleuve; il est stagnant comme un lac ou mieux, il n’est qu’un mot : l’idée pure repousse ce fractionnement du l’espace chronologique, et ne voit sous un même ciel que des horizons à égale distance, mais diversement éclairés. Le présent, le passé, l’avenir sont des fictions à l’usage de l’homme, qui est petit et myope, qui rétrécit les choses à sa mesure, qui morcelle la distance en lieues, l’horizon en plans, la durée en jours, lorsqu’il n’existe qu’un espace, qu’un jour, qu’un soleil qui jamais ne se lève et jamais ne se couche.Deuxième Partie.Chapitre 2.Confortable City. C’est aux abords de la ville, au sein de l’activité fourmilière des faubourgs, qu’il faut voir cette population d’automates [Enginemen, Amophytes], empressée aux travaux qui lui sont confiés : les facteurs express et les commissionnaires à vapeur; les forts de la halle, à air comprimé, hercules en fer, à la marche pesante, portant sur leurs épaules des montagnes de fardeaux; les fiacres à grande vitesse, retenus avec peine par leurs cochers mécaniques qui, pour se faire place, cinglent, à grands coups de fouet électriques, cette plèbe de métal, qui reçoit la décharge et s’écarte en hurlant; les phonographes qui transmettent des ordres ou des nouvelles, qui lisent à haute voix les journaux dont leur panse est remplie; les microphones à l’oreille fine, gavroches indiscrets et gouailleurs, qui redisent tout ce qu’ils entendent, crient les confidences qu’ils ont surprises, mugissent comme des taureaux à l’oreille des sourds, et ajoutent, au tumulte affairé de la rue populeuse, la surenchère de leurs ébats joyeux. […]Deuxième Partie.Chapitre 3.Plus de Bonheur Encore. Les habitants d’Industria se trouvent si bien chez eux qu’ils n’en sortent guère, quoiqu’ils puissent y rester tout en sortant. L’absence, ce mal des âmes tendres, a été supprimée. On est ubiquiste, en même temps chez soi et ailleurs : résultat obtenu en perfectionnant un moyen proposé jadis pour transmettre les télégrammes sans fil, sans autre conduteur que le milieu ambiant; moyen abandonné, parce que les premiers télégrammes livrés à leur instinct s’égaraient, que l’électricité volage acceptait trop de conducteurs et se livrait à tous les électrodes; puis réétudié et amené à bien par les ingénieurs d’Industria qui sont parvenus à domestiquer le fluide, à lui créer des affinités, pour ne pas dire des affections, qui le rendent fidèle à un conducteur, à un pôle. Électricité animalisée et apprivoisée qu’il suffit de mettre une fois en contact avec son maître, de le lui faire sentir et toucher, pour que ce véritable chien courant magnétique s’attache à ses pas ou retrouve sa piste. Le téléchromophotophonotétroscope, inventé dans le même temps, par les mêmes physiciens, supprimait l'absence d'une manière plus radicale encore. La téléchromophotophonotétroscopie est, comme on le sait, une succession presque synoptique d'épreuves photographiques instantanées, qui reproduisent électriquement la figure, la parole, le geste d'une personne absente avec une vérité qui équivaut à la présence, et qui constitue moins une image qu'une apparition, un dédoublement de la personne de l'absent. Cet appareil, très simple, se compose d'un chromophotographe qui donne l'épreuve en couleur, d'un mégagraphe qui l'agrandit, d'un sténophonographe qui recueille et inscrit les paroles du sujet, aidé par un microphone qui les amplifie, et emmanché dans un téléphone qui se concerte avec un tétroscope pour propager l'image et le son. Les différentes portions de l’instrument totalisent leurs efforts et en versent le produit dans un récipient commun appelé Phénakistiscope, lorgnette acoustique au moyen de laquelle on voit et on entend. Il va de soi qu’en modifiant convenablement la marche du système, on peut à volonté faire comparaître l’absent ou lui apparaître soi-même. La création des diverses parties de cet appareil remonte à plusieurs années, mais l’honneur revient aux savants d’Industria d’en avoir fait la synthèse et la soudure. On comprend tous les bienfaits d’un pareil instrument et toute l’activité qu’il imprimait aux relations. Plus d’isolement ni de solitude : de gré ou de force, on recevait à toute heure la visite spectrale d’un ami absent, de parents de province ou de voisins oisifs, venant familièrement passer une heure ou quelques jours chez vous. Aussi, quelle union de tous les habitants de ce pays, liés en une seule famille par des fils si serrés qu’on en pourrait couper un membre sans faire crier tout le corps, ni tirer un cheveu sans arracher la touffe ! L'invention qu'on vient de décrire s'appliquait aussi aux