NMSAT :: Networked Music & SoundArt Timeline

1927 __ Brecht on radio
Bertolt Brecht (1898-1956)
Comment : Bertolt Brecht, in an open letter (1927) to the director of the Berlin radio station, suggested using radio to broadcast important Reichstag sessions, then gave it a second thought: « Since this would represent progress, there is bound to be a series of laws to prevent it. » In another comment (1930) on the general state of German Radio : « I very much wish that this bourgeoisie would add another invention to their invention of radio -- one that would make it possible to record for all time everything that can be communicated by radio. Later generations would then have the chance of seeing with amazement how a caste, by making it possible to say what they had to say to the whole world, simultaneously made it possible for the whole world to see that they had nothing to say. A person who has something to say and finds no listeners is in a bad way. But an audience that can find no one who has anything to say to it is even worse off. ». (Douglas Kahn)Himself a collaborator of the prolific German artist Bertolt Brecht, Benjamin worked with Brecht on films, created radio plays, and attempted to utilize the media as organs of social progress. In the essay "The Artist as Producer" (1999 [1934]), Benjamin argued that progressive cultural creators should "refunction" the apparatus of cultural production, turning theater and film, for instance, into a forum of political enlightenment and discussion rather than a medium of "culinary" audience pleasure. Both Brecht and Benjamin wrote radio plays and were interested in film as an instrument of progressive social change. In an essay on radio theory, Brecht anticipated the Internet in his call for reconstructing the apparatus of broadcasting from one-way transmission to a more interactive form of two-way, or multiple, communication (in Silberman 2000: 41ff.)-- a form first realized in CB radio and then electronically-mediated computer communication. (Douglas Kellner, “Cultural Marxism and Cultural Studies”)
Original excerpt : « La radio serait-elle une invention antédiluvienne ?.Je me souviens de la première fois où j’ai entendu parler de la radio. C’était dans des entrefilets ironiques relatant qu’un véritable ouragan radiophonique était en train de dévaster l’Amérique. On avait pourtant l’impression que cet événement n’était pas simplement une mode, mais aussi quelque chose de vraiment moderne. Cette impression se dissipa très vite lorsque nous entendîmes à notre tour la radio chez nous. On se demanda d’abord, bien sûr, avec étonnement, d’où venaient ces productions sonores, mais cet étonnement fit place à un autre : “quelles” étaient ces productions qui nous venaient de l’éther ? C’était un triomphe colossal de la technique de que pouvoir désormais faire parvenir au monde entier une valse de Vienne et une recette de cuisine; et cela pour ainsi dire en restant dans sa cachette. C’était un événement marquant pour l’époque, mais pour quoi faire ? Je me rappelle une vieille histoire dans laquelle one montre à un Chinois la supériorité de la culture occidentale. Á sa question : “Qu’y a-t-il chez vous ?”, l’occidental répondait : “Le chemin de fer, l’automobile, le téléphone”. - “Vous m’excuserez” répliquait alors poliment le Chinois, “mais je dois dire que tout cela nous l’avons déjà eu, puis oublié”. J’eus aussitôt au sujet de la radio l’impression effroyable que c’était un appareil immensément vieux, emporté jadis par le déluge dans l’oubli. [...] Je souhaite fort que cette bourgeoisie ajoute à son invention de la radio une autre invention qui permettrait également de fixer une bonne fois tout ce qui peut être communiqué par la radio. Les générations à venir pourraient alors considérer avec surprise comment une caste, en permettant de dire à toute la planète ce qu’elle avait à lui dire, avait en même temps permis à la planète de constater qu’elle n’avait rien à lui dire. L’homme qui a quelque chose à dire se désole de ne pas trouver d’auditeurs, mais il est encore plus désolant pour des auditeurs de ne trouver personne qui ait quelque chose à leur dire.Propositions au directeur de la radio.1.Vous devriez à mon avis essayer de faire de la radio quelque chose de vraiment démocratique. Vous atteindriez déjà à un résultat énorme en ce sens si, par exemple, vous cessiez définitivement d’être seul à réaliser des productions pour ces merveilleux appareils de diffusion dont vous disposez, alors que vous pourriez vous contenter de les mettre en place et de faire réaliser ces productions par les événements actuels eux-mêmes, en ayant recours dans les cas particuliers à une adroite organisation qui nous ferait gagner du temps. Il est tout à fait compréhensible que des gens à qui l’on confie tout d’un coup de tels appareils, veuillent immédiatement fabriquer n’importe quoi pour fournir de la matière première à ces ces appareils et inventent n’importe quelle nouvelle profession artistique qui leur fournisse cette matière artificielle. Déjà au cinéma, c’est toujours