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ca 1811 __ Le fonctionnement du télégraphe aérien en France
French comment : La partie extérieure du télégraphe, celle qui servait aux signaux, était composée de trois pièces : un régulateur et deux indicateurs. Ces pièces avaient la forme d'un rectangle allongé, et étaient garnies de lames de persiennes brunies et inclinées, la moitié dans un sens, l'aute moitié dans le sens contraire. La branche principale, le régulateur, était fixée sur axe par son centre, au haut d'un échafaudage s'élevant de toit d'une maisonnette où se tenait l'employé. Les indicateurs se trouvaient aux deux bouts du régulateur, fixés sur axe par une de leurs extrémités; une queue invisible à distance était destinée à faire contre-poids à la partie rectangulaire. Ces trois pièces avaient un mouvement indépendant, et pouvaient se mouvoir dans le plan vertical. Le mouvement était transmis par l'intermédiaire de cordes en laiton et de poulies de renvoi, au moyen d'une barre et de deux manivelles formant dans l'intérieur des postes un appareil semblable au télégraphe extérieur. L'employé manœuvrait à la main cet appareil, et les signaux étaient reproduits par le télégraphe extérieur. Les positions que le télégraphe pouvait prendre étaient très nombreuses; mais Chappe eut soin de les déterminer, afin de les rendre bien distinctes et d'éviter toute confusion [la confidentialité : le message est compréhensible pour l'expéditeur et le destinataire, mais doit rester incompréhensible pour tous les intermédiaires] . Les positions du régulateur furent réduites à quatre : la verticale, l'horizontale, l'oblique de droite et l'oblique de gauche, formant entre elles des angles de 45 degrés. Supposons le régulateur dans la position horizontale, et faisons tourner l'indicateur en l'arrêtant de 45 en 45 degrés, nous obtiendrons 8 positions pour cette pièce : trois dans le plan supérieur, trois dans le plan inférieur, la septième recouvrant le régulateur, la huitième le prolongeant. Chappe adopta ces positions, sauf la huitième, qu'il supprima comme n'étant pas assez distincte à distance; les indicateurs, ayant ainsi chacun 7 positions, en donnaient entre eux 49, qui, multipliées par les 4 du régulateur, fournissaient un total de 196 positions bien distinctes les unes des autres. Comme il importait de ne pas confondre le signal à transmettre avec les mouvements du télégraphe dans la manœuvre, il fut décidé que les signaux se composeraient sur les obliques du régulateur, et qu'ils n'acquerraient de valeur réelle que lorsque le régulateur serait placé verticalement ou horizontalement; cette mesure réduisit à 98 les positions primitives ; sur ce nombre on en destina quatre à des signaux d'un usage fréquent qui pouvaient être donnés par les employés eux-mêmes dans le cours d'une dépêche, tels que les avertissements d'arrêt dans le travail par suite du brouillard ou de l'absence d'un stationnaire, de sorte qu'en définitive il ne resta que 94 signaux applicables aux dépêches. Les signaux ne se formaient pas indistinctement sur l'une ou l'autre oblique du régulateur; l'oblique de droite fut affectée aux dépêches, celle de gauche fur réservée aux signaux de service compris de tous les employés et indispensables en télégraphie, tant pour la police de la ligne que pour les besoins de la transmission. Il eût été difficile de se faire entendre des stationnaires, gens pour la plupart illettrés, avec les mots "plans", "angles", "degrés" pour désigner les signaux; l'inspecteur Durant, dont nous avons noté l'entrée dans l'administration en l'an III, eut l'idée très heureuse de donner aux signaux des noms faciles, en rapport avec les positions. Les angles de 45, 90, 135 degrés de l'indicateur furent désignés par les nombres cinq, dix, quinze, suivis des mots "ciel" ou "terre", selon que la position était dans le plan supérieur ou inférieur; la septième position (l'indicateur replié) fut appelée "zéro"; les deux indicateurs au "zéro" déterminaient le "fermé". Quant à la position du régulateur, on l'indiquait par le mot "perpen", lorsqu'elle était verticale. Les signaux s'énonçaient en commençant toujours par l'indicateur placé à la partie supérieure pendant la formation du