NMSAT :: Networked Music & SoundArt Timeline

1881 __ Transmission à grande distance, au moyen du téléphone, des représentations musicales''' '''(Concerts téléphone)''' (Long-distance broadcasts of music — telephone concerts)
French comment : Après l'application du téléphone aux communications à l'intérieur des maisons, ateliers et bureaux, il importe de signaler le fait extraordinaire de la transmission à grande distance, au moyen du téléphone, des représentations musicales. Tout le monde sait qu'en 1881 on a vu, pour la première fois, réalisé à Paris, le phénomène merveilleux des pièces de l'Opéra entendues au Palais de l'Industrie, grâce à l'instrument qui nous occupe. Comment était-on parvenu à ce résultat, inouï jusque-là? M. Ader, l'ingénieur de la Compagnie des téléphones, avait disposé le long de la scène de l'Opéra, de chaque côté du trou du souffleur, douze transmetteurs téléphoniques, en tout semblables à ceux qui sont employés pour la correspondance entre particuliers. Des fils souterrains mettaient ces transmetteurs en communication avec le Palais de l'Industrie, où une salle avait été convenablement aménagée pour amortir les bruits extérieurs. Là, les amateurs, l'oreille collée au récepteur téléphonique ordinaire, entendaient, avec une profonde surprise, les chœurs, les chants et les divers bruits de la salle de l'Opéra. Rien ne peut donner l'idée de ces auditions théâtrales aveugles, pour ainsi dire, où, sans rien voir, mais seulement par le sens de l'ouïe, on recevait l'impression toute vibrante de la représentation qui se donnait à l'Opéra, à deux kilomètres de là. Le succès de cette magnifique expérience, faite à Paris, en 1881, eut beaucoup de retentissement, et on s'empressa de la reproduire sur divers théâtres étrangers, pour des auditions, à distance, de concerts ou de représentations théâtrales. A Paris, en 1881, on donnait au Musée Grévin des auditions des chansonnettes et scènes du café-concert de l'Eldorado, situé à un notable éloignement. Au mois de décembre de la même année, une liaison téléphonique fut installée, à Berlin, entre l'Opéra et une salle du bureau téléphonique du quartier de la [Leipziger] Strasse. On entendait parfaitement les chanteurs et les chœurs; on reconnaissait chaque artiste au timbre de la voix, et l'on percevait toutes les nuances des divers instruments de l'orchestre, autant toutefois que les instruments de cuivre ne dominaient pas la mélodie du chant. A Bordeaux, pendant la même année, plusieurs personnes réunies au bureau central de la Société des téléphones de la place des Quinconces écoutèrent un artiste qui jouait du violon avec une grande supériorité, dans une maison des allées de Tourny. On saisissait les sons les plus faibles de l'instrument. A Oldham, bourg situé près de Manchester, pendant la même année, des artistes et des chanteurs, dans York Street, furent parfaitement entendus du bureau des téléphones de la ville. A Charleroi, le 14 août 1884, la Compagnie des téléphones Bell fit à ses abonnés la surprise d'un concert à domicile. Chaque abonné avait reçu, le matin, l'avis suivant Concert-Téléphone. – “Dimanche, 14 août, concert au bureau central du téléphone Bell. Toutes les communications seront établies à onze heures précises du matin. Mettre le cornet à l'oreille, à l'heure juste, sans avertir le bureau central”. Le concert eut lieu à l'heure dite, et fut très applaudi des abonnés. A Bruxelles, en septembre 1884, on installa une communication avec le châlet de la reine des Belges à Ostende et le théâtre royal de la Monnaie. La reine put ainsi entendre, à une distance de plus de 250 kilomètres, “Guillaume Tell”, et le lendemain, la répétition générale du “Barbier de Séville”. Après la mort du roi d'Espagne, la cour de Bruxelles ayant pris le deuil, la reine ne paraissait plus au théâtre. On établit une ligne téléphonique, avec les appareils nécessaires; entre le théâtre de la Monnaie et le château de Laëken, où résidait la reine de sorte que la royale Majesté put assister, de loin, aux représentations de l'Opéra. Il paraît même qu'elle se plaisait à écouter les répétitions. Un journal de Bruxelles a raconté, à ce propos, une anecdote curieuse. La reine suivait, un jour, par l'appareil téléphonique, la répétition de l'opéra des “Templiers”. Tout à coup, elle eut un tel mouvement de brusque surprise, que le téléphone lui tomba des mains. C'est qu'elle venait d'entendre le chef d'orchestre, dans un moment d'impatience contre les chœurs, lancer le nom du Très-Haut d'une manière qui n'avait rien d'édifiant. Depuis ce jour, les répétitions au théâtre de la Monnaie furent conduites, dit-on, de la façon la plus correcte. En septembre 1884, on put entendre, de la gare d'Anvers, la musique du Vauxhall de Bruxelles. Non seulement les morceaux d'ensemble étaient perçus avec la plus grande netteté, mais le solo de violon, exécuté par M. Hermann, sur la “Méditation” de Gounod, put être entendu à Anvers sans qu'aucun détail de l'exécution échappât aux auditeurs. Et chose extraordinaire, on faisait, à ce moment même, des expériences de transmission simultanée par le téléphone et le télégraphe, par le système Van Rysselberghe de sorte que, tandis qu'on entendait à Anvers la musique de Bruxelles par le fil du téléphone, ce même fil remplissait son service ordinaire et continuait à envoyer des dépêches télégraphiques. (Louis Figuier)
Source : Source: Figuier, Louis (1867-1891), "Supplément au Télégraphe Électrique", In "Les Merveilles de la Sciences ou Description des Inventions Scientifiques depuis 1870 - Supplément", Paris: Jouvet et Cie (Eds), pp. 523-603.
Urls : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k24678x.image.f527 (last visited )

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