avec une certaine inquiétude que j’ai vu les pyramides égyptiennes et les palais des maharadjas se déplacer à Neubabelsberg [centre de l’industrie cinématographique allemande] piur s’y faire photographier par un appareil qu’un homme aurait pu facilement glisser dans un sac à dos. “Je pense donc que vous devriez vous rapprocher vous et vos appareils, des événements réels et ne pas vous contenter de reproductions et d’exposés”. Vous devriez vous approcher des véritables séances du Reichstag et surtout des grands “procès”. Bien sûr, étant donné le grand progrès que cela représenterait, toute une série de lois tenteraient de s’y opposer. Vous devriez vous tourner vers le public pour éliminer ces lois. Certes, il ne faut pas sous-estimer la crainte qu’ont les députés d’être entendus dans tout le pays, car elle est tout à fait justifiée, mais vous devriez en venir à bout au même titre que de la crainte que ne manqueraient pas de manifester, je crois, divers tribunaux, à l’idée de devoir prendre leurs décisions devant l’ensemble du peuple. Par ailleurs, vous devriez organiser devant le micro, au lieu de ces exposés sans vie, des “interviews” réelles dans lesquelles les gens interrogés n’auraient pas l’occasion de se fabriquer leurs mensonges aussi soigneusement qu’ils peuvent le faire pour les journaux. Il serait très important qu’il y ait des débats contradictoires entre de grands spécialistes. Vous pourriez organiser dans des salles plus ou moins grandes des conférences suivies de débats. Mais il faudrait distinguer nettement toutes ces réalisations, en les annonçant à l’avance, de la monotonie grise des menus quotidiens de musique familiale et des cours de langue.2.En ce qui concerne les productions rélaisées spécialement pour la radio, elles devriaent, comme je l’ai dit, ne venir qu’en second lieu, mais être par contre d’un niveau très relevé. On entend rarement parler de travaux réalisés pour votre institution par des musiciens vraiment importants. Cela n’a absolument aucune valeur de passer leurs œuvres dans des concerts ou de les utiliser de temps à autre pour l’accompagnement musical de pièces radiophoniques. Ces travaux doivent être présentés dans leur signification “principielle”, et ces musiciens doivent écrire des œuvres destinées exclusivement à la radio. En ce qui concerne les pièces radiophoniques, Alfred Braun s’est déjà livré à des tentatives intéressantes. Il faut expérimenter le roman radiophonique qu’essaie de créer Arnolt Bronnen et multiplier toutes ces tentatives. Pour cela d’ailleurs il ne faut prendre que les meilleurs des meilleurs. (Le grand narrateur Alfred Döblin habite à Berlin, 244 Frankfurter Allee). Mais dès maintenant je puis vous dire que toutes ces tentatives échoueront à cause des honoraires minables et ridicules que l’on paie pour l’heure d’antenne à fins culturelles. Contrairement au traitement très convenable des acteurs et des autres conférenciers, les honoraires littéraires sont si bas qu’il faudra renoncer à la longue à ces travaux réalisés exclusivement pour la radio. Néanmoins, le temps aidant, vous devriez pouvoir vous constituer finalement une sorte de répertoire, c’est-à-dire que vous devriez passer des œuvres à intervalles réguliers, disons tous les ans.3.Il vous faut monter un studio. Si vous ne faites pas d’expériences, il sera absolument impossible d’exploiter à fond toutes les ressources de vos appareils ou des réalisations qui leur sont destinées.4.En ce qui concerne plus particulièrement les deux derniers points de mes propositions, il est absolument nécessaire que vous rendiez compte publiquement des sommes fantastiques qui sont absorbées par la radio, ainsi que de l’utilisation, jusqu’au dernier pfennig, de ces deniers publics.25 décembre 1927. » (pp. 127-131)
Source : Brecht, Bertolt (1927[1970]). “Théorie de la Radio - 1927-1932”. In “Écrits sur la littérature et l’art - Sur le Cinéma”, Travaux 7. Trad. par Jean-Louis Lebrave et Jean-Pierre Lefebvre. Paris : Éditions de L’Arche.
Source : Brecht, Bertolt (1927[1967]). “Schriften 2 - Zur Literatur und Kunst, Politik und Gesellschaft”, In “Gesammelte Werke”, VII. Ed. by Werner Hecht. Frankfurt : Suhrkamp.
Source : Kahn, Douglas (1990), “Audio Art in the Deaf Century”, In “Sound by Artists”, edited by Dan Lander and Micah Lexier, Toronto : Art Metropole : Banff : Walter Phillips Gallery, 1990, pp. 301-309.
Source : Brecht, Bertolt (1930), “Radio as a Means of Communication: A Talk on the Function of Radio", Translated by Stuart Hood, in Screen, Vol. 20. Nos. 3/4, Winter 1979/80, pp. 24-28.
Source : Hood, Stuart (1979), “Brecht on radio," in Screen, Vol. 20. Nos. 3/4, Winter 1979/80.
Source : Lander, Dan (1999), “Radiocasting : Musings on Radio and Art”, in eContact 2.3, 09/1999, Montréal : Concordia University.
Urls : http://www.soundtoys.net/journals/audio-art-in-the (last visited ) http://cec.concordia.ca/econtact/Radiophonic/Radiocasting.htm (last visited ) http://www.gseis.ucla.edu/faculty/kellner/papers/cultmarx.htm (last visited )

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