signal. Voici quelques exemples de ce langage : dix ciel quinze terre,.cinq ciel quinze terre perpen,.quinze terre zéro. L'application de la méthode Durant facilita d'une manière étonnante le travaile de la transmission, elle était simple et à la portée de tous. Le service des lignes était admirablement organisé : le passage des signaux, l'indication de la nature des dépêches, la transmission des avis d'interruptions et de dérangements, les incidents, tout était réglé de manière à ne laisser aucun doute dans l'esprit des stationnaires, et à faire connaître immédiatement aux postes de direction la cause et le lieu des arrêts de transmission. Nous ne pouvons entrer ici dans tous les tous les détails de cette organisation ; nous en citerons seulement quelques points. Dès que l'employé apercevait un signal à l'une des stations correspondantes, il mettait son régulateur en mouvement, lui faisait prendre la position oblique, composait le signal et le portait, tout composé, sur l'horizontale ou la verticale, ce qui s'appelait "assurer" le signal; il ne changeait le "porté" que lorsque le signal était reproduit par le poste suivant. le passage d'un signal exigeait les opérations suivantes : observer le signal formé par la correspondance, le former à l'oblique, observer s'il est porté sur l'horizontale ou la verticale, le porter de même, l'écrire sur un procès-verbal, et enfin vérifier s'il est exactement reproduit par le poste suivant. Chaque dépêche était précédée d'un signal particulier, qui était la "grande urgence" ou la "grande activité", quand la dépêche s'éloignait de Paris, et la "petite urgence" ou la "petite activité", quand la dépêche marchait sur Paris. La dépêche précédée de la "petite urgence" l'emportait sur celle qui était précédée de la "grande activité", mais devait céder le pas devant la "grande urgence". Ainsi, lorsque deux dépêches se croisaient en un point de la ligne, le signal précédant ces dépêches faisait connaître au stationnaire s'il devait abandonner sa transmission pour prendre celle qui lui arrivait en sens opposé. Si, par exemple, il transmettait une dépêche précédée de la "petite urgence", il abandonnait son signal, et la dépêche précédée de la "grande urgence" passait. Après sa transmission, chaque stationnaire reprenait le signal qu'il avait abandonné, et la transmission de la première dépêche continuait. Il arrivait souvent que la dépêche, étant arrêtée par le brouillard entre deux postes, celui qui cessait de voir son correspondant arborait un signal particulier, "brumaire", qu'il transmettait du côté opposé, en le faisant suivre d'une autre signal particulier, "indicatif", faisant connaître le poste qui n'était pas aperçu. Chaque employé abandonnait alors le signal de la dépêche pour prendre le signal du "brumaire", jusqu'au moment où, le brouillard se dissipant, le poste qui avait arrêté la transmission la reprenait en relevant le "brumaire". Afin de tenir les employés en haleine pendant la durée d'un "brumaire", et pour qu'ils fussent toujours présents à leurs postes et prêts à recommencer la transmission, les employés des postes extrêmes avaient ordre, de temps en temps (toutes les quatre ou cinq minutes), de "rattaquer", ce qui consistait à reprendre le dernier signal transmis; chaque employé devait à son tour developper le signal auquel il s'était arrêté; quand ce "rattaqué" arrivait au dernier poste, le stationnaire transmettait de nouveau le "brumaire", qui faisait connaître que la cause de l'interruption subsistait toujours. Lorsqu'un employé ne prenait pas le signal qui lui était présenté par son correspondant, celui-ci transmettait le signal "absence", suivi de l'"indicatif" du poste. Ces absences étaient constatées sur les procès-verbaux et punies sévèrement. Il existait d'autres signaux réglementaires, tels que le "petit dérangement", qui indiquait un dérangement facilement réparable par le stationnaire lui-même, la rupture d'une corde, par exemple; le "grand dérangement", qui nécessitait la présence de l'inspecteur (ces signaux étaient toujours suivis de l'"indicatif" du poste où avait lieu le dérangement); l'"erreur", qui annulait le signal précédent, et l'"attente", qui indiquait aux employés qu'ils devaient se tenir