spectacles, où l'on n'allait pas, puisqu'on pouvait s'en procurer les charmes chez soi. Aussi les théâtres n'étaient-ils, en dépit de leur magnificence, que des boîtes à musique, des fabriques de drames dont la téléchromophoto-phonotétroscopie portait les produits à domicile; et dont le trop-plein, s'échappant par la coupole diaphonique, dont chaque salle est pourvue, s'épandait dans l'atmosphère et l'imprégnait d'harmonie. La musique était encore mise à la portée de tous par un procédé qui n’est pas sans analogie avec celui de MM. Cailletet et Pictet, pour la solidification des gaz, et qui consiste à comprimer les vibrations sonores sans les éteindre, comme on presse un ressort sans le briser; et à les concentrer à ce point qu’une opérette peut tenir dans un litre, et une chanson à boire, dans un verre. L’un des meilleurs plaisirs de la table était de déboucher à dessert, un brindisi, une polka, une valse, dont les notes, pétillantes comme du vin de Champagne, détonnaient à plein goulot. Quelquefois, de jeunes Amophites s’amusaient à faire boire les restes mêlés de ces bouteilles harmoniques à des phonographes et à des microphones qui s’en allaient, en état d’ivresse, baver par les rues ce concert discordant. [...] La nef est aménagée en salle législative : c’est là que se tient l’Assemblée, dans les jours solennels. Pour le courant de la vie parlementaire, les séances ont lieu dans une armoire où siègent deux cent bouches de téléphones, reliées à celles des deux cents députés qui de la sorte, sans sortir de chez eux, assistent aux séances et prennent part aux débats. Posé sur une table, au centre de ces appareils, un Phonographe-président avale les discours et rend les décrets. Ces sortes de séance sont d’ordinaire paisibles; parfois, cependant, des orages éclatent dans l’armoire qu’on prendrait alors, tant il s’y fait de tapage, pour un tambour rempli de lapins enragés. Ces jours-là, le peuple assemblé devant ce placard, friand, comme tous les peuples, de voir fonctionner ses rouages politiques, s’amuse à recueillir les miettes du bruit qui s’échappent par les fentes. Au reste tous les citoyens, abonnés au réseau téléphonique, peuvent assister de loin aux séances, comme les députés; ils peuvent aussi, dans les cas d’urgence, envahir téléphoniquement la salle, monter à la tribune, chasser le phonographe et renverser le pouvoir, sans déplacement, sans perte de temps, sans fatigue, et tout en vaquant à leurs occupations habituelles. [...]Deuxième Partie.Chapitre 5.Une Révolution Mécanique. [...] Dans le même temps, s’étant rendus maîtres de tout le réseau des fils et des tubes, qui se centralise à l’Hôtel de Ville, ils avaient emmêlé ces tubes dans ces fils au point de rendre les transmissions inintelligibles et dangereuses; ils envoyaient par ces conducteurs des décahrges électriques, éclairs énormes, imprégnant les parois de l’édifice qu’on en pouvait plus toucher sans ressentir un choc. L’atmosphère de la salle en était saturée, une poignée de amin amenait un échange d’étincelles entre ces corps électrisés, secoués comme des grenouilles sous l’arc voltaïque; moins semblables à des hommes qu’à des trembleurs électriques, à des automates, à des Amophytes sans autorité sur leurs membres, inhabiles à garder la dignité d’attitude nécessaire en un pareil moment. Tous les appareils de transmission, ainsi transformés en agents malfaisants et en outils de révolte, vomissaient, suivant leurs aptitudes, des grêles de projectiles ou des torrents d’injures que les microphones prenaient le soin de grossir, que les phonographes enregistraient et répétaient avec un entêtement de machine, mêlant leurs voix criardes aux coups de tonnerre du marteau-pilon. Téléphones devenus cacophones et phonographes cacographes; confusion des langues embrouillées en écheveaux de fils de fer; tubes atmosphériques transformés en pièces de canon dans lesquelles ces barbares, chargeant des citoyens paisibles, les lançaient avec une telle violence que, partis boulets, ils arrivaient mitraille, mitraille de lambeaux humains. [...] »
Source : Chousy, Didier de (1883), “Ignis”, Berger-Levrault, Paris, 1883.
Source : Milner, Max (1995), "Le Thème de la Communication à Distance dans quelques œuvres de science-fiction", In "Hermès sans fil — Imaginaire de la communication à distance", edited by Alain Montandon, Presses Université Blaise Pascal, p. 37.
Source : Lange, André (1986), “Stratégies de la musique”, Pierre Mardaga, Bruxelles-Liège, 1986.
Urls : http://histv2.free.fr/litterature/de_chousy.htm (last visited )

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