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1798 __ Télélogue & Optilogue
Charles ?) Belprey (Charles ?) (1740-1800)
French comment : "De l'optilogue, ou Du cylindre parlant, : appliqué à la transmission des idées chez les sourds-muets, à la communication lointaine des habitans de la campagne, à l'interprétation des ballets-pantomimes, à la célébration des fêtes nationales et à la publication des ordres du gouvernement, avec une planche explicative" : Cet ouvrage renferme la description d'un mécanisme fort ingénieux, imaginé par Belprey, pour transmettre les idées par la simple vue, à de grandes distances, sans le secours des signes télégraphiques. Un cylindre tournant, présente successivement à l'œil, les lettres qui composent le mot correspondant à cette idée. Les touches d'un clavier servent à faire paraître à volonté sur le cylindre, les lettres convenables. Ce moyen s'employe également de nuit et de jour. Il peut servir aux sourds-muets, offrir de grands agrémens à la campagne et remplacer utilement les télégraphes. (In "Journal général de la littérature de France ou répertoire méthodique", Cinquième Année, Volume 5, 1802, Paris & Strasbourg : Treuttel and Würtz, p. 200)Belprey conçoit et divulgue un système de lettres convertibles. L'homme était de ces novateurs entreprenants qui savent fatiguer les Académies, en obtenir des subsides et vanter en termes fleuris les charmes actuels et les promesses de leurs ingéniosités. Dans un rapport au ministère de la Guerre sur le "télélogue" signé, entre autres de Prony, du 10 Germinal an VII, Belprey est loué pour avoir voulu "trouver [...] le type commun ou base alphabétique à laquelle on pourroit ramener la formation de toutes les lettres", ; les Commissaires appluadirent "la méthodé et les procédés [...] susceptibles d'être ramenés à un degré de simplicité et de facilité dans la manœuvre, qui les rendra très propres à être employés à la communication écrite et instantanée des phrases [...] à un nombre d'hommes considérables" ("Premier rapport fait au ministre de la guerre sur le télélogue du Cen Belprey le 10 germinal an VII", Bibliothèque de l'École des ponts et chaussées, ms. 827/4). C'était là le ton de commissaire qui corsette l'emphase de l'innovateur : son "Cylindre parlant" permettait de "parler à toute une flotte, à toute une ville [...] et en dernier résultat à toute une nation". Il suffirait d'élever des tours "percées de grosses bouches [...] organes gigantesques doués à l'égard de la vue de toutes les propriétés de celui de l'homme à l'égard de l'ouïe". L'hypotypose paya : les commissaires voulurent une récompense pécunière pour ce pionnier de l'affichage urbain messager des lois, passeur d'ordres et de contre-ordres, Belprey, en l'occurrence, a bénéficié de la faveur que méritait alors tout projet de pénétration du territoire par la parole du pouvoir, l'instar des lignes télégraphiques courant aux frontières en réseau centrifuge. Avant même que le succès en fût éprouvé, l'idée plaisait aux têtes administratives. L'un des attraits les plus forts du projet est explicité dans une brochure de 1801 sur "l'Optilogue". Le mérite "insuppléable" de la version colossale, le "Publicateur" (monument de la première fenêtre en largeur) tient à "ce qu'il parle au loin et à tous", et davantage encore à ce qu'il "parle dans le tumulte", "que l'immense multitude à laquelle il transmet des idées n'a nullement besoin de silence pour les saisir. Les applaudissemens, les clameurs de tout un peuple rassemblé, le bruit d'une petite guerre" ne ferait pas obstacle à "ces sortes de transmissions, et ne tendait au contriare qu'à en augmenter l'intérêt". Plus qu'aucun "Stantor artificiel" la parole télélogique porte ; insensible aux humeurs du peuple, elle les domine souverainement ; elle prescrit les devoirs ; elle flatte les goûts du cirque en divulguant les noms des champions affrontés et les occasions des fêtes civiques. Le "Publicateur", dès lors, se vêt des prestiges d'un régulateur social ; il préfigure assez bien ce que l'on appelleraot dans la simple langue d'aujourd'hui : "l'application des techniques de visualisation contre les risques de déstabilisation du corps social". Belprey, au demeurant, ne manque pas )à se représenter les effets moraux de son invention : sa préférence se porte à vrai dire sur le modèle individuel, le "télélogue domestique", qu'il donne pour construit. Instrument de la "parole à l'œil", manœuvré "au sein des ténèbres, du silence et du mystère", il dirige "à de grandes distances" un délicieux "attouchement moral". Mais on gagnerait immensément à le multiplier : les "vallées et les plaines" deviendraient des "salons de conversation", grâce à 'la facilité de recevoir [...] la pensée de ses voisins et de leur transmettre la sienne, sans avoir l'embarras de leur personne" ; des réseaux se constitueraient aisément qui marieraient "les plaisirs de la communication sociale [...] à ceux de la nature". Les amateurs d'analogie liront dans ces passages l'annonce des délices du câblage convivial. Les esprits positifs qui s'interdisent de telles assimilations reconnaîtrons néanmoins, dans Belprey, l'inquiétude technicisée d'un motif invariant, l'intentionnalité du dire. Son dispositif de lettres solubles attendra plus d'un siècle pour être popularisé ; mais ses vœux de télégraphie ne furent pas isolés : tous assujettis à la condition d'une parcimonie réglée de figures et de codes ; rare à supporter l'épreuve de l'expérience ; tous suspects aux yeux du pouvoir qui finit en 1837 par prohiber tout transmission non autorisée de signaux. Le bouillonnement des tentatives sémaphoriques, durant ces décennies, paraît coïncider avec une extension des moyens figuratifs schématiques et avec le discrédit corrélatif des désordres vocaliques. Vantant les mérites de "L'Instruction par les yeux", l'année même ou Belprey inventait l'optilogue, Auguste-Savinien Leblond note que la "jeunesse, cet âge tout d'action, tout de feu, trouve mille fois plus d'attrait dans le champ immense où se promènent nos regards, que dans l'attention soutenue qu'exigent les notions qui ne se perçoivent qu'à l'oreille". Il faudra attendre les héroïques percées de la Bédéphilie et des Clipomanes pour résoudre cette douloureuse contradiction. (Jacques Guillerme, "La « parole à l'œil »", 1987)
Source : Guillerme, Jacques (2008),"L'art du projet: histoire, technique, architecture", Wavre : Éditions Mardaga, p. 138.
Source : Guillerme, Jacques (1987), "La « parole à l'œil »", In Revue de l'Art, Année 1987, Volume 76, Numéro 76, pp. 94-95.
Source : Belprey, (B.?) (1801), "De l'optilogue, ou Du cylindre parlant, : appliqué à la transmission des idées chez les sourds-muets, à la communication lointaine des habitans de la campagne, à l'interprétation des ballets-pantomimes, à la célébration des fêtes nationales et à la publication des ordres du gouvernement, avec une planche explicative", Paris : Dabin, libraire.
Source : Rosenfeld, Sophia A. (2005), "The Political Uses of Sign Language: The Case of the French Revolution", In "Sign Language Studies", Volume 6, Number 1, Fall 2005, pp. 17-37.
Urls : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rvart_0035-1326_1987_num_76_1_347641 (last visited )

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