prêts à prendre une transmission. La transmission n'était pas continue sur les lignes; sur quelques-unes on passait à peine deux ou trois dépêches par jour. Afin de ne pas forcer les employés à regarder constamment à leurs lunettes, on avait des signaux particuliers représentant des congés d'un quart d'heure, d'une demi-heure, d'une heure, etc. Lorsque le congé était donné, l'employé fermait son télégraphe (fermé vertical), et pouvait s'absenter. A l'expiration du congé, les deux postes extrêmes le relevaient en transmettant la grande et la petite activité,ils s'assuraient que la ligne était en bon état, et donnaient un nouveau congé, s'il n'y avait aucune dépêche à transmettre. Pour exercer les employés sur les lignes peu occupées, on transmettait des dépêches d'exercice. Ces dépêches, toujours précédées de la grande ou petite "activité", devaient céder le pas devant les dépêches officielles précédées de la "grande" ou "petite urgence". On tenait compte de la vitesse avec laquelle les dépêches étaient transmises, et de temps en temps on faisait un classement des divisions. Dans de bonnes conditions atmosphériques et avec des employés bien exercés, on pouvait former trois signaux par minute, mais cette vitesse était exceptionnelle. Ainsi, sur la ligne de Paris à Toulon, d'une longueur de 240 kilomètres, et composée de 120 stations télégraphiques, en supposant que toutes les conditions fussent bonnes, on ne pouvait guère compter que sur l'arrivée d'un signal par minute, en moyenne, dans une correspondance suivie. La moyenne du temps de transmission par jour, calculée sur quarante ans de pratique, ne dépassait pas six heures; il arrivait fréquemment que pendant l'hiver on ne pouvait pas travailler plus de trois heures par jour.; aussi dans les moments où les messages étaient nombreux, la moitié seulement des dépêches arrivaient à destination le jour de leur date, la seconde moitié ne faisait qu'une partie du trajet par les télégraphes et était réexpédiée par la poste [un record : moins de 60 minutes de Paris à Strasbourg pour l’annonce de la naissance de l’Aiglon en mars 1811]. Le gouvernement se préoccupa souvent de cette insuffisance de la télégraphie, et fit rechercher à différentes reprises les moyens d'accélérer la transmission. Les moyens pouvaient être de quatre natures : modification de l'appareil,.perfectionnement du vocabulaire,.amélioration des lignes [et des lunettes],.télégraphie de nuit. [...] Le brouillard n'était pas la seule cause qui nuisît à la transmission. Les ondulations de l'atmosphère rendaient souvent, par les grandes chaleurs, la vue des signaux très difficile, et obligeait quelquefois les employés à donner le signal du brumaire par le pus beau temps. La position des postes influait beaucoup sur ces ondulations, elles étaient particulièrement pénibles, lorsque le rayon visuel, entre deux postes, rasait les terrains humides. L'administration avait mis, dans les derniers temps, cette question à l'étude; mais, comme toutes les autres que soulevait la télégraphie aérienne, l'intérêt qui pouvait s'y attacher tomba dès qu'il fut question de télégraphie électrique. [...] [Après les appareils de Wheastone et de Morse de 1837 à 1840], Sheinheil en 1838, à Munich, avait établi un fil et communiqué à plus de 10 kilomètres. Une véritable ligne électrique avait été construite en Angleterre, en 1841, sur le chemin de fer du Great-Western, entre Londres et la station de Slough, sur une longueur de 25 milles. [En France, suite à une ordonnance royale du 23 novembre 1844, les travaux de télégraphie électrique commencèrent, et le 18 mai 1845, des dépêches furent échangées entre Paris et Rouen avec le plus grand succès]. [...] En Angleterre sur un parcours plus long, de Londres à Gosport, le discours de la Reine, composé de 3,500 lettres, avait été transmis en 2 heures le 4 février [1845]. En Amérique, la ligne de Washington à Baltimore, d'un parcours de 250 milles, fonctionnait régulièrement. (Édouard Gespach, pp. 240-245)
Source : Gespach, Édouard (1861), "Histoire Administrative de la Télégraphie Aérienne en France", In Annales Télégraphiques, Tome IV, Année 1861, Janvier-Décembre, Paris : Éditions Dunod.
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